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Robert Laird Borden : His Memoirs, Vol I, p. 29 L

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n'aille jamais se battre pour l'Empire. Nous voulons, nous, prêter la marine à la Grande-Bretagne quand la suprématie britannique sera menacée. C'est tout ce que nous avons dit aux électeurs. Si la lutte eût duré dix jours de plus, nous étions victorieux. Mais nous avons été vaincus par la cabale des nationalistes, qui disaient : Voter pour Perrault, c'est voter pour la guerre, voter pour Gilbert, c'est voter pour la paix. »

Monk avait déposé cet amendement :

« Cette Chambre regrette que le discours du Trône n'indique en aucune manière que le gouvernement ait l'intention de consulter le peuple au sujet de sa politique navale et de la question générale de la contribution du Canada aux armements de l'Empire. »

L'amendement fut rejeté par 120 voix contre 67, Ce vote, prédit Héroux dans le Devoir, scelle le sort de la plupart des députés ministériels de la province : « Ils avaient déjà la tête dans le noeud coulant ; ils viennent de serrer un peu plus la corde qui les étranglera. »

Pour parer à la menace, les ministériels organisèrent une campagne d'explications, dans la province de Québec. Leurs meilleurs orateurs démontrèrent que la loi de la marine n'entraînerait pas la conscription. La plus importante de ces assemblées eut lieu à Saint-Jean, le 26 novembre. Bordeur, Béland, Dandurand, Demers, député du comté, et Ernest Lapointe prirent la parole. La cote du solliciteur général Bureau avait baissé après l'échec de Drum.mond-Arthabaska ; tandis que Béland et Ernest Lapointe — celui-ci encore jeune, mais ponctuel, bien renseigné, utile à ses

chefs — prenaient iSgure de futurs ministres. D'ailleurs, Jacques Bureau conseillait Ernest Lapointe, son cadet, auquel il trouvait du fond.

Conservateurs et nationalistes répliquèrent par une assemblée au même endroit, le samedi suivant (3 décembre) . Neuf orateurs : Bruno Nantel, Pierre- Edouard Blondin, Eugène Paquet, Jean Prévost, Esioff Patenaude, Paul-Emile Lamarche, Joseph Rainville, Tancrèdc Marsil et Joseph Archambault, démontrèrent que si la loi de la marine ne prévoyait pas en toutes lettres la conscription, elle la préparait, la contenait en germe. Dans ce comté très libéral, Jean Prévost produisit un gros eflFet en invoquant les traditions des vieux rouges et des patriotes de jadis — les Mercier et les Marchand — qui n'eussent jamais admis le militarisme.

Le choix de Saint-Jean, pour ces deux assemblées importantes, s'expliquait par la proximité d'une élection locale. Gabriel Marchand, fils de Félix-Gabriel Marchand et son successeur à la Législative, venait de mourir. L'élection de son remplaçant devait finir Tannée 1910. Inéluctablement, dans cette élection provinciale, la question de la marine prendrait une importance prépondérante.

La question de la marine, occupant à ce point ses adversaires, avait soulagé le gouvernement de Québec. Mais Gouin se sentait solidaire de Laurier, et s'effrayait autant que lui des « ravages » du nationalisme parmi la jeunesse. Les clubs libéraux firent

du rccratement. La Jeunesse libérale de Québec, présidée cette année par Lucien Cannon, reçut des adhésions comme celle d'Oscar Drouin, à peine sorti du collège de Lévis où il avait résisté à rentraînement nationaliste.

