Archives privées de M"*® Armand Lavergne
BOURàSSA-LAVERGNE-TELLIER-PRÉVOST 8 1
moins agressives. Le journaliste Gustave Comte entreprit la publication d'un hebdomadaire, la Semaine, essentiellement consacré à réclamer la réforme scolaire. Le premier numéro parut le 3 juillet. Il contenait un article intitulé « L'enseignement et les droits de l'Etat », par Philippe Leber. L'auteur préconisait la réforme intégrale, c'est-à-dire : l'école gratuite et obligatoire ; l'uniformité des manuels ; l'obligation du diplôme pour les religieux ; la création d'un ministère de l'Instruction publique. On imagine les réactions ! Philippe Leber maintint son point de vue, dans les numéros du 10, du 17 et du 24 juillet. Philippe Leber, fine plume, n'était autre que Germain Beauîieu, président de l'Ecole Littéraire de Montréal et secrétaire général de la Société des Artisans canadiens-français. Mgr Bruchési manda Gustave Comte à l'archevêché, puis interdit la Semaine, par circulaire lue dans les églises. La Semaine disparut et Beauîieu perdit son emploi.
Bataille sur tous les fronts ! U Action Sociale avait fort malmené la Semaine. Le Nationaliste attaquait sans répit les ministres provinciaux. U Action Sociale et le Nationaliste combattaient d'un même cœur l'impérialisme. A Londres, les trois ministres canadiens cherchaient toujours la difficile conciliation entre le dévouement absolu à l'Angleterre et les aspirations à l'indépendance. Toronto voulait surtout le dévouement, et Québec l'indépendance. La presse ontarienne attribuait la timidité de Laurier à la crainte de Bourassa. Elle redemandait : « Les Français de Québec vont-ils dominer le Canada ? » De l'autre côté, les nationalistes, et même la Patrie (24 juillet) , voulaient débarrasser le pays des gouverneurs anglais, et souhaitaient que le successeur de lord Grey fût un canadien. Autour de la succession de Mgr Duhamel, mort en juin, se poursuivait, entre Irlandais et Canadiens français, une dispute à la fois
nationale et religieuse. Dans cette atmosphère de combat, les incidents se multiplièrent. Un correspondant du Cktonicle de Québec (11 août 1909) s'indigna du drapeau tricolore arboré par des Canadiens français sur leur yacht :
« Si le pavillon rouge est assez bon pour des millions de sujets britanniques sur toute la terre et sur toutes les mers, il devrait être assez bon pour les quelques milliers de Canadiens d'extraction française, éparpillés dans l'est du Canada. »
Le Soleil releva immédiatement cet entrefilet :
« Habitués depuis l'enfance à considérer les trois couleurs comme un héritage peut-être sentimental, mais religieusement conservé, de l'ancienne mère-patrie, nous ne renoncerons pas à ce privilège pour plaire à des fanatiques quels qu'ils soient et d'où qu'ils viennent.
« Le nombre des imbéciles en ce monde est légion ; ce spasme du Chronicle ne nous surprend pas ; nous en avons vu bien d'autres. Mais la patience a des bornes. Nous ne sommes pas « quelques milliers de Canadiens français », nous sommes des millions, maîtres de notre province de Québec, sujets loyaux de la Couronne, mais hostiles à toute ingérence de zélés fanatiques que leur ardeur entraîne à toucher à nos traditions, notre religion et nos droits.
« Que ceci, nous l'espérons, soit le dernier épisode d'une campagne qui a déjà trop duré. »
Plus encore que tous les organes d'opposition, le Nationaliste était toujours contre — contre quelque chose et surtout contre quelqu'un. Armand Lavcrgne y signait, du pseudonyme de Montjorge, des attaques contre Turgeon, contre AUard et contre Gouin. Le Nationaliste attaquait aussi Devlin, l'ancien ami de Bourassa. Il lui reprochait de priver de chemins
le nord du comté de Labcllc, pour punir lés habitants de leur vote aux dernières élections, j
Gouin continuait de se défendre avec vigueur et habileté. Plusieurs chambres de commerce applaudirent à l'embargo sur l'exportation du bois de pulpe. Némèse Garneau, président de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi, dit que le premier ministre gagnerait ainsi « son plus beau titre à la reconnaissance de ses concitoyens ». Mais les Etats-Unis menacèrent d'augmenter, en représailles, les droits d'importation sur la pulpe manufacturée au Canada. L'alerte fut vive. La nouvelle mesure, acceptée sinon proposée par l'industrie canadienne, aboutirait-elle à sa ruine ? La presse rassura les Canadiens avec cet argument : D'ici quinze ou vingt ans, les Américains auront épuisé leurs forets d'épinettes. Il faudra bien qu'ils achètent notre pulpe, manufacturée ou non, avec ou sans taxe à l'importation. Gouin déclara qu'il poursuivrait sa politique forestière, sans souci des menaces de Washington. L'opinion et la presse, du Star à la Patrie, l'appuyèrent. L'opposition avait trop longtemps réclamé l'embargo pour ne pas soutenir cette mesure. Lomer Gouin gagnait des parties difficiles.
