LE MONASTÈRE ASILE
conditionnent la vie des religieux, parfois même, mais dans une mesure bien moindre, les episcopia deviennent, au service du monarque et des intérêts publics, soit des refuges, soit des prisons.
A l'époque de Charlemagne, les sanctuaires exercent encore parfois le droit d'asile1. A ce privilège les églises n'ont jamais expressément renoncé et on l'invoque encore à la fin du Xe siècle 2 ; mais il semble qu'il n'y soit plus fait appel qu'assez rarement. On estime pourtant que l'hospitalité offerte par les monastères donne des garanties spéciales de sûreté. Louis le Pieux croit mettre parfaitement à l'abri la reine Judith, quand apprenant la révolte de ses fils, il conduit son épouse au monastère Notre-Dame de Laon 3. Charles le Chauve rappelle dans l'un de ses diplômes en faveur des moines de Saint-Denis qu'il a été confié à leur tutelle par son père 4. En 862, Judith, veuve d'un roi anglo-saxon, vit retirée à Senlis, sous la protection de Charles le Chauve et sous la garde de l'évêque 5. Souvent aussi, des reines veuves ou délaissées Vont chercher spontanément asile dans un monastère qu'elles affectionnent. Bertrade, mère de Charlemagne, a vécu à Saint-Denis 6. L'épouse de Charles le Gros, Richarde, accusée
1. Les moines de Saint-Martin de Tours ont défendu un criminel, que l'évêque d'Orléans et l'archevêque de Tours voulaient enlever de la basilique (Alcuini cp. 245, 246, 249, IV, 394, 398, 403). En 786, des Thuringiens rebelles se sont réfugias au monastère de Fulda, mais l'abbé paraît bien les avoir mis à la disposition de Charlemagne (Ann. Naz. contin., SS, I, 42).
2. C'est du droit d'asile, tel que le définit le code théodosien, qu'Abbon de Fleury traite dans le canon qu'il intitule « De honore ecclesiarum ». Dans l'interprétation qu'il donne de l'édit impérial, il établit que le droit d'asile s'étend aux portiques et dépendances, « ut reos timoris nécessitas non constringat circa altaria manere et loca venerabilia polluantur ». Abbon exige que les réfugiés déposent leurs armes. Il est peu probable que les rédacteurs qui stipulent Vhonor dû aux églises 'plus haut, p. 41, n. 1; 42, n. 2) aient eu expressément en vue, comme Abbon, le droit d'asile. En 996, Foulques Nerra fait pénitence pour avoir violé le jus sacrum du cloître de Saint-Martin : « Ipsius siquidem claustri locum, omnibus patens refugium, armata manu, quamvis nullis resistentibus violenter intravit ; domus deinde propugnacula cujusdam canonici et cellerarii precipitari injuste fecit » (Notice, L. Halphen, Le comté d'Anjou, Pièces just., 3, p. 348). Le texte montre bien que Saint- Martin prétend au droit d'asile, droit que Foulques a violé ; on ne dit pas expressément qu'il ait arraché du cloître les gens qu'il poursuivait. En 1075, Guillaume Raymond, comte de Cerdagne,fait une donation à la cathédrale d'Elne et au monastère de Saint-Michel de Cuxa, « propter invasionem quam mei hemines fecerunt in praelibato monasterio». L'abcminabilis disruplio qu'il répare par cette largesse a consisté à enlever par force du monastère le comte de Roussillon,Guilabert (Marca hispanica, 285, col. 1164-5).