Lomer Gouin accordait cependant la primauté à l'autonomie provinciale sur la solidarité libérale. 11 croyait à la nécessité de provinces fortes. Il comparait la Confédération à une chaîne qui ne peut être plus résistante que le plus faible de ses anneaux. Comme son beau-père Mercier, il comprenait que l'autonomie provinciale est la clef de la survivance canadienne-française. Alexandre Taschereau, son premier lieutenant, et Charles Lanctôt, son adjoint et précieux collaborateur — secrétaire de la conférence interprovinciale de 1906 — partageaient cette conviction. Tous trois avaient fréquenté l'école des « vieux libéraux», disciples des frères Dorion. qui inscrivaient l'autonomie des provinces en bonne place dans leur doctrine. La tendance libérale, en train de s'altérer, en 1910, par l'exercice du pouvoir, était, à l'origine, de sauvegarder la plus grande autonomie possible aux trois degrés, municipal, provincial et national. Gouin, Taschereau et Lanctôt guettaient les empiétements fédéraux et se défendaient en juristes. Gouin voulait arracher au fédéral la prérogative de nommer les juges. Il allait jusqu'à oflFrir au premier ministre conservateur Whitney, de l'Ontario, une sorte d'alliance contre l'envahissement fédéral. Laurier était lui-même trop imprégné de la tradition libérale pour combattre formellement le principe de l'autonomie provinciale. Mais l'octroi des chartes aux compagnies industrielles avait suscité un conflit. Le gouvernement fédéral avait, malgré l'opposition des provinces, ac-

cordé une charte à la compagnie formée par Henry Miles et Louis Gosselin pour l'exploitation des chutes de Carillon. Gouin et son trésorier protestèrent d'autant plus que les « incorporations » des compagnies commerciales et industrielles avaient rapporté $19,000 au Trésor québécois en 1909 et promettaient de rapporter davantage à l'avenir. Là-dessus, les trois provinces Maritimes saisirent le pays d'une revendication importante : elles voulaient maintenir leur représentation numérique à la Chambre des communes, malgré la baisse de leur proportion démographique. Le Manitoba proposa une conférence interprovinciale. Whitney et Gouin se chargèrent de la convoquer. Ce serait la quatrième. (Mercier a convoqué la première à Québec en 1887 ; Parent a convoqué la deuxième à Québec en 1902 ; Laurier a réuni la troisième à Ottawa en 1906.)

La conférence se réunit à Ottawa le 9 décembre. Lomer Gouin, premier ministre, Alexandre Taschereau, ministre des Travaux publics, et P. S. G. Mackenzie, trésorier provincial, représentaient la province de Québec. Charles Lanctôt les accompagnait. Sur la proposition de Gouin, Whitney présida la réunion. Les délégués discutèrent les deux questions à l'ordre du jour : représentation des provinces Maritimes et chartes des compagnies. Gouin et Taschereau, toujours secondés par Lanctôt, défendirent l'autonomie provinciale. Mackenzie, ministre assez terne, défendit son Trésor. Mais la conférence fut brève et sans conclusion. Le gouvernement fédéral proposait de soumetttre à la Cour Suprême la question des chartes d'incorporation.

Gouin et ses ministres, travailleurs consciencieux, ne négligeaient pas non plus leurs départements. Joseph-Edouard Caron soutenait la Coopérative des Fromagers, en lutte sourde contre le groupe du Board of Trade, qui voulait garder le contrôle du marché montréalais. Le gouvernement provincial augmenta la somme consacrée à l'amélioration des chemins ruraux. Jules Allard, habile à persuader les habitants, plaida la cause de la voirie rurale auprès des municipalités routinières. Il leur offrit des subsides ; il flatta les curés en sollicitant leur concours. Mais le plus gros effort ministériel porta sur l'instruction publique.

Sous l'influence des mouvements réformateurs, et grâce à la multiplication des écoles normales, des progrès se réalisaient dans la pédagogie, comme dans l'entretien et même dans l'ameublement des écoles. Il restait beaucoup à faire. Jules-Edouard Prévost, nouveau membre du Comité catholique du Conseil de l'Instruction publique, souhaitait la disparition du Bureau central des Examinateurs catholiques. En 1898, la création de ce Bureau représentait un progrès, en assurant plus d'uniformité dans les examens. Elle assurait aussi le recrutement des institutrices, à l'époque où nous manquions d'écoles normales. Mais aujourd'hui, nos écoles normales, plus nombreuses, pourraient sufiire à la tâche. Elles prennent des pensionnaires, qui bénéficient d'une règle, d'une discipline, et dune formation plus complète. Elles constituent des écoles d'application, fournissant à leurs élèves des exercices pratiques qui manquent aux diplômées du Bureau central. Mais elles souffrent de la concurrence de ce Bureau, car les jeunes filles se contentent du brevet, plus facile à obtenir que le diplôme des

écoles normales et conférant les mêmes droits. En supprimant le Bureau central, nous obligerions les futures institutrices à passer par les écoles normales, ce qui élèverait leur niveau intellectuel et surtout pédagogique.