Et le jeu était serré, sur les deux terrains, provincial et fédéral, oii les deux équipes restaient solidaires, les bleus des bleus et les rouges des rouges. On devait tenir, à peu d'intervalle, une élection fédérale dans le comté de Montcalm (pour remplacer F.-O. Dugas nommé juge) et trois élections provinciales, dans le comté de Chambly, dans la division Saint-Sauveur de Québec et dans la division Saint- Jacques de Montréal. L'élection de Saint-Jacques, tenue pour remplacer Bourassa, s'annonçait mouvementée. La bataille entre les ministériels et l'opposition se compliquerait de querelles municipales aiguës.
L'enquête du juge Cannon projetait des lueurs révélatrices sur le bourbier municipal. Et Ton préparait le référendum, fixé au 20 septembre. Le Comité des citoyens menait une propagande active pour la création du « bureau de contrôle », qui dépouillerait partiellement les écbevins de leur autorité. La Banque de Montréal appuyait ce projet, dans Tespoir d'exercer une surveillance indirecte sur les finances de la ville, sa débitrice. Vincent Meredith, gérant général adjoint de la Banque, tint sa promesse en fournissant les premiers fonds. Le Comité des citoyens ouvrit un bureau rue Saint-François-Xavier et sollicita, par téléphone, la souscription des hommes d'affaires. Les financiers de la rue Saint-Jacques, leurs alliés les industriels et les associations d'hommes d'affaires participèrent à la campagne. George Washington Stephens, président de la Canadian Rubber Company, ouvrit les portes de l'usine aux propagandistes du Comité des citoyens. D'autres grands patrons l'imitèrent. Victor Morin, membre influent de l'Association Saint-Jean-Baptiste, entraînait la sympathie, presque le concours de cette société. Le 10 septembre, une assemblée du Comité des citoyens réunit sur la scène du Monument National : Hormisdas Laporte, R.aoul Dandurand, Rodolphe Lemieux... et Henri Bourassa. Au sujet de la malpropreté des rues, Lemieux cita ce mot d'un globe-trotter : « Après Pékin, c'est Montréal qui tient la palme. »
La Patrie se trouvait naturellement du côté de la « réforme ». La Presse se jeta dans le même camp, avec assez de zèle pour éclipser sa rivale. Le succès était dès lors assuré. Le 20 septembre, sur 62.000 électeurs inscrits, 21,000 seulement se dérangèrent pour voter ; 18,500 se prononcèrent pour la création du « bureau de contrôle ».
Le rapprochement de Bourassa et des libéraux liemieux et Dandurand ne s'étendit pas aux domaines provincial et fédéral. Dans le comté de Montcalm, deux libéraux s'affrontaient : un candidat officiel et un candidat indiscipliné. Celui-ci, le pittoresque D.-A. Lafortune, appuyé par les conservateurs et les nationalistes, l'emporta, le 26 septembre. Petit échec ; mais l'opposition coalisée, dans la province, se fortifiait visiblement.
La coalition se resserra dans une assemblée convoquée par Bourassa, le 20 octobre, à Saint-Hyacinthe. On vit Bourassa, Lavergne, Prévost et Tellier sur la même estrade. Faut-il décrire l'intérêt soulevé par cette assemblée, qui réunit cinq mille personnes sous la présidence de l'industriel J.-A. Casavant ? Les libéraux répandirent des circulaires reproduisant les paroles violentes jadis échangées entre Bourassa et Prévost. Ce dernier répliqua : « Je suis fier de servir dans l'armée qui comprend MM. Bourassa, Lavergne et Tellier. » Le chef officiel de l'opposition provinciale — Mathias Tellier — nia l'existence d'un pacte entre les nouveaux alliés, qui ne songeaient pas à se partager un butin, mais à sauver la province. Ce fut aussi le thème de Bourassa, qui commença son discours à la nuit tombante. Dans la pénombre, l'éloquence du petit-fils de Papineau roula en ondes passionnées sur la foule des têtes. Sans doute, dit Bourassa, l'histoire du pays relate des coalitions conclues dans un but d'intérêt personnel, pour prendre le pouvoir, mais celle-ci est bien différente :
« Au-dessus de tout, il y a l'intérêt général de la province de Québec. Nous demandons, pour cette dernière, le droit de marcher du même front que les autres dans les rangs de la Confédération. »
Les politiciens ordinaires prononçaient souvent des phrases de ce genre ; dites, clamées, criées par Bou-
rassa. elles prenaient un relief inouï, elles saisissaient, elles exaltaient- D'après le Canada, cependant, l'alliance Bourassa-Prévost jetait une lumière crue sur le tempérament politique du député de Saint-Hyacinthe : en s^alliant avec un homme qu'il vilipendait naguère, ce prétendu modèle du désintéressement et de la bonne foi se montre prêt à toutes les compromissions.
