DÉVASTATIONS OPÉRÉES PAR LES BÉNÉFICIERS
Hincmar de Laon au sujet de Ragénard, qui, disait-on, avait détruit son bénéfice. L'envoyé de l'évêque a constaté en effet que i ien ne restait debout dans le manse dominical, que l'église était en ruines et que Ragénard avait fait couper et vendre tout le bois des forêts l. Même abus est reproché à Grivo qui est l'homme d'Hincmar de Laon, mais qui s'appuie sur le roi pour retenir son bénéfice que veut lui retirer son seigneur 2. A Saint-Denis, à Saint-Maximm de Trêves, on gardait souvenir de méfaits semblables commis par des bénéficiers, sans qu'on puisse dire s'ils avaient été pourvus par ordre du roi, d'un grand seigneur ou par pure libéralité du recteur. L'un a converti une église en écurie et dévasté le domaine3 ; d'autres ont traité inhumainement la familia du saint 4. Lothaire II, qui tenait à cens la villa de Douzy, propriété de l'église de Reims, l'exploitait fort mal 5 ; il laissait partir les colons du domaine6, au risque que la terre inhabitée restât en friche. Au temps de son père, Lothaire I, Hincmar se plaignait que maints serfs ecclésiastiques de la villa de Douzy fussent devenus les serviteurs et les servantes d'un autre maître et il ajoutait que l'église avait subi le même dommage en beaucoup d'autres domaines 7.
Les bénéficier s se souciaient peu d'entretenir les constructions sises dans la propriété. Maintes plaintes sont élevées en particulier au sujet des églises et chapelles du domaine qu'ils
i. : « Pervenit auteni ad me claraor de eodem Ragenardo quod suum habuerat déstructura beneficium...; invenit missus meus et mansum indominicatum et ipsam ecclesiam penitus destructam ac silvam venditam et alia perplura » (col. 1032). Peut-être ce Ragénard est-il le bénéficier dont il est question à la note précédente.
2. Grivo est accusé de détruire la forêt qui fait partie de son bénéfice. Sur le point d'en être privé, il a fait prévenir ses voisins « ut quicumque ex eadem silva accipere volebat, usque in praefatum diem acciperet ». Tout le voisinage est venu mettre en coupe la forêt, «ipso Grivone praesente ac quibusdam villanis eam vendente, quibusdam perdonante ».Les envoyés de l'évêque sont allés faire constat, « invenerintque... eamdem silvam sine numéro villanos destruentes ac quercussemiincisas in reliquum destruendas perque circum circa campos densiter quae perduci ad domus destruentium non poterant jacentes » (col. 1033). Ce Grivo, fils d'un bénéficier de l'église de Laon, a été recommandé à l'évêque au temps de son sacre par l'archevêque de Reims. Le litige relatif à la destruction de la forêt est débattu « coram rege » et le roi décide <j!|!' < irr 0 ne doit pas pour ce fait perdre son bénéfice (col. 1034).
3. Mirac. sancti Dionysii, I, 3, Mabillon, A. S., III, II, 312.
4. Mirac. s. Maximini (fin Xe siècle), II, 15, 18, A. S., Mai, VII, 29.
5. Hincmar lui écrit « pro ejusdem villae maie tractât a dispositions (Flodoard, Hv>t., III, 20, SS, XIII, 513).