EXEMPTION PARTIELLE DU SERVICE DE L'OST
ont-ils affranchi de la charge militaire tels hommes libres et leur descendance, passés sous la juridiction d'une église 1. La même faveur a pu être faite aux hommes d'un ou de plusieurs domaines appartenant à une abbaye ou à un évêché 2.
Le privilège d'exemption n'est quelquefois limité ni à un nombre fixe d'hommes, ni à l'étendue d'un domaine ; mais il distingue entre les simples hommes libres et les milites proprement dits, c'est-à-dire les hommes que l'église entretient expressément pour la milice en leur cédant un bénéfice. Les bénéficiers nobles du monastère de Kempten devront aller à l'ost ; seuls, l'abbé et les gens qui devaient jadis au roi un cens et ont cédé au monastère la propriété de leurs terres sont dispensés du service 3.
Au temps où la seigneurie ecclésiastique se constituait et tendait à s'émanciper, elle aussi, du pouvoir royal, il parut que les milites devaient se consacrer exclusivement au service de l'église et du prélat, leur seigneur. Des faux privilèges, fabriqués sans doute au Xe siècle, cherchent à leur procurer exemption de tout service envers le roi et la république. On attribuait à Louis le Pieux un diplôme qui exempte de toute expédition, milice ou occupation quelconque les bénéficiers de la cella de Turholt , donnée par lui à l'évêque Anschaire. Louis le Germanique aurait autorisé ce missionnaire à fonder dans l' évêché de Verden un monastère dont les hommes jouiraient du même privilège4.
i. Cf. plus haut, p. 477, n. i.
2. Un diplôme de Louis le Germanique, 18 janv. 853, confirme au monastère de Saint'-Emmeran la possession de divers domaines. Les hommes qui les habitent ne pourront être contraints par les fonctionnaires royaux de se rendre « neque ad placitum ullum vel in hostem... quamdiu advocati ejusdem sedis justitiam facere voluerint » (Mon. Boica, XXVIII, P. I, 31, p. 46). La décharge accordée parla vise d'ailleurs peut-être seulement la contrainte exercée parles agents du roi ; les hommes devraient se présenter au plaid et à l'ost sous la conduite de l'agent de l'église, peut-être de l'avoué. Tilpin de Reims aurait obtenu de Carloman, frère de Charleniagne, "remise des charges militaires pour les milites habitant à Juvigny, terre de Xotre-Dame et de Saint-Remi (Flodoard, Hist., II, 17, SS, XIII, 464). Même concession lui aurait été accordée par Carloman pour tous ceux qui habitent dans les villae de Courville, de Crugny et le pagus du Tardenois, sur la terre de l'église de Reims (ibid.). Charlemagne aurait confirmé l'exemption accordée par son frère aux milites du Tardenois ( (p. 465). Mais Flodoard ne nous a pas conservé le texte de ces privilèges et il échappe à tout examen diplomatique. Aucun des diplômes authentiques de ces princes ne renferme de privilèges de cette sorte. Il se peut que Flodoard ait été trompé par des faux fabriqués au IXe siècle pour la défense de l'église de Reims, comme l'a été le privilège du pseudo Hadrien I.
3. Dipl. de Louis le Pieux, 3 juill. 834,13 M 929, Mon. Boica, XXVIII, P. I, 17, p. 27. Le diplôme du 28 mars 832, B M 899, signale le don fait au monastère de leurs biens par 96 hommes libres, qui étaient précédemment tenus à un cens vis à vis du fisc, cens que Louis le Pieux abandonne aux moines.
4. Dipl. faux du 15 mai 834, cf. B M 928 : « Homines quoque qui ejusdem cellae bénéficia habere videntur ab omni expeditione vel militia sivequalibet occupatione