‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 666 sur 1164 · REVENDICATIONS DES HÉRITIERS · texte numérisé non relu

REVENDICATIONS DES HÉRITIERS

n'avait pas, semble-t-il, cédé spontanément ce bénéfice à Joseph. Sans doute, l'empereur avait restitué à l'église de Toul la nue propriété d'un domaine dont avaient disposé les précédents rois et que détenait alors déjà cet étranger. L'évêque lui a fait souscrire une lettre de précaire et dès lors affectait de le traiter en simple vassal de son église. Après la mort du personnage, Frothaire essaye de faire admettre qu'il s'agit d'un bénéfice tenu de lui seul, qu'il est libre de ne pas laisser aux mains des héritiers du défunt ; la famille du bénéficier, au contraire, ne veut avoir affaire qu'à l'empereur ; elle entend tenir le bénéfice de celui-ci à titre héréditaire et sans l'aveu de l'évêque, puisqu'il refuse d'en laisser la jouissance aux ayants-droit du défunt.

Même quand le roi, sans faire en faveur des héritiers aucune réserve, a promis solennellement qu'à la mort du détenteur l'église recouvrerait la jouissance du bien, le prélat doit compter, quand le décès se produit, avec la famille du défunt. Charles le Chauve s'était engagé, en 860, à rendre à l'église de Châlons, quand Odelbertus disparaîtrait, les deux domaines qu'il avait en bénéfice l. A la mort de celui-ci, l'évêque Erchenraus se présente devant le roi et se fait confirmer la propriété du bien, afin que les fils d'Odelbertus soient déboutés de toute prétention à la succession paternelle et que l'église soit pour toujours mise en possession des biens qu'elle a perdus2. L'engagement pris jadis par le roi n'eut point suffi si le prélat n'avait été assez influent pour faire ratifier la restitution à l'instant critique. C'est probablement du fait des héritiers que les promesses royales, comme on le verra, restent parfois sans effet, alors que la mort du bénéficier autorise l'église à en réclamer l'exécution.

Quand une famille a été évincée, elle n'abandonne pas ses prétentions après que l'église a recouvré la jouissance de son bien. Les fils de Donat, à qui Neuilly avait été repris, intriguèrent si bien près de la reine Richilde et du jeune Louis, qu'en 875, en l'absence de son époux, la reine leur céda de nouveau le domaine en bénéfice 3. La villa de Poilly, avant d'être rendue par Charles le Chauve à l'église de Laon, avait constitué le bénéfice de Nortmarf. Ce personnage sans doute s'est remué à l'effet de le recouvrer. En effet, l'évêque cédant à la pression exercée sur lui par Rodolfe et Conrad de la

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