PEÉJUD1CE CAUSÉ AUX ÉGLISES
pouvons ainsi dresser une liste de biens dont la jouissance leur a été enlevée en faveur des usages publics, cette énumération est probablement très incomplète. Il ne semble pas que le clergé et les moines aient pris soin, à l'époque carolingienne, d'écrire des notices détaillant leurs pertes. On n'en trouve le plus souvent des traces précises que dans les actes qui les effacent ou les compensent et dans la mesure où ils les réparent. Les seules pièces authentiques qui décrivent des biens ravis à une église, ce sont les diplômes royaux qui en opèrent ou en confirment la restitution. Nous ne savons si les archives de l'établissement ont conservé tous ceux qu'elle a réussi à se faire délivrer. Tout renseignement nous échappe sur le compte des biens qui lui furent dérobés et qu'elle n'a pu recouvrer. Une part seulement et peut-être la moindre des spoliations infligées à une église par les Carolingiens nous est ainsi connue et pour la grande majorité des établissements religieux nous savons seulement qu'ils ont beaucoup souffert.
Le préjudice causé ainsi aux églises a été considérable, sans jamais en consommer la ruine. A tous les stades qui s'échelonnent du VIIIe au Xe siècle, lors des violences contemporaines de Charles Martel, après la divisio faite par Pépin et Charlemagne et lorsque les fils de Louis le Pieux déchainent de nouveau le fléau des sécularisations, nous avons entendu les mêmes plaintes 1. Les clercs et les moines déclarent qu'ils n'ont plus de quoi subsister, que l'église est appauvrie, ruinée, réduite à l'indigence. On peut les soupçonner d'avoir assombri le tableau à l'effet d'apitoyer les souverains et d'obtenir des restitutions plus larges. La détresse des moines, qui après le temps de Charles Martel ont eu littéralement besoin d'être consolés, n'a plus jamais été aussi pressante lorsque l'ordre fut rétabli. Si les Carolingiens continuent de disposer d'une part du temporel des églises, ils entendent leur laisser la jouissance des biens indispensables à leurs besoins essentiels ; ils ont égard à leur caractère sacré, leur accordent des restitutions, leur font des libéralités nouvelles et le flot des donations des particuliers ne cesse de couler en faveur des églises. Bien plus dangereux désormais que l'arbitraire des rois, le brigandage, qui s'accroît avec l'anarchie sociale, menace sans répit et sans réserve l'édifice du temporel ecclésiastique. Au Xe siècle, le verbum régis ne l'attaque plus, mais ne le défend pas davantage.
I. Cf. fasc. i, p. 24 et suiv., p. '17 cl suiv., p. 1 95 et suiv.