CHAPITRE XVII La charge de la milice
i. — Le service personnel du prélat
Avant l'époque carolingienne, la charge de la milice ne pesait pas sur les églises. Jamais auparavant, les évêques et les abbés n'avaient été astreints à se rendre en personne à l'armée et à y envoyer des hommes. Le service de l'ost commence pour les églises au temps où elles sont violentées et usurpées par l'aristocratie militaire sous les maires du palais ; il caractérise l'époque qui s'ouvre par l'attribution à la militia regni des églises et des biens d'église.
Pendant les deux siècles où régnent les Carolingiens, c'est pour une large part aux dépens de l'Église que s'entretient cette milice. Pour constituer leurs armées, les rois ne cessèrent jamais de mettre leurs églises à contribution. A charge et pour être mis en état de servir le roi, ses vassi tiennent de lui en bénéfice des domaines ecclésiastiques. Des comtes, des milites sont pourvus même d'abbaj/es. Ce détournement des biens d'église, des abbayes en faveur de la militia du royaume continue., pendant toute l'époque carolingienne, les sécularisations qui, au début de cet âge, avaient ruiné les églises.
Les évêchés et un certain nombre d'abbayes échappaient du moins à la mainmise des laïques, grâce à la réforme accomplie soit sous Carloman et Pépin, soit sous Louis le Pieux. La militia du royaume, outre les dépouilles qu'elle retenait des églises à la faveur des bénéfices royaux, trouva chez elles sous une autre forme un sti-pendium. L'évêché ou l'abbaye, qui n'est plus attribué à un soldat, est grevé dès lors du service de l'ost. Le prélat, même s'il n'a plus rien des mœurs belliqueuses des contemporains de Charles Martel, peut être convoqué pour faire campagne ; il doit envoyer à l'ost les hommes de son église ; celle-ci fera les frais de ces expéditions. C'est sous ces trois aspects qu'à défaut d'un privilège, se présente pour les églises le devoir de la milice.