‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 880 sur 1164 · RAPINES DES « MILITES · texte numérisé non relu

RAPINES DES « MILITES

suite restreinte, afin de pouvoir s'entretenir sans commettre d'injustices. Le roi ne doit convoquer le plénum de ses fidèles que quand il y a nécessité 1. Rien en effet de plus détestable que le pillage dont serait responsable le palais, qu'on appelle et qui doit être le palais sacré, le pillage qui sévit dans les lieux où se trouve le monarque et dans les régions qu'il traverse2.

C'est surtout loin des yeux du roi, que les milites rançonnent les églises et les domaines ecclésiastiques où ils prennent gîte. Suivant un bruit venu aux oreilles d'Hincmar, Charles le Chauve aurait dit n'avoir pas à se mêler de ces rapines, qu'il appartient à chacun de défendre son bien comme il le peut. On prétend aussi que ceux qui vont porter plainte au palais n'y rencontrent aucune assistance et n'en obtiennent pas même réponse. L'archevêque n'ajoute pas foi à ces propos, maison lui a rapporté en outre et avec des preuves irrécusables, qu'après avoir prélevé tout ce dont ils avaient besoin pour manger et boire, ces prétendus hôtes exigent encore des églises une rançon ou s'y livrent à des voies de fait 3. Hugues l'abbé fait savoir à Charles le Chauve que deux villae du monastère Saint-Martin de Tours à lui confié, sises l'une en Berry, l'autre en Auvergne, sont continuellement envahies par des gens malintentionnés ; ils y prennent gîte sous prétexte qu'ils vont à l'ost, appartiennent à la militia et ils se livrent en son absence à des déprédations inouies 4. Sous l'épiscopat de Thierry, qui gouvernait en ce même temps l'église de Cambrai, un miles ne cessait de dévaster les biens que possédait Notre- Dame au territoire d'Arras 5. Le gîte des milites n'est souvent plus ainsi que l'un des prétextes mis en avant par les déprédateurs des biens d'église.

i. : i taies homines, quos modo non est vobis necesse tenere vobiscum et qui ideo cum omni prope familia sua de suis mansionibus movent ut de alienis laboribus vivant,... redeant ad domos suas vel cum paucis vobiscum stent ut cum justitiu vivere possint . . . usque dum plenitudo fidelium ubi condi xeritis ad vos veniat, quando in aliquam necessitatem ire volueritis » (col. 954).

2. : « quod sine comparatione plus horrendum et detestandum... in palatio vestro quod sacrum appellari et esse débet et in locis ubi vos estis et per quae ambulatis » (col. 953).

3. : « Tertium est quod satis invitus credidi, quia post percepta omnia, quae ad victum et potum necessaria sunt, de ecclesiis raptores aut redemptionem exigutit aut eas infringunt » (col. 956).

4. 30 janv. 85g : « saepissime a non recte volentibus invaderentur ac tanquaru sub hostili militia mansiones ibidem acciperentur et nimia crudelitate, se absente depraedarentur » (HF, VIII, 613).

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