ALIÉNATION DES BÉNÉFICES
voir du roi des biens en bénéfice de Notre-Dame de Laon, les échange, avec l'assentiment de Louis le Pieux, contre des propriétés de Saint-Sauveur de Conques. Mais Bertrand agit en qualité de missus sanctae Mariae. L'abbé de Conques cède ces biens à Notre-Dame et à Bertrand, missus de cette église. Celui-ci s'est d'une part dessaisi au nom de l'église et d'autre part a été investi à titre de représentant de Notre-Dame 1.
Mais plus tard et parfois même dès le milieu du IXe siècle, c'est le bénéficier qui passe le contrat, sans avoir reçu à cet effet aucune délégation de la part du chef de l'église, sans qu'il soit fait mention même du consentement de celui-ci. En juillet 846, le prêtre Adémar donne un bien à Erembert pour obtenir de lui une terre qui faisait partie du bénéfice tenu par ce dernier d'une église Notre-Dame 2. Le fidèle de Charles le Chauve, Robert, cède 6 serfs de son bénéfice qu'il tient de Saint-Martin d'Autun ; Alamannus qui les reçoit donne d'autres serfs à l'église de Saint-Martin et à Robert 3. Ces échanges ont été effectués sans que le recteur des églises propriétaires soit intervenu ; on s'est contenté de marquer la condition bénéficiaire du bien et le droit de propriété de l'église.
Il en est ainsi à plus forte raison au Xe siècle. Les détenteurs de biens ecclésiastiques en disposent à leur gré, sans que le représentant de l'église soit consulté ; ils ne se contentent plus d'en faire l'objet de contrats d'échange, ils les cèdent en bénéfice, les baillent à cens et même en font donation en toute propriété, comme s'ils étaient seuls en cause, sans avoir égard aux droits de l'église propriétaire, qui pourtant est encore connue et qui est même expressément mentionnée. En 934, le comte de Poitou, Eble Manzer, remet aux moines de Saint-Cyprien, à la prière de son vassal, Roger, un bien du
1. Bertrand a cédé « mansellos... de ratione sanctae Mariae Laudunense quae... per regia potestate vel gubernatore sanctae Mariae in beneficio habebat ». L'abbé de Conques a cédé en échange différents biens « de ratione monasterii ... pàrtibus sanctae Mariae Laudunensi et Bertranno niisso sanctae Mariae» (H L, II, Pr., 64, col. 147).
2. Acte d'échange : « Dédit Ademarus presbyter de suum proprium, pàrtibus Eremberti, ad suum beneficium recipiendum a parte sanctae Mariae Colnense... — Dédit Erembertus ad vicem de suo beneficio, de ratione sanctae Mariae Cœnensis, Adamaro presbytero ad proprium recipiendum... » (Pérard, Recueil hist. Bourgogne, 144)- Il n'est pas sûr non plus qu'il s'agisse ici d'un bénéfice obtenu par concession royale.
3. Dipl. de Charles le Chauve, 23 août 856 ? Le fidèle du roi, Robert, a donné un serf à Alamannus « de mancipiis sui beneficii pertinentibuseeelesiae sancti Martini, quae est structaprope civitatem Aunustodunensem ». Alamannus a donné 6 serfs « ad partem ecclesiae sancti Martini atque Rotberti in jus ecclesiasticum habendum » (Bulliot, II, 3 et 4).