TRIBUT NORMAND DE
contribution à la charge des évêques, abbés, comtes et vassi dominici pour tous leurs honores 1. Suivant les Annales de Saint-Bertin, l'ordonnance fut publiée à Quierzy avant les kalendes de juillet ; l'annaliste, Hincmar, rapporte qu'elle mit à contribution les manses dominicaux et tributaires ; il ne spécifie pas qu'il s'agissait seulement des honores et la propriété allodiale semble être incluse 2.
Ces divergences témoignent vraisemblablement des tractations du roi avec ses fidèles. Consultés, non pas semble-t-il, le 7 mai, à Compiègne, mais à Quierzy, le 14 juin 3, sur les
a fait à peu près seule les frais du tribut, que la rédaction A représente un simple projet dont peut-être ne s'est conservée qu'une partie (la finale concernant l'impôt des marchands manque), projet rejeté comme insuffisant et remplacé par la rédaction B, qui assujettissait indistinctement tous les honneurs à l'impôt. Mais, dans la pratique, l'aristocratie laïque s'est probablement dérobée, quand on en vint à l'application ; non seulement les terres des comtés et autres bénéfices laïques ont échappé à l'impôt, mais aussi sans doute les nombreuses abbayes détenues en mains laïques. On s'explique ainsi que le rendement ait été très inférieur à ce qu'on eût pu attendre même des seules abbayes et qu'il ait fallu recourir, alors que le clergé seul avait payé, à des prélèvements sur le trésor des églises, dont il n'avait pas été question dans les premiers projets. Si seules les abbayes avaient dû payer la taxe, si les évêchés, comme les bénéfices et honneurs laïques, en avaient été exonérés, Hincmar eût vraisemblablement précisé ce point.
1. Suivant la rédaction B, par conséquent, la propriété allodiale échapperait à la taxe qui ne frapperait que les honores. On conçoit que le point capital pour le roi était de persuader ses fidèles et d'obtenir leur acquiescement à une contribution prélevée sur leurs honneurs, qui représentent la masse la plus considérable des terres imposables. Les deux rédactions sont d'accord sur la contribution exigée de chaque église rurale. La rédaction B prescrit en outre un conjectum à la charge de tous les marchands.
2. Au sentiment de M. F. Lot (p. 67), Hincmar ne serait pas en désaccord avec le rédacteur de B ; il ne préciserait pas, parce qu'il allait de soi que la contribution ne fût réclamée qu'aux fidèles. Mais d'autres que les fidèles sont taxés, les Franci, les marchands, les prêtres. Comme les honneurs représentent l'immense majorité des grandes propriétés, toute la propriété ecclésiastique des évêchés et abbayes et tous les bénéfices des grands laïques, Hincmar a pu négliger de préciser que le capitulaire ne faisait peser la charge que sur les honneurs. On remarquera qu'il omet aussi de signaler la contribution requise des marchands par la'rédaction B. Il nous paraît pourtant plus probable que les alleux aient été taxés comme les bénéfices ; il allait peut-être de soi, qu'une fois acceptée par les grands pour leurs honneurs, la taxe fut applicable aussi aux alleux. L'annaliste de Saint-Vaast tient qu'en 877, tout le royaume contribua : « omne regnum ad hoc tributum dat » (SS, II, 196) ; la propriété allodiale n'a donc pas été, semble- t-i], exonérée.
3. Hincmar signale l'assemblée épiscopale tenue le Ier mai à Compiègne pour la consécration de l'église du monastère Saint-Corneille. Il était évidemment présent à cette solennité, célébrée le 5 mai (B. 1809), deux jours avant la prétendue réunion du 7 où aurait été établie Vexactio au profit des Normands. Il parle ensuite du plaid convoqué par Charles et néglige de dire qu'il s'est tenu à Quierzy, bien qu'on puisse l'inférer de la mention faite ensuite du déplacement du roi de Quierzy à Compiègne. M. Joranson (p. 225 et suiv.) conjecture qu'une lecture inattentive des Annales a donné plus tard l'idée au rédacteur du titre du capitulaire, qu'il avait été promulgué à Compiègne, à la suite de l'assemblée épiscopale. Ce qu'Hincmar rapporte du plaid s accorde, d'ailleurs, en tous points avec ce que nous apprend le capitulaire de Quierzy. Suivant l'annaliste, le roi y « ordonna » comment son fils Louis gouvernerait, pendant son expédition en Italie cf. cap. Carisiac, 3-33, p. 356 à 361) et « quomodo tribu-