‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 67 sur 1164 · B RESTITUTION DES BIENS SIS EN AQUITAINE · texte numérisé non relu

B RESTITUTION DES BIENS SIS EN AQUITAINE

d'Aquitaine *, mais il s'est bien gardé de satisfaire aux réclamations du clergé neustrien.

Pépin était au contraire disposé à les soutenir, car des pertes qu'éprouvaient en Aquitaine les églises de son royaume, ce n'étaient pas ses fidèles qui tiraient profit, mais au contraire les hommes d'un adversaire et d'un rebelle. Les biens soustraits par les ducs aquitains aux églises du Nord fournirent sans doute au roi des Francs le casus belli qu'il cherchait. Waifre reçut un ultimatum qui le sommait de rendre ces biens, de les laisser désormais jouir comme autrefois d'une pleine immunité et de ne pas envoyer de collecteurs d'impôts les rançonner2. Sur le refus du duc aquitain, Pépin entreprit une guerre pour obtenir que justice fut faite aux églises de Dieu3; le duc fut obligé d'opérer les restitutions exigées 4. Vraisemblablement les églises de la Françia rentrèrent ainsi en possession, sinon de la totalité, au moins d'une part de leurs biens d'Aquitaine dont les fidèles du duc étaient nantis. L'église de Reims, en particulier, put faire valoir ses titres dans la région sise au Sud de la Loire 5. Encore est-il permis de soupçonner que le prétexte choisi par Pépin pour colorer son intervention fut oublié après la conquête. Si certaines propriétés furent rendues aux églises du Nord, d'autres passèrent sans doute simplement des mains des grands aquitains en celles des fidèles de Pépin.

Les restitutions partielle: dont toute église indigente devait bénéficier sans délai ont donc été faites, semble-t-il, avec la lenteur et la méthode de la liquidation que Carloman renvoyait à plus tard, mais qui s'est, en fait, confondue avec elles et qui ne devait jamais être ni définitive ni totale. Il ne pouvait plus être question, en effet, de rendre aux églises tout ce qui leur avait été pris, ni même une plus large part, alors qu'on recommençait à les dépouiller et que le champ ouvert aux restitutions de l'avenir était sans cesse élargi par des sécularisations nouvelles

i. Saint- Julien de Brioude obtint une restitution : « Domnus Hunaldus princeps, ante hos dies per prava consilia aliquam villam... de ratione sancti Juliani martyris,... visus est astruxisse ; postea cœlesti auxilio monitus, superscriptam villam ipsi casae Dei reddere ordinavit » 'Charte de Gédêon, Doniol, Cart. de Brioude, 25, p. 47).

2. Fredegarii contin , 41 : « petens ei per legatos suos, ut res ecclesiarum de regno ipsius, qui in Aquitania sitas erant, redderetet sub immunitates nomme, sicut ab antea fuerant, conservatas esse deberent ; et judices hac exactores supra predictas res ecclesiarum... mittere non deberet » ((SS merov., 11, 186). ■

3. Einhardi annales, 760 : « bello se res et justitias ecclesiarum exacturum pronuntiavit » (SS, 1, 143).

4. Freàeg. contin., loc. cit.; Ann. Lauriss. min., 764, SS, 1 117; maj., 760, p. 142 ; Einh. ann., p. 143 ; Ann. Fuld., p. 347.

Page 1