Les milieux politiques s'étaient demandé si Bourassa et Lavergne, à cette réunion de Saint-Hyacinthe, attaqueraient le projet de marine ; mais les orateurs laissèrent de côté les questions fédérales. C'est que trois élections locales se préparaient : dans la division Saint-Jacques de Montréal, dans le comté de Cbambly et dans Saint-Sauveur de Québec.
Les libéraux étaient chez eux à Saint-Sauveur, quartier industriel de Québec, ancien fief de Parent, représenté au conseil municipal par Antonin Galipeault, le nouveau député provincial de Bellechasse. Mais une candidature ouvrière surgit, celle de Joseph- Alphonse Langlois. fondateur et membre actif de la Fraternité nationale des cordonniers-machinistes — l'une de ces trois « fraternités » québécoises qui possédaient un aumônier et côtoyaient le syndicalisme ouvertement confessionnel. Langlois était compétent, dévoué, populaire. Lavergne et le groupe nationaliste appuyèrent sa candidature, naturellement bien vue du clergé.
Chambly, privé de son député par la mort de Maurice Perrault, était aussi un comté libéral, mais j « patriote ». Les nationalistes d'origine libérale et de tendances radicales (Asselin, Fournier) lancèrent la candidature de leur camarade Tancrède Marsil, fils d'un « lion du Nord », et lui-même un « patriote » doué d'une crinière léonine, d'une voix tonnante et d'une belle audace.
La grosse affaire était l'élection de Saint-Jacques, tenue pour remplacer Bourassa lui-même. Le Comité des citoyens, fort de son succès au référendum, intervint, et désigna un candidat : Clément Robillard, Fun des échcvins qui n'étaient pas compromis. C'était un commerçant à l'aise, peu éloquent mais respecté, susceptible de mettre d'accord des candidats plus brillants qui se jalousaient entre eux. Et puis, la manœuvre était cette fois conduite bors de Bourassa, et dirigée contre son influence ; Dandurand, Gervais et Perron avaient patronné Robillard, esprit avancé, devant le Comité des citoyens. Mais les partisans de Bourassa leur rendirent la monnaie de cette pièce. L'adversaire de Robillard serait N.-K. Laflammc, le brillant avocat d'assises, défenseur d'Asselin et de Fournier, qui était aussi l'un des avocats du Comité des citoyens devant la Commission d'enquête. Laflamme se présenta comme « libéral indépendant » et fut, en réalité, un candidat nationaliste, patronné par Bourassa.
La triple campagne partit à fond de train. Saint- Sauveur était loin de Montréal, et le candidat « ouvrier » n'était pour les nationalistes qu'un allié d'occasion. Lavergnc lui apporta l'appui du groupe, dont le gros eff^ort s'accomplit dans les comtés de Saint- Jacques et de Chambly. On pouvait parler à Chambly le matin, à Montréal le soir, ou vice versa. Bourassa et son état-major : Joseph Rainville, Olivar Asselin, Jules Fournier, Napoléon Garceau, Emile Rioux, André Fauteux, Ernest Guimont ; Tellier et SCS lieutenants : Philémon Cousineau, Esioff^ Patenaudc, Arthur Sauvé ; enfin Jean Prévost, firent sans cesse la navette entre les deux comtés. Des étudiants acclamaient et accompagnaient Bourassa dans tous ses déplacements.
Les libéraux organisèrent vigoureusement la défensive. Trois ministres : Devlin, Décarie et Weir,
le sénateur Dandurand, le député Gcrvais — celui-ci très influent dans son propre comté de Saint-Jacques — se dépensèrent sans compter. L'avocat-poète Gonzalve Dcsaulniers, condisciple et ami de Gouin, accomplit un eftort dont une place sur le Banc devait le récompenser à brève échéance (Laurier et Gouin convenaient d'augmenter le nombre des juges) . Enfin trois jeunes avocats, Adrien Beaudry, Athanasc David et Hector Laferté parurent à leurs côtés. Adrien Beaudry, appartenant lui-même à une bonne famille de Verchères, était le gendre d'un médecin connu et respecté, le Dr J.-M. Beausoleil, ancien professeur de TEcole Victoria. Athanase David, fils du sénateur L.-O. David, et Hector Laferté, fils du député de Drummond-Artbabaska, avaient grandi dans l'admiration de Laurier — comme Armand Lavcrgne — et lui restaient fidèles. Hetcor Laferté présidait l'Association de la Jeunesse libérale de Québec. Le concours de ces jeunes hommes, dont l'éloquence sentait encore la rhétorique, devait ravir un monopole, voire un argument aux nationalistes. Car Olivar Asselin traite les plus de quarante ans comme une bande de vieux crocodiles.
