RESTITUTIONS APRÈS DÉCÈS DES BÉNÉFICIERS
royale. Mais Saint-Benoît ne réussit pas à entrer en possession du domaine entier ; toutes les villulae qui en dépendaient restèrent aux mains de Gisleharius et les moines n'obtinrent justice qu'à la suite d'une enquête faite en 835 par les missi de Louis le Pieux 1. Des restitutions ordonnées par contrainte aux dépens des fidèles du prince n'eussent pas sorti davantage leur effet et lui eussent aliéné les siens.
Le décès d'un bénéficier fut; semble-t-il, au temps de Pépin comme par la suite, la circonstance qui le plus ordinairement détermina le? restitutions faites aux établissements religieux. On s'explique ainsi qu'elles soient toujours partielles et que les églises indigentes ne recouvrent les biens indispensables que pièce à pièce. Les domaines dont Pépin confirme, en 751, la restitution aux moines de Saint-Denis, ont été rendus un à un au cours des années précédentes, à chaque fois peutêtre que la mort d'un bénéficier autorisait les religieux à faire valoir leur droit. Si l'enquête conduite par les missi de Pépin néglige Taverny, Essonnes et d'autres localités récupérées plus tard, c'est qu'à cette date, Teudbert, le comte Rauchon et d'autres vassi du prince vivent encore et ne sont pas d'humeur à se laisser dépouiller. L'abbé Fulrad et les moines de Saint-Denis n'étaient pas assez puissants sur l'esprit du maître pour faire déposséder un vassal lui-même bien en cour ; ils réussissaient du moins à persuader à Pépin qu'il n'était pas indispensable, à la mort d'un bénéficier nanti à leur détriment, de lui donner un successeur.
En une circonstance pourtant, les églises du royaume de Pépin obtinrent peut-être restitution par contrainte exercée sur des illégitimes occupants, mais c'est que le prince ne les reconnaissait pas pour ses fidèles et qu'ils ne tenaient pas de sa libéralité les biens d'église dont ils s'étaient nantis. Un grand nombre d'églises et de monastères de la Francia étaient possessionnés au Sud de la Loire. Ces établissements avaient beaucoup pâti de ces interregna que dénonçaient déjà les conciles de l'époque mérovingienne 2. Les ducs aquitains qui n'épargnent guère sans doute les églises de la région où ils commandent, ont plus volontiers encore mis la main sur les biens du clergé qui obéit aux maires du palais de Neustrie, d'Austrasie, de Bourgogne. Il semble qu'Hunald ait fait, comme Carloman et Pépin, des restitutions aux églises
1. Dipl. de Louis le Pieux, 24 août 835 (Prou, Vidier, Recueil des chartes de Saint- Benoit, 19, p. 44-5).