‹ Histoire de la province de Québec (volume 2)Chapitre 7 sur 17 · La Minerve, 9 février · texte numérisé non relu

La Minerve, 9 février

Mgr Laflèche ne se borna point à tolérer l'emploi de ses lettres par Chapleau et à recommander Montplaisir aux électeurs. Il descendit dans l'arène autant qu'il lui était possible. Il écrivit à l'abbé J.-O. Prince, archiprêtre, curé de Saint-Maurice, une lettre mettant les points sur les i: "...Quant au mouvement national sur lequel je n'ai pas voulu me prononcer dans le principe, je le déplore amèrement aujourd'hui, et je constate avec douleur qu'il a fait un grand mal dans mon diocèse..." (1) De telles lettres arrivaient à point pour compléter les discours — d'ailleurs peu éloquents — d'Hector Langevin.

Mais les ministériels se trouvaient beaucoup plus découverts dans le district de Québec. Caron y subissait une double perte de prestige, comme "pendard" et comme ministre de la Milice, responsable de l'incurie constatée pendant l'expédition du Nord-Ouest. Ainsi diminué, Caron pouvait difficilement résister à Laurier dont le prestige grandissait, au contraire, à Québec et dans toute la province. Plusieurs députés du district de Québec, à l'exemple de Philippe Landry, avaient blâmé l'exécution de Riel sans aller jusqu'à rompre avec leur parti. Cette demi-mesure ne suffit ni aux électeurs, ni à Trudel et à Tardivel, qui en venaient à combattre d'anciens compagnons de leurs longues luttes politico-religieuses. Tardivel se trouvait — tant l'affaire Riel avait bouleversé les âmes — dans le camp de François Langelier contre Philippe Landry. La Vérité publia cette sommation hostile au député de Montmagny:

"Par une lettre que publient le Courrier du Canada, le Canadien et L'Evénement, M. Landry annonce qu'il

1. Datée du 14 février; reproduite par la Minerve (14 mars 1887).

briguera de nouveau les suffrages des électeurs de Montmagny. M. Landry ne dit pas, dans cette lettre, sous quelles couleurs il se présente. Il dit seulement qu'il se propose de battre M. Choquette. L'intention de battre M. Choquette est fort louable, sans doute; mais enfin, elle ne constitue pas ce qu'on peut appeler un programme politique. Nous espérons donc que M. Landry profitera de la première occasion pour dire au public s'il est pour ou contre le régime tory -maçonnique-or angiste de sir John."

Landry ne voulut renier ni le premier ministre, son chef, ni le ministre de la Milice, son ami. Il fut poursuivi, traqué dans ses derniers retranchements. Son adversaire, Choquette, procédait par affirmations péremptoires plutôt que par raisonnements nuancés. Il affirmait: "La motion Landry n'a été qu'une farce."

Le 22 février, Chapleau parvint à reprendre plusieurs comtés perdus le 14 octobre au provincial. Il maintint ses positions dans le district des Trois-Rivières, où les cinq comtés renvoyèrent cinq ministériels (mais Hector Langevin ne battait Louis-Philippe Pelletier que par une faible majorité) . Il se maintint à peu près dans le district de Montréal, et Donald Smith, le magnat du Pacifique, était élu député de Montréal-Ouest. Mais le gouvernement perdait Drummond-Arthabaska, où un ami de Laurier, Joseph Lavergne, prenait le siège de Bourbeau, et Berthier, pris par l'associé de Mercier, Cléophas Beausoleil. Et surtout, il frisait la déroute dans le district de Québec. Adolphe Caron et Thomas McGreevy voyaient leur majorité réduite; Charles Langelier battait Valin dans Montmorency; Philippe- Auguste Choquette battait Landry à Montmagny; un neveu du car-

dinal Taschereau, Henri J.-J. Duchesnay, conservateur national, battait Lesage dans Dorchester. Romuald Fiset, populaire parmi les "rouges" du "bas du fleuve", reprenait son siège de Rimouski, perdu en 1882. Fiset était l'athlétique et courageux député qui avait accompagné Riel chez le greffier des Communes, pour lui faire prêter serment, en 1874. A cette époque déjà, l'exaspération des orangistes à l'égard de Riel était telle que Fiset avait risqué gros. De sorte que si l'affaire Riel fut pour quelque chose dans ce retour de fortune, en 1887, c'était, pour Fiset, bien mérité. Mais la défaite de Landry était la plus sensationnelle.

L'équivoque subsistait sur les dispositions de certains conservateurs qui avaient voté pour la motion Landry. Cela permit aux deux partis de réclamer la victoire. La Presse annonça 35 conservateurs et 30 libéraux; elle annexait trois ou quatre "nationaux" comme Coursol. L'Electeur, annexant les mêmes nationaux, donna 35 sièges à l'opposition. En réalité, les forces s'équilibraient. Pour le gouvernement,, le résultat était piètre si on le comparait aux positions d'antan: 50 bleus et 15 rouges; mais il était réconfortant si on le comparait aux élections du 14 octobre et à la peur qu'elles avaient suscitée. Chapleau avait conjuré la défaite. Tarte l'avait bien secondé; et tous deux pouvaient brûler des cierges aux intentions de NN. SS. Laflèche et Taché. "Je crois que Mgr Taché nous a sauvés d'un grand danger", écrivit plus tard Joseph Tassé, dans un volume de souvenirs(1). La Minerve tonna contre Québec:

"Les Québécois n'ont pas besoin d'expliquer autrement

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