MILITES » ENTRETENUS PAR L'ÉGLISE POUR L'OST
Un capitulaire de 808 oblige à l'ost les hommes des évêques et des abbés qui ont des biens en propre ou qui les tiennent en bénéfice 1. Le diplôme de Louis le Pieux qui, pour faciliter la défense de l'enceinte fortifiée du monastère de Saint- Philibert, exempte des charges publiques tous les hommes des moines, de Noirmoutier, précise que cette immunité couvre d'une part les hommes libres, ceux qui habitent sur les terres des moines, comme ceux qui ont des bénéfices, et d'autre pari les tenanciers, colons et serfs 2. Pour les premiers, cette exemption comporte l'affranchissement du service d'ost, tel qu'il pèse, suivant les Capitulaires, sur les propriétaires et les bénéficiers. Les hommes de la familia monastique sont dispensés de toutes les charges qui dériveraient pour eux du service royal de l'ost, comme des autres charges publiques. Les uns et les autres se borneront à défendre sur place le castrum monastique.
Évêques et abbés doivent, au prix d'un bénéfice, engager à leur service des milites qu'ils enverront à l'ost. Au sentiment de Wala, ce défenseur intraitable de la discipline ecclésiastique au temporel comme au spirituel, on peut tolérer la coutume des concessions de terres consenties par le prélat à des bénéficiers en vue de la milice. Après avoir condamné les sécularisations effectuées par le pouvoir royal sous, le prétexte d'entretenir l'armée aux dépens des églises, il accorde que les évêques consacrent, s'il le faut, une portion des biens ecclésiastiques à la défense du pays. Ni le roi, ni aucune puissance séculière n'est en droit de détourner les biens d'église de leur destination sacrée pour les affecter à la milice ; mais le prélat peut faire une part aux usages de la milice 3, c'est-à-dire évidemment procurer à son église, au prix d'un bénéfice, des milites qui rempliront le service auprès du roi.
Le nombre de ces milites entretenus par un évêque doit être, au sentiment d'Hincmar de Reims, en proportion avec la fortune de son église. Plus une église est riche et plus l'évêque doit faire large la part consacrée à créer une milice, qu'il mettra à la disposition du roi 4. Si Hincmar de Laon fait un grief à son maître d'avoir mis trop d'hommes à sa charge, c'est que leur nombre dépassait l'effectif que son évêché
2. 2 août 830 : « homines ejusdem monasterii, sive liberi qui bénéficia exinde habere vel super ejus terras commanere noscuntur, sive coloni vel servi ad eum juste pertinentes, a cunctis publicis obsequiis ad nos pertinentibus iramunes ad tuitionem ejusdem loci vel servitium memoratae congragationis omni tempore sint » {H F, VI, p. 564)-