‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 78 sur 1164 · SOUS PÉPIN ET CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

SOUS PÉPIN ET CHARLEMAGNE

Bien qu'au temps de Pépin et de Charlemagne, le clergé et les moines n'aient formulé, à notre connaissance, ni protestations, ni plaintes, la trace des sécularisations opérées par ces rois se retrouve dans maintes pièces d'archives conservées par les églises et parmi les souvenirs recueillis par leurs historiographes. Des évêchés de Sens, d'Auxerre, de Mâcon, de Trêves, nous savons qu'ils souffrirent une divisio. Commencée sans doute après l'enquête de 751, elle s'est vraisemblablement prolongée aussi longtemps que Pépin et Charlemagne eurent besoin de puiser à cette source pour entretenir leurs fidèles. Pépin a dépouillé l'église de Laon à plusieurs reprises. Un miracle de saint Rémi l'empêcha de prendre possession de la villa d'Anizy appartenant à l'évêché de Laon ; mais Hincmar ajoute que Pépin avait traité ainsi précédemment plusieurs villae de la même église 1. Peut-être l'archevêque range-t-il parmi celle§-ci le domaine d'Aguilcourt, qui a été incorporé au fisc et cédé en bénéfice sous Charlemagne au plus tard 2. La villa de Perrécy a été probablement aussi perdue par l'église de Bourges au temps de Pépin ; elle fut cédée alors, avec le consentement de l'évêque, à un certain Nivélongus, sans doute sur l'ordre de Pépin et depuis lors on la considéra comme appartenant au fisc 3

1 : «Episcopii Laudunensis villara quae dicitur Anisiacus accipere nisus quasi sub censu, velut alias quasdam fecerat » (Hincmar, Vita Remigii, 25, Si' merov., m, 321).

2. LV Cap., 1 : « tempore scniorum istorum quorum subscripta sunt nomina... qui ambas illas villas per regium beneficium tenuerunt, scilicet tempore Reinegaudis comitis, Bertmundi comitis, Bernardi, Odonis, Gibuini, Rothardi, Godefridi, Angelbodi, Frederici,... praeter eos quos commemorare non possumus » (Migne, cxxvi, 294). Il s'agit d'Attolae curtis et de Juviniaca villa, probablement Aguilcourt et Juvincourt (Aisne, arr. Laon, cant. Neufchatel). Bertmundus tenait ces deux villae « per beneficium imperatoris Ludovici » en 831, date où le prêtre Ermenric fut chargé de desservir les deux églises. Ce prêtre y demeura « tempore praefatorum seniorum, qui Bertmundo in eadem villa successerunt », jusqu'au moment où l'évêque de Laon, Pardulus, obtint restitution de la portion de la villa d'Aguilcourt qui appartenait à son église (loc. cit.). Puisque Bertmundus occupait encore ces domaines en 831, le comte Remegaud, le plus ancien bénéficier dont Hincmar ait recueilli le nom, les avait reçus, semble-t-il, soit au début du règne de Louis le Pieux, soit sous Charlemagne. Mais avant lui, il y a eu d'autres bénéficiers dont le nom est oublié. La sécularisation remonte donc soit au temps de Charlemagne ou de Pépin, soit même — et M. Stutz estime {Gesch. des kirchl. Bencfizialwcsens, 186) que c'est l'opinion la plus probable, — à l'époque de Charles Martel.

3. Au cours d'un procès plaidé entre 866 et 875, l'archevêque de Bourges, Vulfad, a montré des chartes du temps de Childebert, Chilpéric et Pépin. Nivélongus avait obtenu la villa de Perrécy : «in loco praestaria... per voluntatem ipsiusepiscopi Bituricensis in precaria et III libras transsolvisset». D'autre part, suivant déclaration de témoins, cette villa n'avait jamais été propriété que du fisc de Pépin, Charles

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