RESTITUTIONS DESTINÉES A SUPPRIMER LA DÎME
pants pour supprimer le droit du propriétaire de ne plus acquitter les doubles dîmes et maintes fois les bénéficiers sont accusés d'avoir de cette manière spolié à nouveau les églises. L'aveu que font les bénéficiers de l'église du Mans de la condition du bien dont ils jouissent donne une force nouvelle à la reconnaissance faite antérieurement déjà par le roi des droits de cette église. Peut-être la restitution prononcée précédemment de la propriété de ces bénéfices est-elle simplement confirmée1 à nouveau par le précepte que les occupants ont sollicité eux-mêmes du roi.
La restitution provoquée par les bénéficiers fut parfois sans doute pour eux l'expédient qui leur permettait de retenir le bien en esquivant les charges. Ne serait-ce pas en certains cas une simple fiction, destinée à les exonérer de l'obligation de payer double dîme du revenu ? La requête présentée par eux au roi suppose toujours qu'ils se sont mis d'accord avec le chef de l'église. Celui-ci leur promettait peut-être de leur laisser bénévolement en précaire le bien qu'ils remettaient en ses mains. Ils cessaient de le tenir du roi pour le recevoir du prélat, devenaient les hommes de l'église au lieu d'être exclusivement les fidèles du souverain. A ce compte, l'église gagnait des fidèles, elle exerçait le droit de disposer d'un bien qui échappait ainsi au service public. Les occupants, devenus simples précaristes de l'église, n'étaient plus tenus, suivant ]a lettre des Capitulaires, d'acquitter la double dîme imposée seulement aux vassi royaux. Le clergé qui cherche à étendre aux hommes de l'église librement pourvus par elle la redevance des dîmes et nones, en faisait peut-être le sacrifice s'il réussissait à ce prix à effacer la trace des sécularisations prononcées au nom de la nécessitas regni. On ne saurait faire la preuve d'une telle hypothèse ; mais elle expliquerait an moins en partie la fréquence des diplômes de restitution délivrés à la prière des bénéficiers, l'ardeur qu'ils apportaient à se dépouiller, alors qu'à tant de signes il apparaît que de leur part le désintéressement est rare et la résistance invincible.
Des motifs pieux pouvaient d'ailleurs parfois triompher de leurs répugnances. Si Loup de Ferrières veut que le roi entretienne ses fidèles des châtiments qui attendent ceux qui se refusent à restituer, c'est que ces craintes ne restaient pas toujours sans effet. Les bénéficiers qui demandent que le roi restitue à l'église du Mans, déclarent qu'ils ont considéré l'humaine fragilité, redouté le jour du j ugement et leur requête
i. Ces préceptes sont dits « hoc nostrae confirmation^ atque redditions praeccptum •> loc. cit.).