De Saint-Sauveur à Chambly, la province flamba. Bien organisés et bien informés, les libéraux sentirent le terrain plus mouvant qu'ils n'auraient cru, à Québec. Ils mirent en ligne les ministres Dcvlin, Taschereau, Rodolphe Roy, les députés Georges Parent, Cyrille Delage, J.-B. Carbonneau et Antonin Galipeault. Devlin, participant aussi à la campagne de Saint-Jacques, passait la moitié de ses journées dans le train. Lavergne en faisait autant de son côté ; il leur arrivait tantôt de se croiser, tantôt de voyager ensemble. Le Soleil fit comprendre aux citoyens de Saint-Sauveur que leur comté obtiendrait des faveurs ou non selon qu'il resterait ministériel ou non.
A Chambly, les deux adversaires — le Dr Merrill Désauîniers et Tancrède Marsil — étaient taillés pour s'affronter. Deux bons compagnons, sans grande envergure intellectuelle, mais fort à Taise devant une bouteille de vin. Tancrède Marsil, le « lion » qui évoquait à tout bout de champ les patriotes de 37, avait une vague allure de candidat fantaisiste. Il avait hérité de son père, et conservait chez lui, l'urne cinéraire de Chénier. La campagne de Chambly fut à la fois acharnée et pittoresque. On y multiplia les assemblées contradictoires. Dans une de ces assemblées, opposant Charles Devlin, Jérémie Décarie et Victor Geoffrion à Mathias Tellier, Jean Prévost et Henri Bourassa, les étudiants munis de crécelles, de clochettes et de trompettes couvrirent la voix des ministres. Mais les libéraux crevèrent les pneus d'une automobile transportant les orateurs nationalistes.
A Saint-Jacques, on jouait encore plus serré, plus dur. Les libéraux tenaient à venger leur défaite de Tannée précédente. Ils tenaient aussi à écarter Laflamme, homme de talent, qui eût renforcé Bourassa et Lavergne en Chambre. Les nationalistes dirent que Robillard, candidat ofliciel, ne serait, à la Législative, qu'une machine à voter. Décarie répliqua : « Les treize membres de l'opposition, à la dernière session, ont voté systématiquement contre toutes les mesures proposées par le gouvernement. Ont-ils été autre chose que des machines à voter ? » Laflamme, d'origine libérale, avait entretenu des relations amicales avec Lomer Gouin ; il prétendit encore distinguer entre le premier ministre — acceptable, et même sympathique — et son administration corrompue. Mais allez donc maintenir une telle distinction dans la violence de la bataille ! Laflamme et Gouin, Bourassa et Devlin, anciens amis, s'entredéchiraient, tandis qu'on vit côte à côte Prévost et Asselin, qui s'étaient entre-déchirés. Et plus que
Laflamme, Bourassa était en cause. A chaque réunion libérale parut quelque ancien organisateur de l'élection de Bourassa dans Saint-Jacques, qui regrettait son erreur d'antan et se ralliait au gouvernement Gouin.
Bourassa formait cible sur tous les fronts de bataille. A Saint-Sauveur, le 8 novembre, son ancien ami Devlin s'écria :
« Souvenez-vous, électeurs qui m'écoutez, que MM. Bourassa et Laver gne ont quitté Ottawa pour venir jouer ici un rôle ignoble.
« Impuissants à détruire le libéralisme à Ottaiva, on leur a dit qu'ils devaient auparavant se lancer à l'assaut de la province, qui en est la forteresse.
« On les a vus alors venir de ce côté, et se ruer contre tout ce qui était libéral... »
Il dit encore :
« Lors de la dernière session, les nationalistes ont critiqué la colonisation jour et nuit. On a dépensé, de ce fait, plus d'argent qu'il n'aurait fallu pour ouvrir trois bons chemins de colonisation. »
A Montréal, la violence montait de jour en jour — et de part et d'autre. Le sénateur Dandurand répéta aussi que Bourassa, député aux Communes, n'avait jamais fréquenté les comités, où s'accomplit le travail utile. Bourassa, Lavergne et les nationalistes furent cent fois appelés haineux, impuissants, destructeurs. Prévost en prit aussi pour son ancien grade. Mais le Nationaliste dépassa ses adversaires en violence. Ses articles et ses caricatures soulevèrent des protestations. Avec le concours des étudiants, le quartier Saint-Jacques revécut l'excitation du mois de juin 1908.
Le 9 novembre, trois jours avant le scrutin, Lomer Gouin tint lui-même une assemblée à la salle Mont-
calm, et Bourassa une assemblée au Champ de Mars. Les deux réunions furent nombreuses et enthousiastes. Avec le premier ministre, Honoré Gervais, Raoul Dandurand, Charles Devlin, Godfroy Langlois, Oscar Gladu, Athanase David et le « superlificoquentieux » J.-O. Mousseau prirent la parole. Gouin fut très ferme, à son habitude. Il brossa un vaste tableau de l'administration de la province : finances, instruction publique, voirie, industrie forestière, législation ouvrière, etc. — auquel il opposa la stérilité des grandes phrases de Bourassa. Gouin reçut une vigoureuse ovation.
