BÉNÉFICES DÉMEMB RÉS, ARRONDIS
l'abbé *. Les bénéfices tenus du roi sont de même nature et de même importance que ceux des milites de l'église, avec cette seule différence que les bénéficiers sont les vassi du roi, au lieu d'être les milites de l'établissement religieux.
Les bénéfices royaux constitués en biens d'église, qu'il s'agisse du comitatus ou des bénéfices des simples vassi, passent souvent de mains en mains, tels qu'ils ont été constitués à l'origine. Parfois aussi, les grands bénéfices créés par les premiers Carolingiens sont réduits, démembrés, soit que les rois aient partagé le lot primitif entre plusieurs bénéficiers, soit qu'ils aient accordé à l'église, ancien propriétaire, la restitution de quelque portion. Tel le bénéfice qu'au temps de Pépin et de Charlemagne, Vulsindus et Germundus tinrent successivement aux dépens de l'église du Mans. Sous le règne de Louis le Pieux, une portion de ce bénéfice est rentrée dans Yindominicatum de l'église. Saint-Georges est peut-être encore tenu en bénéfice, mais une partie seulement de la villa de Fresnay est signalée parmi les biens dont l'église a perdu Y indominicatum 2 et l'évêque Aldric a opéré des défrichements dans la villa d'Assé 3, dont par conséquent il a la jouissance. Souvent aussi, la masse des biens d'église s'accroît aux mains d'un personnage influent ou capable d'intimider le monarque ou ses concurrents. Le domaine des grandes familles comtales s'arrondit en incorporant abbayes et biens d'église pendant toute l'époque carolingienne.
Les biens enlevés aux églises ont été réunis au fisc et passent des mains du roi en'celles de son fidèle. Aussi le bénéfice d'un homme du roi comprend parfois des biens de plusieurs églises ou associe des terres d'église à des propriétés fiscales. Divers personnages tinrent successivement, au cours du IXe siècle, en bénéfice royal les deux villae d'Aguilcourt et de Juvincourt. Une portion de la première appartenait à l'église de Laon, le reste était, semble-t-il, propriété de l'église de Reims, à moins qu'il ne s'agisse d'un bien fiscal *. Le bénéfice d'un comte comprenait souvent, outre des biens de l'église épiscopale de la cité, des propriétés soit de divers monastères ou basiliques, soit même sans doute d'autres églises épiscopales ; biens d'église et biens du fisc constituaient indistinctement le comitatus.
i. Cf. Les bénéficiers de S. Germain, p. 81-9.
2. : « partem de Fraxinedo »(Dipl. faux de 802 et 832, cités p. 259. n. 6). Sur Saint-Georges, cf. p. 259, n. 5.