Les écoles normales endossèrent sans peine ce raisonnement. Mais, au Comité catholique du Conseil de rinstruction publique, la proposition présentée par un « rouge », présumé radical, souleva l'opposition de Mgr Brunault, de Nicolet, suivi par tout répiscopat.

Le gouvernement — les deux gouvernements, car le fédéral s'y mettait aussi — s'intéressaient surtout à l'enseignement technique, en retard dans tout le pays. Sur l'initiative de Mackenzie King, ministre du Travail, le gouvernement fédéral préparait une enquête sur l'enseignement technique. Il demanda l'avis et le concours des gouvernements provinciaux. Roblin, premier ministre du Manitoba, répondit assez sèchement que l'enseignement est matière provinciale. Roblin, premier ministre conservateur, répondait ainsi au gouvernement Laurier. Gouin y mit plus de formes :

<^Nous sommes d'opinion, mes collègues et moi, que tout ce qui touche à l'instruction publique, qu'il s'agisse d'enseignement spécial ou d'enseignement général, est du ressort exclusif des provinces, et je tiens à vous l'écrire afin qu'il n'y ait pas de malentendu à ce sujet. D autre part, comme vous me donnez l'assurance que les autorités fédérales en instituant une commission d'enquête, n'auraient toit simplement en vue que de prêter leur concours aux gouvernements provinciaux en faisant recueillir des

renseignements qu'elles mettraient ensuite à la disposition de ces derniers, nous ne voyons pas d'objection à la nomination d'une telle commission. »*

Les autres provinces acceptant, un décret fédéral du 1*''* juin 1910 institua la commission d'enquête. L'Ecole Polytechnique continuait à former de bons ingénieurs, sous la direction d'un professeur belge, Alfred Fyen, ancien officier d'artillerie. Sur l'initiative des industriels Aldred et Biermans, un Institut technique s'ouvrait à Shawinigan, avec huit instructeurs et soixante élèves. Les écoles techniques de Montréal et de Québec n'ouvriraient qu'à l'automne de 1911. Mais l'Ecole des Hautes Etudes Commerciales s'ouvrit officiellement le 14 octobre 1910 — elle aussi sous la direction d'une professeur belge, A.-J. de Bray. Ce serait une école véritablement supérieure, où la culture générale se doublerait de bonnes connaissances économiques et commerciales. Une pépinière de futurs chefs d'entreprise. Ses fondateurs prévoyaient l'enseignement des sciences sociales. Armand Lavergne continua son opposition de parti pris à la nouvelle institution :

Le véritable promoteur de l'Ecole est le député fédéral de Saint-Jacques, Honoré Gervais, officier de ^Instruction publique et chevalier de la Légion d'honneur. Il reste d'ailleurs membre du conseil de direction de l'Ecole. Un homme de valeur, certes, bon juriste, et naguère bâtonnier de la province. Mais un partisan de l'enseignement « gratuit et obligatoire », c'est-àdire laïque. Gervais et s^ amis, encouragés par sir

1. Lettre du 30 décembre 1909. Commission royale sur l'enseignement technique et industriel. Rapport des commissaires (4e vol. Ottawa, 1913).

Lomer Gouin, jettent sournoisement les bases d'une université d'Etat. C'est pourquoi la nouvelle instituion : a) ne comporte pas renseignement religieux dans son programme : b) est dirigée par un Belge, qu'on ne voit pas régulièrement à la messe ; c) n'est pas affiliée à Laval ; d) attire au gouvernement les félicitations de Godfroy Langlois. Mais c'est aussi pourquoi la nouvelle institution n'est pas seulement inutile, mais dangereuse pour notre avenir national et religieux. « Les francs-maçons se glissent partout... »

