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LES QUÉMANDEURS DE BIENS D'ÉGLISE

Sous ces diverses formules, la responsabilité des spoliations est rejetée sur ceux qui en recueillirent le profit. Dans bien des cas, sans doute, on avait oublié dans quelles conditions, à quelle époque, les biens avaient été soustraits à l'église. On se contentait alors d'incriminer l'incurie des recteurs et la méchanceté des ravisseurs. A la vérité, ces biens étant tenus en bénéfice des rois, l'un ou l'autre des prédécesseurs du monarque régnant devait être soupçonné de les avoir détournés. Mais il n'était nul besoin de rechercher ces responsabilités lointaines ; ni le représentant de l'église préoccupé seulement de recouvrer ses droits, ni le roi qui les reconnaissait, ne se souciaient d'établir comment ils avaient été perdus. La chancellerie royale préférait disculper le souverain en attribuant l'envahissement soit d'une manière générale à des gens mal intentionnés, soit aux bénéficiers du prince. Les rois s'excusent et dans les diplômes qui donnent aux églises des marques de leur piété et de leur faveur, ils s'appliquent à rejeter loin d'eux l'odieux des spoliations.

Au reste, en dégageant ainsi leur responsabilité, ils ne déguisaient qu'une part de la vérité. Ce sont, en bien des cas, les fidèles du prince qui ont dépouillé les églises des biens qui constituent leur bénéfice. Quand un mandat du roi leur assigne une terre d'église, ils sont parfois eux-mêmes agents d'exécution, à titre de fonctionnaires royaux. C'est alors par eux que violence est faite à l'église ; forts d'un ordre du roi, ils se mettent en possession, de telle sorte qu'aux yeux du clergé, il y a eu véritablement envahissement du bien par de méchants ravisseurs 1.

Quand le spoliateur pouvait exhiber un mandat royal, c'était bien le roi qui, par son intermédiaire, dépouillait l'église. Mais cet ordre, le monarque ne l'a pas toujours délivré de son plein gré. Le plus souvent, quand le roi spolie une église, il ne fait qu'acquiescer à la prière de l'un des siens. Tel de ses fidèles qui convoitait une terre d'église, l'a sollicité de la lui céder en bénéfice. Les Carolingiens sont obsédés par les quémandeurs de biens ecclésiastiques, comme l'étaient déjà, au VIe siècle, les Mérovingiens 2. Charles le Chauve se plaint lui-même de ces gens qui ne cessent d'importuner les oreilles du roi ; il déclare en particulier que, quand il s'agira de l'église

i. On a vu (fasc. i, p. 87) que les comtes sont chargés parfois de se mettre euxmêmes en possession des biens d'église affectés à leur comté. L'évêque de Coire accuse de brigandage le comte Rodéric qui, chargé de séparer le comté de l'évêché de Coire, a, s'il faut en croire le prélat, fait main basse sur des propriétés de l'église.

2. Cf. tome I, La propr. ecclés. époque romaine et mérov., 446-7..

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