CHARGE DU GÎTE ROYAL
sur ce point, Charles le Chauve agit comme ses prédécesseurs \ le roi donne rendez-vous à Reims à ses gens. Il en vient des multitudes, tant des anciens États de Charles que de la Lorraine alors réunie, ainsi que des autres royaumes. Ils y demeurent aussi longtemps qu'il plaît au monarque. L'archevêque est obligé de supporter en sa cité ces rassemblements, aussi souvent que le roi l'exige 2. Il faut recevoir le souverain avec tout l'apparat royal. Hincmar lui sert aux dépens du patrimoine ecclésiastique les subsistances qui lui sont nécessaires, ainsi qu'à tous ceux qui lui font cortège, comme le roi l'ordonne et autant qu'il le commande. Le monarque, en effet» déclare que ses prédécesseurs avaient ce pouvoir et que quant à lui, il ne laissera pas tomber ce droit, quel que soit celui qui lui interdise d'en user 3. Tel était le cas fait par Charles des immunités invoquées près de lui par le concile de Meaux.
Peut-être Hincmar exagère-t-il, pour se disculper, la portée des exigences royales. Il n'est pas loin de les tenir pour fondées. C'est à ses yeux une compensation de la paix que le roi lui assure, ainsi qu'à ses ouailles. Plus loin, il légitime entièrement les prétentions royales. Le clergé qui ne possède les biens
i. Charlemagne tient quelquefois son plaid dans une cité, à Mayence, Chalon, Angoulême (cf. Waitz,Z). V. Gesch., III, 577, n. 2). Louis le Pieux, en832, aconvoqué un plaid général à Orléans (Ann. Berlin., 4 et 5).
2. : « rex et cohabitantes mecum una cum rege... in civitatem meam saepe conveniant et ibi tandiu sicut régi complacet degant et cum tanta multitudine, tam de regno quod antea habuit quam et de regno quod Lotharius habuit, necnon de aliis regnis ad eum confluentibus, sicut missi vestri viderunt, et hoc quam saepe illi videtur, in civitate mea sustineo » (Ep. 27, Migne, CXXVI, 183). On constate que Charles le Chauve est à Reims en 847, où il reçut en cette ville des députés Sarrasins {Ann. Berlin., 34) et le 30 sept. 861 (B 1698). Il passe par Reims en 862, 866, le 14 août 876 (Ann. Berlin., 56, 85, 131). En octobre 870, le roi a donné rendez-vous aux missi du pape àReims « et undique plurimos fidelium suorum illic convenire faciens et per octo dies ibidem immorans, eodem missos absolvit » (p. 114). C'est à cette réunion que fait allusion Hincmar dans la lettre précédente où il s'excuse de ne pouvoir obéir aux instructions pontificales, en raison de l'étroite dépendance où il affecte d'être assujetti vis à vis du roi . C'est à Reims, que Louis le Germanique donne rendezvous à ses fidèles et aux évêques qu'il se flatte, en 858, de détacher de la cause de Charles fugitif (Ep. syn. Carisiac, i,Cap., II, 428). En 863, Charles le Chauve a tenu aussi une grande réunion à Nevers [Ann. Bertin., p. 66).
3. : « regio cultu eo recepto, de ecclesiasticis facultatibus, sicut praecipit et quandiu praecipit, illi et sibi obsequentibus servio,... ut quiète ...cum mihi commissis degere possim. Dicit enim liane potestatem suos decessores habuisse, quam ipse nullius interdictione dimittet » (loc. cit.). Plus haut, Hincmar s'excusait de ne pouvoir opposer, sur l'ordre du pape, son interdictio à l'entreprise de son maître en Lorraine. Toutefois, la poteslas que le roi déclare ici ne vouloir abandonner à la suite d'aucune interdictio, n'est pas, semble-t-il, le droit d'avoir une politique parfaitement indépendante, mais bien celui de prendre gîte aux dépens des évêques. Hanc potestatem ne peut se rapporter qu'au sicut praecipit et quandiu praecipit. La phrase se rattache naturellement au développement qui précède sur les rapports d'Hincmar et du roi. Elle serait isolée et à peu près inintelligible, si elle se rapportait à la politique du roi en Lorraine. D'ailleurs, un peu plus loin, Hincmar explique que le roi a le droit de réclamer cet obsequium aux dépens des biens d'églises (cf. ri. suiv.).