MULTIPLICITÉ DES RESTITUTIONS
Charles le Chauve déclare qu'il a augmenté, à lui seul, de 2.000 mauses le domaine épiscopal des évêques de Laon. Sous le seul pontificat d'Hincmar, la libéralité royale l'a enrichi de plus de 600 mauses1. Vraisemblablement, les restitutions ont contribué, non moins que les donations nouvelles de ce prince, à cet élargissement du temporel de l'église de Laon. Le pape Hadrien II félicita:t le même roi de sa générosité : « Il n'est pas d'évêché ou de monastère dans votre royaume, lui écrivait-il, dont le patrimoine ne se soit accru aux dépens de votre bien et reconstitué par les restitutions faites du sien 2 ». Parmi les diplômes royaux qui ont été conservés, ceux qui accordent des restitutions aux églises sont peut-être les plus nombreux. Il s'en trouvait aux archives de la plupart des églises, à Reims, Châlons, Langres, Autun, Mâcon, Paris, Angers, Orléans, le Mans, Lyon et Vienne, Saint-Denis, Saint-Martin de Tours, Saint-Germain d'Auxerre, etc. On a pu apprécier le préjudice causé du VIIIe au Xe siècle à quelques églises3. Or, presque toutes les chartes qui détaillent leurs pertes sont des titres qui témoignent des restitutions faites à ces établissements. A s'en tenir aux données de telles pièces, on pourrait croire que tout ce qui a été pris aux églises leur a été aussi rendu.
Il s'en faut de beaucoup pourtant que les églises a'ent obtenu pleine satisfaction. Si les documents qui consignent les noms des domaines ravis en signalent aussi la restitution, c'est que seules ont été conservées par les soins des religieux et des clercs les pièces qui formaient pour leurs églises +itres de possession authentiques. Elles énumèrent non pas les biens ravis, mais, parmi ceux-là, les domaines qui sont rendus ; la paît des biens sécularisés qui fait l'objet des chartes de restitution est probablement la moindre. Des diplômes fabriqués par le clergé du Mans signalent tous les monastères, cellae, villae, tenus en bénéfice par les fidèles de Charlemagne et de Louis le Pieux. La somme totale en est bien plus considérable que la masse des domaines et monastères dont la restitution est prononcée par les diplômes de Louis le Pieux. A la vérité, le clerc manceau a dû grossir les prétentions de son église, mais les biens qui lui furent rendus sous le pontificat d'Aldric par l'empereur ne représentent pas, semble-t-il, plus d'un
1. cf. plus haut, p. 271, n. 3 ; les biens d'Aguilcourt ont été rendus sous Rai* dulus Jase, 1, p. 67, n. 2), ceux de Poilly sous Hincmar (plus haut, p. 331).
2. F.p. 34 : « ita ut nullus sit episcopatus nullumque monasterium in regno tuo quod non auxeris rébus propriis et restitueris suis phirimum » (Mansi, XV, 857).