‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 79 sur 1164 · L'ÉVÊCHÉ DU MANS DIVISÉ · texte numérisé non relu

L'ÉVÊCHÉ DU MANS DIVISÉ

L'église du Mans, atteinte déjà sous Charles Martel, a subi de nouvelles pertes. La concession en précaire consentie en 751 ou 752 à Vulsindus par l'évêque Gauziolène régularise une spoliation ancienne déjà 1. Mais il n'en est pas de même de l'acte renouvelé en 756 ou 757 sur l'ordre du roi Pépin, en faveur de deux de ses fidèles 2. L'église n'a perdu qu'à une date récente la jouissance des biens dont ils sont détenteurs. La villa d' Ardin en Poitou, qui fait partie de ce lot de terres, était restée en effet en la possession de l'église jusqu'au temps de Pépin et de Carloman. En Juin 721 ou 722, alors que les biens d'église sont déjà mis au pillage par l'aristocratie franque, un certain nombre de tenanciers reconnaissaient les redevances dont ils devaient s'acquitter, envers l'église, aux mains de l'agent chargé d'administrer la villa 3. Sous l'épiscopat même de Gauziolène, le Ier Mars 743 ou 744, alors que Pépin et Carloman tiennent leurs synodes de réforme, le dernier roi mérovingien confirmait, en faveur de l'église du Mans, l'immunité accordée à sa villa d' Ardin dont elle avait encore la jouissance 4. C'est donc seulement sous Pépin et probablement à la date de 751-2, lors de la divisio mentionnée par les annalistes, que, pour la première fois, l'évêque du Mans, Gauziolène, céda ce bien à un fidèle du roi et par ordre, en vertu d'un précaire qui fut renouvelé cinq ans plus tard. Suivant l'historien des évêques du Mans, cet indigne prélat distribuait en bénéfice à des séculiers et à des laïques les monastères de son évêché 5. Peut-être ne l'a-t-il fait parfois que pour obéir au roi, comme plus tard Mérolus cédera en précaire la cella de Saint-Fraimbault sur l'ordre de Charlemagne 6

et Louis empereur, jusqu'au temps où celui-ci la donna au comte Eccard. Les témoinsontvucelui-ci en possession et néanmoins ont entendu dire:«quod de ipsa ecclesia Vulfado essere debuisset » (Prou, Vidier, Chartes de Saint Benoit de Fleury, 24, p. 58). Il semble bien que Nivélongus a reçu le bien en précaire de l'évêque de Bourges au temps de Pépin et sans doute par son ordre. La précaire n'étant pas renouvelée, l'église a perdu son droit par prescription ; le bien a été tenu pour fiscal sous Pépin, Charlemagne et Louis le Pieux. On se souvenait toutefois de l'ancien propriétaire et on disait que le bien aurait dû appartenir à l'église de Bourges.

1. Gesta Aldrici, p. 178. Cet acte régularise une spoliation précédemment accomplie, car il déclare que le roi a ordonné d'abord de rendre le bien à l'église. Cf. plus haut, p. 27.

2. Actus pont. Cenom., 16, p. 254, Ribbeck {Die sogenannte Divisio, 70) estime à tort, croyons-nous, qu'il s'agit aussi dans ce cas de régulariser une spoliation antérieure au principat de Pépin.

3. Actus, 15, p. 240. Cf. La propriété ecclés. époque mêrov., 299

4. 16, p. 253. Si le bien faisait l'objet d'un bénéfice, le bénéficier serait mentionné à côté de l'évêque Gauziolène qui demande confirmation de l'immunité pour la villa de son église.

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