Mais les nationalistes défilent, musique en tête, dans les rues du quartier Saint-Jacques, pour se rendre au Champ de Mars. Joseph Rainville, en prologue, rappelle le triomphe de Mercier, sur ce même Champ de Mars, lors de l'affaire Riel. Cette évocation donne le ton. crée Tambiance. Rainville cède alors la parole. Droit comme un glaive, vif comme une flamme, Armand Lavergne est debout, tête nue sous la bise glacée : il vient de Québec et prédit rélection du candidat « ouvrier ». Jean Prévost somme le sénateur Dandurand d'expliquer comment, pauvre en 1896, il a thésaurisé un demi-million depuis cette époque. N.-K. Laflamme, pathétique ; Mathias Tellier, plausible ; Olivar Asselin, agressif, parlent tour à tour. Bourassa termine l'assemblée par un réquisitoire contre l'administration provinciale — dont Gouin, à la même heure et tout près de là, dresse le panégyrique.
Le lendemain, Gouin et Weir participent à une assemblée de Merrill Désaulniers à Saint-Lambert. L'équipe ministérielle jette à la porte Jean Prévost et Armand Lavergne, venus en espiègles pour porter la contradiction. Lomer Gouin part ensuite dare-dare pour Québec, afin de paraître à une dernière assemblée de son candidat, Jules Patry.
92 lilSTOIRE DE LA PROVINCE DE QUÉBEC
Des paris s'engageaient sur les trois élections simultanées. Le triple scrutin du 12 novembre donna les résultats suivants :
Dans Chambly, le Dr Merrill Dcsaulniers élu par 605 voix de majorité sur Tancrède MarsiL Dans Saint-Jacques, Clément Robillard élu par 286 voix (3,204 contre 2,918) sur R-K. Laflamme. Mais à Saint-Sauveur, le candidat ouvrier J.-A. Langlois, appuyé par les nationalistes et par toute l'opposition, remportait par 600 voix environ sur Jules Patry.
Les libéraux exprimèrent Tespoir que le député ouvrier se rallierait au gouvernement Gouin, ami des ouvriers, pour Taider loyalement dans sa tâche. Ils s'efforcèrent de montrer qu'au pis aller, Saint-Sauveur était pour eux un accident bénin, tandis que Saint- Jacques infligeait à Bourassa un échec décisif. Le plus gros résultat, au point de vue ministériel, le plus impressionnant au point de vue de l'opinion, était en effet la reconquête de Saint-Jacques. Le Canada, une fois de plus, annonça la déconfiture finale de Bourassa, la mort du nationalisme :
« L'élection de la division Saint-Jacques met fin à une légende et à une comédie.
« La légende est celle que l'on cherchait à tisser autour de M. Bourassa, le surhomme, le rédempteur à la parole ardente, à qui rien ne pouvait résister...
« M. Bourassa a fait de l'élection de M. Laflamme son affaire personnelle, et il n'a pu réunir, à un an de date, les votes qu'il avait obtenus par surprise le 8 juin 1908.
« La défaite de M. Laflamme dans Saint-Jacques est la défaite personnelle de M. Bourassa.
« La comédie est celle de l'alliance Bourassa-Prévost- Tellier, où il n'y avait en commun que des haines, et où les alliés gardaient encore la cicatrice des blessures qu'ils s'infligèrent les uns aux autres... Une alliance immorale, contre nature, de ce genre, ne peut durer
que si elle profite. Or, celle-ci n'a profité à personne, et n'a fait que déplorahlement éclabousser la réputation ■de M. Tellier, qui doit avoir hâte de s'en laver.
