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LE CHATIMENT D'UN TRAÎTRE ENTRAÎNË-T-IL RESTITUTION

Il n'en est pas de même quand la négligence concerne les devoirs envers le souverain qui a cédé le bien d'église en bénéfice. L'occupant disgracié est chassé du domaine qu'il tenait en bénéfice et qui parfois alors sera rendu à l'église. Par le jugement des scabins, que Charles le Simple a saisis de la plainte de l'archevêque de Trêves, l'abbaye Saint- Servais fut restituée à cette église. Il fut établi que le duc Régnier et son filsGilbert la lui avaient enlevée par violence ; mais cette sentence n'eût sans doute pas été rendue si le roi n'avait pas dû déjà renoncer aux services de ces personnages l.

Il est rare pourtant qu'une église obtienne restitution à la faveur de l'éviction d'un vassal infidèle. Nous n'avons même pas connaissance que les défenseurs des intérêts des églises se soient d'ordinaire avisés de saisir cette opportunité. Landrade et ses fils, qui tenaient en bénéfice la villa deNeuilly, propriété de l'église de Reims, en furent dépouillés lorsqu'ils firent défection, en 858, alors que Chailes le Chauve marchait contre les Noimands de l'île d'Oyssel2. Hincmar, qui gouvernait alors l'église de Reims, n'est pas intervenu, semble-t-il, à cet instant pour réclamer le domaine. La villa confisquée a été attribuée au monastère d'Orbais et cédée de nouveau en bénéfice. Un bien d'église retiré des mains d'un vassal infidèle était simplement incorporé au fisc et passait sans doute d'ordinaire des mains du roi en celles d'un autre vassal plus méritant 3.

Si l'église n'obtient pas justice aux dépens d'un traître, comment aurait-elle satisfaction quand le bénéficier est un bon serviteur ? Il est douteux qu'un fidèle, régulièrement pourvu, ait été dépouillé jamais de son bénéfice, à seule fin de satisfaire aux réclamations du clergé. Une telle restitution eût paru une atteinte aux droits du bénéficie;. Le retrait des bénéfices n'était admis, au IXe siècle, qu'en cas de trahison ou de disgiâce encourue pour un motif qui n'avait rien à voir avec les revendications des églises. Les rois n'auraient pu sans danger pour eux-mêmes préférer le droit de celles-ci au titre conféré par eux à leurs fidèles. En fait, nous ne connaissons pas d'exemple certain 4 d'éviction violente d'un bénéficier

1. 13 juin et 9 juill. 919, Beyer, UBm'ttelrh. Terrt., iôoet 161, p. 223-5. L'archevêque avait maintes fois déjà porté plainte (sepius plangendo adiit). Cf. Eckel, Charles le Simple, 110, n. 3.

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