L'exagération était évidente. La publication d'Albert Lemieux avait disloqué L'Emancipation. Une nouvelle loge « Force et Courage », réunissant les plus entêtés, ne fonctionnait qu'au ralenti. Le lycée de jeunes filles n'avait duré qu'une saison. Honoré Gervais, peut-être pour ne pas nuire aux institutions qu'il protégeait, ne participait point aux campagnes de Godfroy Langlois en faveur de l'instruction obligatoire. L'Ecole des Hautes Etudes comptait deux prêtres parmi son personnel enseignant, riche en excellents catholiques. Le directeur A.-J. de Bray était belge, mais Lomer Gouin, sur la recommandation d'Honoré Gervais, envoyait en Europe un jeune homme doué, Edouard Montpetit (fils d'André-Napoléon Montpetit) , qui deviendrait à son tour professeur, voire directeur de la nouvelle Ecole. Mgr Bruchési avait reçu les apaisements souhaitables. Et l'archevêque se refusait à croire que sir Lomer Gouin — si digne d'éloges, si parfait au Congrès eucharistique — eût, en fondant l'Ecole des Hautes Etudes, jeté les bases d'une université d'Etat.

D'autre part, Gouin, Taschereau et leurs collègues, faisant construire des ponts et des chemins, ne les

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inauguraient jamais sans le concours du clergé. Presque tous les dimanches, à la belle saison, des ministres libéraux, recueillis et même édifiants, assistaient aux noces d'or d'une communauté religieuse, à la bénédiction d'un pont ou d'un tronçon de route. A la bénédiction du collège de Saint-Jean-Deschaillons, le 20 octobre, sir Lomer Gouin baisa l'anneau de Mgr Bégin. Aux fêtes du collège du Mont-Saint-Bernard, Mgr Bernard, évêque de Saint-Hyacinthe, fit l'éloge de sir Lomer Gouin, son ancien élève. L'inauguration du tronçon de chemin de fer de Sainte-Flavie à Matane donna lieu à une scène rappelant un peu la poignée de main historique de Mgr Bruchési et de Jean Prévost, à Saint-Jérôme. Le groupe de citoyens qui avaient formé une Compagnie de chemin de fer de Matane-Gaspé, sous la présidence du sénateur Choquette, n'avait pas d'argent en caisse quand le rail se trouva posé sur les trente-six milles de Sainte- Flavie à Matane. Il céda ses droits aux entrepreneurs, qui formèrent la Canada ^ Gulf Terminal, substituée à la compagnie précédente. A l'inauguration, l'apparition de Mgr de Rimouski — Mgr Biais, si grand seigneur dans ces occasions — entre Gouin et Taschereau ne parut pas seulement un symbole de l'absolution accordée par l'évêque au premier ministre qui avait favorisé la taxation de ses communautés religieuses, mais un nouveau symbole de l'alliance entre l'Eglise et l'Etat, si fortement manifestée au Congrès eucharistique.

Les évêques de la province, en majorité, trouvaient sage la politique des deux gouvernements, Laurier et Gouin. Ils n'approuvaient pas les méthodes de revendication véhémente de Mgr Langevin, et n'avaient goûté qu'à demi les leçons assénées par le

député de Saint-Hyacinthe — un laïc — à Tarchevéquc de Westminster ou â l'évéque de London — leurs collègues ! Mgr Bruchési n'aimait pas le ton du Nationaliste, qui était assez souvent celui du Devoir, en particulier sous la plume de Tancrède Marsil. Mais à rencontre de ces hauts et prudents dignitaires, le simple clergé : professeurs de collèges, curés et vicaires, admirait Bourassa sans réserve, et donnait à pleines voiles dans le nationalisme. Les exceptions — Mgr Marquis, du diocèse de Nicolet, Mgr Tanguay, de Sherbrooke, le cure Côté, d'Arthabaska, comme autrefois Tabbé Proulx, confirmaient la règle. Antonio Perrault, jeune catholique militant, et lui-même admirateur de Bourassa, s'était plaint de l'intervention du clergé contre son frère, pendant la campagne de Drummond-Arthabaska. En décembre 1910, le Canada se plaignit très vivement de Mgr Langevin, qui recommandait à son clergé la lecture de L* Action Sociale et du Devoir. En même temps, le Soleil se plaignait du clergé « bien mal inspiré » qui facilitait « l'empoisonnement de notre jeunesse scolaire » par la lecture du Devoir,

Ainsi étaient distribuées les cartes à la fin de 1910. On s'occupait alors de l'élection de Saint-Jean.