« Finie, la légende nationaliste-bourassiste ; finie la comédie ! »
Le lendemain de cette triple élection, sir Louis- Amable Jette, promu juge en chef de la Cour d'Appel, succédait à sir Henri-Thomas Taschcreau, mort en France au mois d'octobre. Le juge Joseph Lavergne, vieil ami de Laurier, avait convoité le poste. Or, la lignée des grands juges de la province de Québec, inaugurée par Antoine-Aimé Dorion, s'est continuée par Gustave Lamothe et Louis-Amable Jette — en attendant Mathias Tellier, à sa sortie de la vie publique. Encore Dorion s'en est-il assez largement tenu à la tradition anglaise, fondée sur la jurisprudence et recherchant l'accumulation des précédents, tandis que Lamothe et surtout Jette se rapprochent •de la tradition française, fondée sur la loi et la logique, et plus favorable aux belles constructions intellectuelles. Même au point de vue politique et social, les titres du juge Lavergne, ancien maire d'Arthabaska, ancien député fédéral, ancien associé de Wiîfrid Laurier, et père d'Armand Lavergne, ne valent pas ceux de sir Louis Jette, mémorable vainqueur de Georges-Etienne Cartier, ancien professeur à l'Université Laval de Montréal, ancien lieutenantgouverneur de la province de Québec, chevalier de Saint-Michel et de Saint-Georges, ancien associé du sénateur F.-L. Béique, et beau-pcre de Rodolphe Lemieux. Mais l'amour filial, comme l'amour paternel, est aveugle. Armand Lavergne proteste très haut contre cette « sanction », suivant l'échec libéral de Saint-Sauveur, dont il s'arroge tout le mérite. Il n'y a aucune relation, affirme Laurier, entre la nomination du juge en chef et l'élection de Saint- Sauveur. « ... La relation entre la nomination Jette
et rélection de Saint-Sauveur est donc celle-ci », répond Lavergne, dans une lettre à Laurier, « que si je nuis à Tavancement de mon pcre par mon attitude politique, je puis au moins faire ratifier cette même attitude dans la division la plus libérale du Dominion ^ »
Le lendemain aussi de la triple élection, le juge L.-J. Cannon remit son rapport sur l'administration de Montréal au premier ministre de la province. Le juge concluait que l'administration de la grande ville avait été, surtout depuis 1902, « saturée d'une corruption provoquée surtout par la plaie du patronage ». D'après lui, le quart du revenu annuel de cinq millions se dépensait en pots-de-vin et malversations de toute espèce ; et les trois autres quarts ne servaient pas tous à des travaux utiles. Le juge citait huit échevins (sur 42) comme sûrement coupables ; c'étaient huit Canadiens français, dont l'échevindéputé Médéric Martin. Ces conclusions furent approuvées par la Patrie et blâmées par sa rivale la Presse, qui avait souvent « fait » les élections municipales. Le Herald, le Witness, le Star, visiblement heureux de prendre en faute des échevins canadiensfrançais, demandèrent au procureur général des poursuites immédiates ; le Canada trouva cet empressement excessif. Mais presque en même temps, la Cour Suprême confirma le jugement de la Cour Supérieure, qui avait déqualifié les sept échevins membres de la Commission des finances en 1908. Les échevins portèrent la cause devant le Conseil Privé. Il y avait incontestablement quelque chose de gâté dans l'administration de Montréal.
1. Lettre du 30 novembre 1909, aux Archives publiques du Canada ; Laurier Paper s, dossier 3040 A.
Discours de Monk à Lachine — Rapprochement M onk-Bourassa — Discours de Taschereau à Toronto — La question des « évêques nationaux » — Le premier Concile plénier à Québec — Trois nominations au Conseil de VInstruction publique.
Cependant, une grande question fédérale, celle de la marine, prenait une importance croissante, au point de reléguer toutes les autres au second plan.
Des le retour de Louis-Philippe Brodeur, en fin septembre, on s'était mis à critiquer, avant même de bien les connaître, les engagements qu'il avait pu souscrire ou préparer en Angleterre. Ces engagements comportaient, croyait-on, la création d'une marine contrôlée par le Canada en temps de paix, par l'Amirauté britannique en temps de guerre ^. Les nationalistes et L* Action Sociale reprirent le principe posé par le député de Labelle lors de la guerre sudafricaine : pas de participation obligatoire aux guerres de l'Empire. Et pour cela, pas de marine, qui serait
1. C'était en effet la décision prise dans une réunion spéciale des délégués canadiens et des représentants de l'Amirauté, le 19 août (Rapport officiel de la Conférence).
entraînée dans ces guerres et nous y entraînerait forcément. L'Action Sociale avait remanié et complété son personnel. J.-L.-K. Laflamme, engagé, au moins dans une certaine mesure, pour faire la liaison avec la Nouvelle-Angleterre, jouait trop bien son rôle, en prenant parti pour les Franco-Américains aux prises avec leurs évêques irlandais. Cette attitude gênait Torgane officieux de FArchevéché de Québec, et L'Action Sociale ne retint pas son rédacteur en cbef. décidé à fonder une revue franco-américaine. La haute rédaction de L'Action Sociale s'était enrichie de Tabbé d'Amours, ancien supérieur du Séminaire de Rimouski. L'abbé d'Amours était très lié avec Louis-Philippe Pelletier, originaire, comme lui, des Trois-Pistoles, et subissait son influence. Il était bleu, et même étroitement bleu. Avec cela, un tempérament emporté. Georges Pelletier, caractère indépendant, évita des heurts avec l'abbé d'Amours en assumant la correspondance parlementaire du journal, à Ottawa, pendant les sessions fédérales. Jules Dorion, Omer Héroux, Georges Pelletier et Amédée Denault, rédacteurs à L'Action Sociale, admirateurs et disciples de Bourassa, combattirent la création d'une marine de guerre. Georges Pelletier opposa tout de suite au projet l'argument essentiel. Il écrivit :
« Nous venons de mutiler cette autonomie acquise par nos pères après un siècle de luttes constantes.
