INSTANCES, MENACES DES FIDÈLES
deChâlons, il ne les écoutera jamais plus1. AVer, les évêques l'ont supplié de ne pas permettre qu'on lui demande ce qu'il ne doit pas accorder 2. A Vermerie, en 853, les évêques ont adressé leurs humbles remontrances au roi qui avait envoyé à l'abbé et aux moines de Saint-Denis l'ordre de céder un bien en précaire à Conrad. Ni le roi, ni l'abbé, ni les religieux ne doivent écouter de telles demandes, car il n'est permis ni à Conrad, ni à personne de les leur présenter 3. Le faussaire Benoît le Diacre fabrique une pétition que le peuple chrétien aurait remise à Charlemagne. Les fidèles protestent qu'ils entendent rompre toutes relations avec ceux qui demandent aux rois ou qui retiennent et envahissent les biens d'une église sans le consentement ou le don du recteur *. L'auteur des faux capitulaires estime donc que la pression exercée sur le roi par ces quémandeurs de biens ecclésiastiques est l'une des formes que revêt la spoliation des églises par les méchants ; le mal eût été conjuré si, en produisant ces interdictions, il avait réussi à décourager les effrontés solliciteurs et envahisseurs.
Excuser le monarque en chargeant ses serviteurs est peutêtre une tactique de la part du clergé, qui ménage les souverains dans l'espoir d'une restitution prononcée par autorité royale. Il sait parfaitement d'ailleurs combien il est difficile aux rois de résister aux instances, voire aux menaces de gens dont les services leur sont indispensables. Les recteurs des églises se sentent tout prêts à pardonner au prince ses faiblesses, à condition qu'il se montre désormais inaccessible à la crainte. Loup de Ferrières admet que Charles a été contraint, en ce qui concerne Saint- Josse, de céder aux vœux des séculiers. Hincmar excuse la jeunesse et la fragilité d'un prince inexpérimenté que ses fidèles menaçaient d'abandonner. A Ver, les évêques pressent leur souverain de ne pas se laisser intimider par des visages irrités, mais de craindre plutôt la colère de Dieu 6. Sedulius Scotus fait peut-être allusion à ces audacieuses requêtes, quand, dans un traité sur les devoirs des rois dédié à Charles le Chauve, il recommande aux recteurs
3. Les évêques écrivent à Conrad : « S< iatis quia domnum et seniorem nostrum regetn... et humili suggestioneet divina auctorttate obsecràvimus praofa toque venerabili abbati et monachis suis praecepimus, ut in hoc nulli adsensum praebeant, quouiam nec vobis nec cuiquam fidebum expedit talia postulare » [Cap., II, 423).
4. II, 370 : « cum his qui absque voluntate aut consensu aut datione rectoris... res ecclesiae a regibus petere aut icttiitarc aut invadere vel vastare » [LL, II, I'. ait., 92).