‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 617 sur 1164 · DIVISIO AU COURS D'UNE VACANCE · texte numérisé non relu

DIVISIO AU COURS D'UNE VACANCE

suivant laquelle le roi dispose en détail des biens dont il s'est adjugé la masse.

L'abbaye qu'un roi besogneux ravit à un évêché,peut être divisée exactement comme les abbayes retenues aux mains du roi ; l'usurpation l'a mise en effet dans Y indominicatum du monarque. Il semble bien, à lire un diplôme de Lothaire II, que tel fut le traitement infligé par son père à l'abbaye de Saint-Epvre, quand celui-ci en eut dépouillé l'évêché de Toul. L'empereur l'avait donnée en bénéfice à ses fidèles ; il faut entendre sans doute qu'il la leur avait partagée 1. Restituée par Lothaire I avant sa mort, l'abbaye a été de nouveau incamérée par Lothaire II, qui évidemment lui a fait subir le même sort. Les faux diplômes manceaux signalent parmi les bénéfices tenus par les fidèles de Charlemagne et de Louis le Pieux le tiers de la cella de Saint-Almire, le tiers de la cella de Saint-Ulphace et le tiers de la cella de Saint-Rimay 2. Ces petits monastères, qui appartenaient à l'évêché du Mans, ont donc été, semble-t-il, divisés.

Les rois, dont les États sont diminués par suite des partages 3, en sont réduits à lésiner dans les libéralités qu'ils font à leurs serviteurs aux dépens des églises comme aux frais de leur fisc. Tels fidèles obtiendront des abbayes entières ; une autre sans doute plus considérable sera partagée entre plusieurs hommes du roi 4.

Quand l'abbaye subit une divisio, distinction est faite d'ordinaire entre le caput de Yabbatia, c'est-à-dire la domus des moines avec les terres qui l'avoisinent immédiatement et les diverses propriétés monastiques éparses dans un vaste rayon. A Saint-Vaast d'Arras, comme à Saint-Quentin et sans doute aussi à Stavelot et à Marchiennes5, le roi a retenu pour lui le chef du monastère avec les villae les plus riches et distribué seulement le reste du domaine en bénéfices. Mais quand il s'agit d'une abbaye moins opulente, tout a été parfois donné en bénéfice, la tête comme les membres ; le coup qui

i. 6 août 858 : « ab ecclesia sancti Stephani cellulam sancti Apri... accipiens fidelibusque suis jure beneficiali praebuerit » (H F, VIII, 405). I. 'abbaye ayant été donnée non pas à un fidèle, mais aux fidèles du roi, a été vraisemblablement partagée.

2. Faux dipl. de Charlemagne, 23 avril 802, Actus pont. Cenom., 21, p. 285 ; Ce Louisle Pieux, 31 déc. 832, Gesta Aldrici, 38.

3. C'est la raison qu'invoquent Lothaire I et Lothaire II pour justifier les sécularisations prononcées par eux au détriment des églises de Trêves, de Toul, du monastère de Stavelot ; cf. fasc. 1, p. 186.

4. A un. Berlin., 876 : « Karolus... quibusdam abbatias sicut erant intégras dédit, quisbusdam de abbatia Martianas, quam diviserat, bénéficia donavit » (p. 134). Saint-Vaast et Saint-Quentin ont été divisés dans les mêmes conditions.

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