MANŒUVRES DÉSHONNÊTES
chrétiens de ne faire aucune cession bénéficiaire qui lèse la renommée d'un bon prince, la piété et la justice, de n'attribuer des bénéfices que selon le mérite des personnes et les besoins bien établis, non au gré des cupidités des candidats qui réclament méchamment et avec arrogance ce qu'il est difficile ou impossible de leur accorder 1.
A la prière, à la menace, ceux qui convoitent les biens d'église, joignent des manœuvres déshonnêtes. L'intrigue qui peu à peu enlace l'esprit des princes {subreptio) est dénoncée, en 855, par le concile de Valence comme la cause des pertes subies par les églises 2. Reproduisant les plaintes d'un concile mérovingien, le pseudo- Isidore s'élève contre la subreptio déshonnête des gens qui demandent les biens d'église et dérobent leur usurpation sous le couvert spécieux d'une largesse d'un roi ou de quelque autre puissant personnage 3. Au rapport du biographe de Wala, les séculiers enflammes de convoitise à l'égard des biens qui appartiennent à Dieu, les pillent, en s'efforçant d'abriter leur usurpation derrière l'autorité royale 4.
lis y parviennent en recourant à diverses tactiques. On intimide le roi et on lui arrache de gré ou de force aux dépens d'une église une concession en bénéfice, qui parfois sans doute suit l'envahissement du bien et ne fait que confirmer une spoliation accomplie déjà ; ou bien le solliciteur trompe le roi en lui persuadant que la terre convoitée est une propriété fiscale ; ou enfin celui qui, de son seul chef, s'est saisi d'un bien d'église, prétend mensongèrement l'avoir reçu en bénéfice.
Les rois sécularisent quelquefois des biens d'église à leur insu. Ils ont souvent cédé à leurs fidèles soit en bénéfice, soit en toute propriété des domaines ecclésiastiques qu'ils croyaient appartenir à leur fisc. A Meaux, les évêques prièrent le roi
1. De rectoribus christ., 9 : « Danda surit vero bénéficia quae data boni principis famam pietatemque et justitiam non laedunt, juxta dignitates personarum et utilitates rerum, non secundum cupiditates accipientium... ; quia quod difficile aut irapossibile est, improbe atque atrociter expos;unt » (Migne, CIII, 307-8).
2. 8 : « Placuit ne praedia... ecclesiarum cupidisad invadendum paterent...,ne et gloriosorum principum animi subreptione quorumdam talium deceptivis callidisque mendaciis laederentur » (Mansi, XV, 8).
3. Ps. Symmaque : « Competitoribus... qui facultates ecclesiae sub spetie largitatis regiae (vel cujusque potestatis) improba subreptione pervaserint »(éd. Hiuschius, 681). Cf. Conc. de Paris de 556-73, can. 1, Conc. éd. Maassen, 143. Voir aussi le fasc. 1, p. 240.
4. II, 2 : « saeculares, concupiscentiarum succensi aestibus, quae Dei sunt, quasi auctoritate regia defensi, temerario jure contra Deunï' erecti, diripiant » (SS, II, 549). C'est, suivant Paschase, un désordre introduit par le fait que les princes n'ont rien de plus doux à leur goût que les biens d'église.