« Notre autonomie était perpétuelle, elle devient intermittente.
« Vienne la guerre, la flotte et l'armée du Canada échappent à sa direction, se fondent dans le grand tout impérial ; les autorités anglaises les guideront contre l'ennemi, sans que notre pays ait rien à voir à leur conduite. »
Le Soleil contesta l'existence d'un tel engagement :
« Nous sommes seuls juges de décider de notre coopération à telle ou telle campagne que pourrait entreprendre la Grande-Bretagne, et ce droit a été affirmé de nouveau, de la façon la plus péremptoire, il 71'y a pas bien longtemps encore, par sir Wilfrid Laurier luimême.
« C'est l'exercice le plus entier de notre droit d'autonomie. »
Cependant le Soleil reconnut qu'en temps de guerre il faudrait coordonner les efforts, en confiant à l'Amirauté le commandement unique de toute la marine.
L* Evénement adopta la même attitude que L'Action Sociale, deux fois avantageuse, puisque, accordée au sentiment canadien-français, elle contrariait encore le gouvernement libéral î Les chefs conservateurs du district de Québec, Pelletier, Chapais, et surtout Landry, entretenaient des sentiments presque nationalistes. Le plus « loyaliste » de ce groupe, Thomas- Cbase Casgrain, vint lui-même engager Bourassa, député provincial, à faire campagne contre la loi navale de Laurier ^. Monk, chef des conservateurs fédéraux de la province, devait profiter d'un banquet à Lachine, le 8 novembre, pour indiquer sa position. Canadien français par sa mère — une Debartzch — , Monk descendait, par son père, de loyalistes bostonnais. Admirateur de Bourassa, mais ami de Bordcn, il n'était pas homme à briser les vitres. Il prépara un texte conforme au sentiment canadienfrançais, et vint le lire au bureau du Canadien, où se trouvaient Arthur Sauvé et plusieurs jeunes conservateurs. Monk guettait les réactions de ses audi-
1. M. Bourassa nous a confirmé ce renseignement, d'ailleurs livré au public dans une assemblée de Paul- Emile Lamarche, à Nicolet, le 1^'' octobre 1916.
Québec — Tome XIV — 4
teurs : « Je me demande si je dois prononcer ce discours... J'assume une grosse responsabilité... » IF semblait quêter une impulsion, dans un sens ou dans l'autre. Les jeunes la donnèrent dans le sens nationaliste. Le soir, à Lachine, Monk prononça son discours, condamnant la politique navale du gouvernement Laurier. La marine serait coûteuse et inutile. Nous sommes un petit peuple, et pauvres. Il est vrai que nos ressources naturelles sont immenses, mais il faudra un effort et des dépenses gigantesques pour les mettre en valeur. Le Transcontinental, qui devait coûter quinze ou seize millions, en coûtera cent cinquante ou deux cents. Avant d'accepter sur ses épaules l'écrasant fardeau du militarisme, le Canada doit exécuter ou achever ses grands travaux publics.
L'élocution lente du chef conservateur semblait trahir ses hésitations. Comme Bourassa, Monk protestait contre la prétention exorbitante qu'un citoyen britannique fût déloyal en combattant l'impérialisme. Lui aussi voulait s'en tenir au statu quo, à la situation acquise du Canada vis-à-vis de l'Angleterre. Le sénateur Landry et Bruno Nantel, député fédéral de Terrebonne, présents au banquet, approuvèrent leur chef de file.
« J'assume une grosse responsabilité... » avait dit Monk, un peu effrayé. Le bruit de la triple campagne de Saint-Sauveur, Chambly et Saint-Jacques amortit, sur le moment, le discours du chef conservateur ; mais les commentaires lui rendirent bientôt sa véritable importance. Le discours de Lachine mettait en relief les divergences au sein du parti conservateur fédéral : Roblin, premier ministre du Manitoba, voulait donner une contribution directe à l'Angleterre ; Borden acceptait le plan du cabinet Laurier ; Monk refusait contribution et marine. D'autre part, il rapprochait Monk de Bourassa, déjà étroitement allié
aux conservateurs provinciaux. Et Bourassa, tous obstacles franchis, tiendrait bientôt entre ses mains ce puissant levier : un journal quotidien.
