IL FAUT PERSUADER LES OCCUPANTS
pants plus que les rois qu'on prend à partie et avec qui on traite l'affaire. Nicolas I prie les nobles aquitains de rendre les biens qu'ils ont de leur seul chef enlevés aux églises, en profitant de la simplicité et de la tiédeur des vénérables recteurs. Il s'agit de domaines ravis aux églises, sans que le roi ait aucune part au larcin ; mais le pape ajoute : « Nou^ vous exhortons à faire de même au sujet des biens que les rois ont enlevés à ces églises et qu'ils vous ont conférés en bénéfice. Cette occupation injuste à l'origine n'est nullement légitimée par la durée » l. Réunis à Ver en 844, les évêques adressent d'abord une admonestation aux séculiers : « Rendez à Dieu ce qui lui appartient, si vous voulez posséder en paix votre propriété ». Puis ils se tournent vers le roi et l'adjurent de ne pas craindre la face d'hommes courroucés, qui ne sont que terre et poussière, plus que Dieu qui l'a créé et le jugera 2. L'épiscopat presse les fidèles de se désister spontanément, le roi de les évincer s'ils s'y refusent ; on sent bien que ce qui préoccupe le plus les prélats, c'est l'attitude des occupants. Le roi peut malaisément leur faire violence ; aussi importe-t-il de gagner près d'eux la cause qu'il sera bien facile d'emporter près du souverain s'ils n'y font obstacle. La tactique que préconise Loup de Ferrières consiste d'abord à gagner l'esprit de Charles le Chauve, puis à s'en remettre à lui du soin de faire entendre raison à ses fidèles : « Instruit par vous, écrit Loup à Hincmar, il saisira l'occasion de réparer sa faute. Il y parviendra en énumérant aux séculiers qu'il a pourvus de biens d'église les maux que lui-même et eux tous ont ainsi attirés sur leur tête. Il leur représentera que la colère du Ciel ne pourra être apaisée, s'ils ne restituent à la Divinité ce qui Lui appartient 3 ». Au sentiment de Loup, qui souffle au roi ce qu'il doit dire à ses fidèles, c'est de ceux-ci que dépend l'affaire. L'abbé de Ferrières et son correspondant savent très bien que l'esprit du prince est acquis à la cause des églises ; ce qui importe, c'est de le décider à se faire auprès des siens le porte-voix des doléances du clergé et par lui de les amener à récipiscence.
Une restitution n'est acquise qu'à l'issue de pourparlers entamés non seulement avec le roi, mais auprès des gens qu'il a eu le tort de mettre en possession. Aussi, quand Loup