Les ministériels choisirent comme candidat un cultivateur à l'aise, Marcelin Robert. L'opposition choisit aussi un cultivateur instruit, Henri Hébert. Et malgré les consignes données par les ministres provinciaux, il fallut bien parler de la marine. L'opposition invoquait de bons prétextes : la présidence de Gouin à la dernière assemblée Laurier à Montréal, le discours de Taschereau à Toronto. De son côté, le Canada français, feuille ministérielle de Saint-

Jfan, qui avait été l'organe de Félix-Gabriel Marchand, puis de son fils, écrivit : « Il faut que Saint- Jean soit la revanche de Drummond-Arthabaska. »

Cependant la campagne de Saint-Jean différa de celle de Drummond-Arthabaska par Fabsence de Bourassa. Les nationalistes, encouragés par le succès du 3 novembre, auraient voulu, sans désarmer, sans débotter, courir vers d'autres combats et d'autres victoires. Ils appelaient leur chef. De tous côtés, dans les collèges, dans les cercles littéraires, comme dans les associations paroissiales, on demandait Bourassa. Dans la même situation. Mercier eût peut-être, tambour battant, enlevé la province. Mais Bourassa était parti pour l'Europe, où il pourrait se renseigner sur des questions de haute politique internationale, fort intéressantes pour un intellectuel de race. Il rencontrerait des hommes d'Etat britanniques, des chefs du mouvement irlandais ; il verrait Joseph Denais, correspondant du Devoir à Paris, conseiller municipal et directeur de la Libre Parole ; il serait reçu par Pierre Gerlier, si bien accueilli lui-même au Congrès eucharistique de Montréal ; il séjournerait à Rome, où les plus délicates antennes diplomatiques enregistrent les vibrations du monde.

L'inspecteur général Merchant commençait l'enquête sur les écoles bilingues ordonnées par le gouvernement ontarien. Les Franco-Ontariens, qui avaient fondé leur Association pour améliorer la situation scolaire, se trouvaient réduits à la défensive. Et cela^ par la faute de Mgr Fallon et de ses collègues irlandais. Les chefs de la survivance enrageaient. Devant un pareil état d'esprit, Mgr Bruchési esquivait la charge du sermon de circonstance à l'intronisation —

toujours retardée — de Mgr Gauthier. Un Oblat, le Père Charles Charlebois, âme de l'Association canadienne-française d'Education de l'Ontario, priait Bourassa de porter plainte, auprès du Saint-Siège, contre les éveques irlandais — ainsi qu'il avait luimême recommandé de le faire. Mgr Langevin appuyait cette requête. Mais Bourassa, qui jugeait Mgr Langevin impulsif, ne voulut pas se présenter à Rome, en plaignant, sans un dossier des plus solides et des plus complets — difficile à réunir en un temps limité. Il craignait surtout le désaveu d'un ou de plusieurs éveques de sa propre province, et limita son voyage à son enrichissement intellectuel ^.

Les nationalistes se trouvent sans chef. L'organisation mise sur pied dans Drummond — comté de Napoléon Garceau — et dans Arthabaska — ancien comté d'Armand Lavergne — leur manque totalement dans Saint-Jean. A la convention réunie pour le choix d'un candidat, Garceau est à peu près le seul nationaliste, avec l'indépendant Jean Prévost et les conservateurs Tellier, Patenaude et Cousineau.

Certes, les nationalistes sont trop batailleurs pour s'en tenir là. Tancrède Marsil, « le lion des campagnes », et plusieurs de ses camarades viennent prêter main-forte à Tellier. Mais la situation de Drummond-Arthabaska est renversée, au point de vue de l'organisation. Si la négligence de Jacques Bureau a pu coûter cher, elle sert au moins de leçon. Les libéraux accomplissent un effort supérieur, et cette fois sans lacune. Leurs clubs de jeunes gens, reconstitués, fournissent les orateurs. Gouin lui-même et ses

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