‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 618 sur 1164 · EN QUOI CONSISTE LA DIVISIO · texte numérisé non relu

EN QUOI CONSISTE LA DIVISIO

a frappé Yabbatia, séparé le caj>ut du reste du patrimoine, est souvent irréparable ; l'établissement est anéanti pour longtemps ou pour toujours1.

La divisio s'entend d'une sorte de démembrement. Mais quand il est dit qu'une abbaye, un évêché a été divisé, il n'en faut pas conclure que tous les biens de l'église ont été éparpillés aux mains des bénéficiers. De même que le caput monasterii et les plus beaux domaines restent souvent dans Yindominicatum du recteur quand l'abbaye est partagée, toutes les ressources d'un évêché ne sont pas dissipées par la divisio. Les restitutions faites à l'évêché de Reims au temps d'Hincmar, tout importantes qu'elles sont, n'ont point pour objet une telle masse de biens qu'elle puisse représenter le temporel presque entier ; il est douteux que le plus gros des possessions de l'église ait été cédé en bénéfice lors de la divisio qu'elle souffrit au cours de la précédente vacance du siège.

Séparer du temporel d'une église une propriété considérable pour en faire un bénéfice, c'est encore aux yeux du clergé diviser cette église. Loup de Ferrières, après avoir dépeint la misère où ses moines sont réduits depuis que la cella de Saint- Josse a été cédée par le roi en bénéfice, avertit son correspondant du danger qui menace le monarque, car le Ciel ne lui sera pas favorable aussi longtemps qu'il n'aura pas accordé réparation entière à l'église qu'il a divisée 2. En un sens large, le roi divise les biens d'une église chaque fois qu'il en distrait une part pour des usages profanes et il est sans doute peu d'églises qui, dans ces conditions plus bénignes, aient échappé, sous les successeurs de Louis le Pieux, à de nouveaux partages, qui n'avaient pas pourtant l'ampleur

i . Tel fut le sort de Saint-Maixent, à la suite de la divisio qui précéda le règne de Louis le Pieux. Cet empereur rappelle que le monastère, avec ses biens, a été mis au pouvoir des comtes par le beneficium de ses prédécesseurs ; il le ramène ad pristinum statum, y établit un abbé, affecte aux besoins des religieux une portion des biens appartenant à l'établissement et ordonne que les détenteurs du reste des biens acquittent les charges ordinaires aux bénéfices de cette nature do oct. 827, H F, VF, 553)- On en peut conclure que Saint-Maixent avait subi une divisio ; le caput monasterii a été attribué aux comtes ; ceux-ci n'ont pas été créés abbés ; on leur a cédé à titre de bénéfice non pas l'abbaye, mais la domtis des moines devenue déserte et les terres qui l'environnent. Le reste des biens a été partagé entre diverses mains ; peut-être entre les hommes des comtes. Tel avait été sans doute aussi le sort de S. un t- Julien de Brioude, où le comte Bérenger a rétabli un abbé et des chanoines « ex beneficio suo, scilicet de rébus... sancti Juliani » (Dipl. de Louis le Pieux, 4 juin 825, H F, VI, 547)- En 033, le roi Raoul confirme la cession fait;' en bénéfice à son fidèle Adelard parl'évêque d'Auxerre, Ausolus, et le comte Geoffroi du «caput abba- I iolae sancti Pauli » près de Scns Cari, de l'Yonne, 71, I, 138). Le caput, comme les 1- tibres, constitue un bénéfice.

2. 43 : « donec redintegret ecclesiam quam divisit » [Ep., VI, 51).

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