La session fédérale commençait. Georges Pelletier, correspondant parlementaire de U Action Sociale, prit place, à la galerie de la presse, à côté de Fernand Rinfret, correspondant parlementaire du Canada, La Chambre aborda la question de la marine le 15 novembre, dès la discussion de l'adresse. Laurier, à la veille de ses 68 ans, défendit sa politique par un grand et beau discours ; mais il manquait Tancien député de Labelle, pour passionner le débat. Goldwin Smith écrivait à Bourassa, pour l'engager à reprendre sa campagne de 1899 : « Il est dommage que vous ne soyez plus à Ottawa ; votre voix sera tout de même entendue ^ »
Goldwin Smith, Ontarien paradoxal î La discussion des détails s'orienterait sur le rapport de Brodeur et de SCS collègues, qui venaient de négocier avec les autorités impériales. On n'attendit pas longtemps. Le 17 novembre, le gouvernement déposa sur la table des Communes le livre bleu contenant les documents officiels relatifs à la conférence navale et militaire de 1909. Le programme naval du gouvernement canadien comportait la construction immédiate de trois croiseurs et de quatre torpilleurs.
C'était de quoi embraser non plus seulement la province de Québec, mais tout le pays. Le Manitoba, sous la conduite de Roblin, refusait et ridiculisait ces petits bateaux, jouets d'enfants qui ne tiendraient pas devant les cuirassés modernes, et qu'il faudrait encore répartir entre les deux océans. Roblin exigeait de l'argent ou des dreadnoughts. Les tories ontariens
1. Publié par Henri Bourassa dans le « Devoir » du 11 juin 1910.
le suivaient, et aussi le Star de Montréal. Borden. impressionné par ces clameurs, et, sans doute, déjà ébranlé à Londres, tendait à se ranger au même avis. Au contraire, sir Charles Tupper, octogénaire, approuva le projet de Laurier. Le Star soutenant que le Canada n'avait pas payé sa dette de reconnaissance envers la Grande-Bretagne, sir Charles, de sa retraite, écrivit au journal montréalais pour protester.
Laurier déclara que la flotte canadienne ne participerait aux guerres impériales que sur le consentement du peuple canadien. La Presse rassura son immense public : « Le Canada n'entrera jamais dans le tourbillon militaire ; c'est une arme de défense que nous organisons pour nous. » Et elle fournit cette explication ingénieuse qu'en temps de guerre, la flotte canadienne, relevant la marine anglaise de l'obligation de défendre nos côtes, la soulagerait ainsi, et lui rendrait un service suffisant.
Les nationalistes écartèrent la déclaration de Laurier et l'explication de la Presse. Si une guerre éclate, dirent-ils, notre prétendue marine canadienne y sera entraînée bien avant que sir Wilfrid ait pris le temps de réunir les députés, de leur exposer par le menu les causes de la guerre, et de solliciter leur avis. Georges Pelletier, esprit clair et décidé, exposa l'un des premiers cette objection, avec force.
La Patrie pesa toutes les opinions, et conclut (1er décem-bre 1909) :
« La grande majorité des citoyens a confiance que le gouvernement Laurier saura résoudre avantageusement pour tontes les parties intéressées le sérieux prohlcmc dont il est saisi. »
Style et opinion bien conformistes ! Mais la Patrie ménageait son créancier Graham, et s'écartait du groupe Bourassa, en train de fonder un journal
concurrent. Dans Tcnscmble, Topinion canadiennefrançaise, travaillée par les nationalistes, était bien hostile à la création d'une marine. Elle se trouvait bien, une fois de plus, en antagonisme avec l'opinion canadienne-anglaise de l'Ontario et du Manitoba. Cela n'empêchait pas Lomer Gouin d'inaugurer des relations d'affaires — consultations mutuelles, coordination d'efforts — avec le gouvernement conservateur de l'Ontario (dans lequel figurait un Canadien français, le Dr Joseph-O. Rhéaume, ministre des Travaux publics) . Gouin et Whitney s'étaient déjà bien entendus à la conférence interprovinciale de 1908. Sir Lomer Gouin et Taschereau rendirent visite à sir James Whitney, premier ministre de l'Ontario, qui leur offrit un banquet à Toronto, le 14 décembre. Les orateurs exaltèrent à Tenvi l'exemple de l'Entente Cordiale entre la France et l'Angleterre. Gouin proposa au premier ministre ontarien une sorte d'alliance des deux grandes provinces, pour défendre leurs intérêts contre les exigences de l'Ouest et leur autonomie contre les empiétements du fédéral. Taschereau affirma le loyalisme de la province de Québec, garantit son acceptation de la marine de guerre et sa volonté de défendre l'Empire, le cas échéant. Il dit : « Ce que la province de Québec a fait dans le passé, elle le fera dans l'avenir. Quand l'appel sonnera, nous dirons, en vrais Canadiens : « Nous voici î » ^ Ces paroles soulevèrent les protestations des nationalistes, à Montréal et a Québec. Arthur Sauvé, député conservateur des Deux-Montagnes à la Législative, appela le ministre des Travaux publics un traître à la province de Québec. Le discours de Monk à Lachine et le discours de Taschereau à Toronto renforcèrent la sympathie des Nationalistes à l'égard de Monk et de