‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 9 sur 1164 · POLITIQUE ECCLESIASTIQUE DE CHARLES MARTEL · texte numérisé non relu

POLITIQUE ECCLESIASTIQUE DE CHARLES MARTEL

auteur des spoliations qui continuent de désoler les églises 1.

C'est bien, en effet, au temps de Charles Martel, que la famille carolingienne devient responsable des atteintes portées au droit de propriété des églises. Quand elle l'emporta définitivement sur les autres factions, elle se tailla la part du lion dans le patrimoine ecclésiastique que déchiraient déjà d'innombrables fidèles du prince ; il leur laissa ramasser le butin ou le leur partagea lui-même. Du pillage commencé il saisit la direction et le principal bénéfice. Pépin d'Héristal avait sans doute gardé quelques ménagements. Charles Martel pressé par le besoin, en dépit peut-être de sentiments sincèrement religieux qui se manifestaient par des libéralités personnelles faites à des églises favorites et par des restitutions imposées parfois à des larrons, eut surtout souci de faire servir et de régler au profit de son pouvoir et des intérêts de l'empire franc le dépècement de la fortune du clergé et des moines. Ce fut là toute sa politique au regard du temporel ecclésiastique. Après lui seulement apparut le souci d'apporter mesure et méthode à l'exploitation des églises, de leur procurer des dédommagements partiels, de réparer les pins grosses brèches faites à l'édifice temporel et spirituel par l'assaut des séculiers ; mais les Carolingiens ne renoncèrent jamais entièrement à puiser au compte ouvert à leur bénéfice et à celui de leurs fidèles sur la fortune ecclésiastique.

La spoliation que souffrirent alors les églises fut la rançon de leur richesse. Une part très considérable, évaluée parfois au tiers des terres cultivées, de la propriété utile dans les Gaules était aux mains des clercs et des moines 2. L/appât exercé par leur fortune fut plus puissant que le respect commandé à des croyants par leur caractère sacré. L'affaiblissement de l'autorité centrale déchaîna d'abord sur le tem-

i. Dans les pays francs, le document le plus ancien qui charge la mémoire de Charles Martel est la lettre écrite par Hincmar au nom des évêques réunis à Quierzy en 858 (p. preced., n. 1 et 2). Dans les miracles de saint Benoît composés vers 875, Adrevald qui pour le resteemprunteà YaVitaKaroli d'Einhard ce qu'il rapportede Charles Martel, attribue à celui-ci des spoliations qu'ignorait totalement Einhard : « plurima juri ecclesiastico detrahens praedia fisco associavit ac deinde militibus propriis distribuere studuit » (1, 14, éd. de Certain, 35). Cf. Beugnot, Mém. cité, p. 78. Les Gesta episcoporum Autisiodoremium (32, SS, xm, 395), qui incriminent aussi Charles Martel sont également une œuvre du IXe siècle. Roth (op. cit., v, p. 466-470) a classé les textes qui accusent Charles Martel. Une première classe comprend les textes d' Hincmar et les écrits qui en dérivent, concernant la vision d'Eucher ; une autre les miracula d' Adrevald qui dépend sans doute lui-même d'Hincmar ; une troisième les textes dont la dépendance vis-à-vis des précédents n'est pas établie, mais qui sont tous d'âge postérieur, à l'exception toutefois, fait observer M. Tangl, de la leçon dite d'York (Yorker Ueberlieferung) de la lettre 73 de saint Boniface.

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