SÉCULARISATIONS A BESANÇON, ANGERS
maintes pertes sous le règne de Charlemagne 1. Lui seul a pu distraire de l'évêché de Freisingen la cella d'Innichen qui, fondée et donnée à cette église sous son règne, avait été enlevée et cédée en bénéfice et que Louis le Pieux a rendue le 15 Février 816 2. C'est probablement dans les dernières années du règne du grand empereur que l'église de Besançon perdit les trois villae qui constituent, sous le règne de Lothaire II, le bénéfice de son fidèle, le comte Atton. A cette époque en effet, la spoliation était ancienne déjà et on désignait comme le dernier prélat qui ait eu ces biens en sa possession, l'archevêque Gédéon, mort dans les dernières années du VIIIe siècle 3.
D'un domaine appartenant à l'église d'Angers, il est dit, en 844, que des vassi dominici l'ont toujours tenu en bénéfice et qu'un cens était payé par eux « ab antiquo » 4. C'est au plus tôt sous Charlemagne que l'église avait subi cette perte et sans doute maintes autres sécularisations 5. Peut-être aussi, faut-il rapporter au temps de Pépin et de Charlemagne
1. Louis le Pieux a rendu, avant 830, à la basilique de Saint-Epvre, qui dépend de l'évêché de Toul, une villa que son aieul Pépin avait donnée à cette église (Frotharii ep., 20, Ep., v, 290). Si Pépin l'a donnée et Louis le Pieux rendue, il est vraisemblable que Charlemagne s'en est saisi. C'est sans doute alors aussi que trois églises rurales de cet évêchéont été dépossédées de biens qui furent « de jure aecclesiae... dudum subtracti » et dont une part est occupée, au temps où Frothaire éorit, par un miles vieilli et infirme (17, p. 288).
2. B M 607. La cella a été fondée par l'évêque Hatton (784-811).
3. Dipl. de Lothaire II, 1 février 86g : « Arduicus... archiepiscopus expetiit quatenus villas... quae quondam possessae fuerant ab episcopis praedecessoribus suis, Gedoni scilicet et Adoni,... restituissemus. Sed quia easdem villas ab Attone comité consanguineo nostro tenere videbantur, ne minus fidelis nobis proficiscentibus relinqui in regno crederetur » [Gall. Christ., xv. Instr., col.4). M. Parisot (Le roy. de Lorraine, 331, n. 2) estime qu'il s'agit de sécularisations faites par Lothaire II lui-même. Mais ces pertes ont été subies par l'église jadis (quondam) ; Gédéon et son prédécesseur Atton (cf. Gall. Christ., xv, 19) tenaient encore ces biens à la fin du
VIIIe siècle ; sous l'archevêque Bernoin, qui figure sur le testament de Charlemagne de 811, les biens étaient déjà enlevés, puisque cet çvêque n'est pas nommé par Arduic, intéressé à retrouver les titres de propriété les plus récents. C'est donc vraisemblablement à la fin du règne de Charlemagne, que les biens ont été soustraits à l'église. L'ancienneté de la spoliation permettrait tout au plus d'admettre qu'elle se soit produite au temps de Lothaire 1, lorsque la pratique des sécularisations, abandonné» par Louis le Pieux, est remise en vigueur par ses fils.
4. Dipl. de Charles le Chauve, 13 juin 844 : c de ratione sancti Mauricii quam semper vassi dominici in beneficio habere visi sunt » (R. Merlet, Guerre d' ^dépendance de la Bretagne, dans la Revue de Bretagne et d'Anjou, 1891, p. 22). M. F. Lot ( Le règne de Charles le Chauve, n. 3 de la p. 149) a rectifié la date du diplôme attribué par erreur à l'année 843.
5. Le 27 févr. 838, Pépin d'Aquitaine décide que ses fidèles qu possèdent en bénéfice des biens de Saint-Maurice d'Angers et qui retiennent les nones et dîmes dues à l'église, devront désormais les payer (Urscau, Cart. S. Maurice 7, p. 20). Peut-être s'agit-il de biens récemment sécularisés par Pépin ; toutefois il est plus vraisemblable que seul est récent le refus des nones et dîmes et que les biens sont tenus en bénéfice depuis' ongtemps déjà.