INSTANCES DU CLERGÉ
imputer l'atteinte portée à l'équité. Aussi la spoliation inique sera-t-elle toujours mise au compte d'hommes méchants et avides, dont le roi est invité à réparer les méfaits 1. Puisque leur seul titre est la concession qui leur a été faite par le prince, c'est assez qu'il la révoque pour que le bien fasse retour à l'église.
Aussi, tel est l'objet des démarches pressantes de la part des évêques et des abbés bien en cour. Pour Eudes, abbé de Ferrières, et pour son successeur Loup, la grande affaire est de recouvrer la cella de Saint- Josse, cédée en bénéfice par Lothaire I à l'un de ses fidèles, puis par Charles le Chauve au comte Odulfus. L'un des arguments que Loup développe dans les nombreuses lettres qu'il écrit à ce sujet, c'est l'indigence où la perte de cette cella réduit ses moines. Il ne manque pas de joindre au pitoyable tableau de cette détresse des avertissements discrets à l'adresse du roi. Par l'intermédiaire du chancelier Louis, l'abbé invite le monarque à songer au péril que court son âme. Le Ciel ne bénira aucune de ses entreprises aussi longtemps qu'il n'aura pas rétabli en ses droits l'église de Ferrières 2 : « Ce que votre père avait donné pour le salut de son âme aux serviteurs de Dieu, écrit-il au roi, ils le réclament par ma voix après quatre ans de souffrance. Or, au dire des vieillards, quiconque a fait tort à notre maison en a toujours éprouvé dommage, à moins qu'il ne soit venu à résipiscence » 3.
Les abbés de Ferrières mettent d'ailleurs surtout leur confiance dans les bons offices rendus à la cause du roi et dans leur crédit personnel : « Même si votre père ne nous avait pas déjà donné cette cella, écrit Eudes à l'empereur, nous avons travaillé et nous nous employons encore pour votre service avec un tel zèle que vous ne pourriez nous refuser cette récompense » 4. Loup ne se console pas de la perte qu'il a subie. Les abbés, ses prédécesseurs, ont obtenu de la munificence impériale pour l'affermissement de la vie religieuse à Ferrières une propriété qu'il n'a pu retenir, faisant ainsi figure du moins qualifié et du plus mauvais administrateur qu'ait eu jamais le monastère et cette pensée le couvre de honte. Néanmoins, il garde l'espoir de recouvrer la cella grâce à son service empressé 6. Aussi le voit-on sans cesse sur le chemin du palais. Au
i. Cf. plus haut, p. -m ; el suiv.