Cf. fasc. 1, Les étapes de la sécular., 165 et suivi
480 l'église doit constituer une milice
était capable d'entretenir1. Engager un vassal à son service en lui cédant une terre d'église, c'est de la part d'un prélat favoriser les intérêts de la milice, ceux de la république et du roi. Hincmar de Laon proteste que jamais il n'a consenti en faveur d'un parent une concession bénéficiaire qui ne fût conforme au bien de l'État et aux besoins de l'Église. Quand il fait cet avantage à un proche, non seulement il ne cause aucun détriment à l'Église, mais il travaille à l'affermir, attendu qu'ainsi il apporte à la chose publique( un opportun soutien 2.
Sans doute, les ministres de l'église, déclare Hincmar de Reims et les familiers dont un évêque ne saurait se passer doivent être pourvus les premiers, mais quand l' évêque a eu égard aux besoins essentiels de son église, du clergé, des pauvres, des hôtes, il convient qu'il attribue des biens en bénéfice à l'effet de constituer une milice. Il ne doit les accorder qu'à ceux qui sont aptes à rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Ces militaires, en effet, ont d'une part le devoir de servir fidèlement l'église et l'évêque, d'autre part, en rendant au roi Vobsequium qui lui est dû, de contribuer à la défense générale de la sainte Église. Le bénéficier doit se consacrer aux intérêts de l'Église, de l'État, de l'armée. Jadis, observe l'archevêque, une solde était versée aux frais du trésor public à la milice ; à présent, il lui est accordé des bénéficeset l'Église, dont le patrimoine a grandi chez nous en raison de la piété des fidèles, consent à constituer ces bénéfices à ses frais afin d'assurer sa défense 3.
Dans la pensée d'Hincmar, les services que doit chaque miles sont en relation avec l' importance du bénéfice qui lui a été attribué 4. Les biens d'église dont jouit chacun d'eux en vue du service militaire, sont placés sous la même sauvegarde royale que ceux qui permettent au clergé de s'entretenir. La jouissance en est garantie aux casati, s'ils remplissent exactement leurs obligations. Le miles d'un évêque qui se croirait injustement frustré par son seigneur peut en appeler à l'épiscopat et au roi. Celui-ci enverra des missi enquêter à ce sujet, crainte qu'un homme utile ne souffre injustice et que la milice royale n'en éprouve du même coup détriment5.
Les vassaux infidèles méritent sans doute d'être évincés. Frothaire de Toul estimait même qu'un miles infirme, devenu inutile à l'église et au palais, devait être dépouillé ; mais il
i. Cf. Les étapes ds la sécular., p. 279.
4. : « secunduin quautitatem beneficii », cf., p. 276, v, (. 5- P. 277.