‹ Histoire de la province de Québec (volume 3)Chapitre 30 sur 46 · Reconnu par Henri Bourassa, Le Devoir. 2 juin · texte numérisé non relu

Reconnu par Henri Bourassa, Le Devoir. 2 juin

fédérale en 1904. C'était, comme son prédécesseur, un caractère indépendant, assez près des nationalistes à bien des égards. Un « habitant » instruit, râblé, portant un éternel feutre noir, cabossé, difforme, rabattu sur les yeux. Il vendait encore lui-même ses légumes sur le marché de la place Jacques-Cartier à Montréal. Comme autrefois Bourassa, il refusait Taide financière du parti, et gardait son franc-parler vis-à-vis de tout le monde, ses chefs compris. Il s'affirmait autonomiste, et cependant il ne condamnait point la loi de la marine. Les nationalistes lui opposèrent un jeune homme de vingt-quatre ans, Gustave Monette, secrétaire du comité central de TA.C.J.C. Gustave Monette, cousin de Dominique Monet, appartenait à une famille libérale. Mais Tabbé Corbeil - — devenu, depuis, curé de La Tuque — l'avait influencé, au Séminaire de Sainte-Thérèse, en critiquant le rôle de Laurier dans l'affaire des écoles manitobaines. Ainsi « reviré », le jeune Monette avait adhéré au nationalisme, comme presque tous ses camarades, pendant ses années d'université. Il venait de remporter un succès oratoire dans une fête en l'honneur de Mgr Langevin, gloire de la région. Un train spécial du Grand-Tronc conduisit les amateurs d'éloquence à l'assemblée de Laprairie. Tout le long du trajet, les « Vive Bourassa î » se répondirent, d'un wagon à l'autre. L'assemblée elle-même fut vivante. « Je tiens à devenir député, dit Monette, pour demander le rappel de la misérable loi de la marine. » Quelques « Hourrah pour Laurier ! » le décontenancèrent. Mais Bourassa se dressait : « Moi aussi j'ai crié hourrah pour Laurier, autrefois. Mais Laurier a sacrifié les siens dans l'Ouest, Laurier protège des voleurs et des concussionnaires. Laurier impose une marine coûteuse, qui ne servira qu'à faire

tuer nos enfants dans les guerres de TAngleterre. Laurier m'oblige aujourd'hui à choisir entre lui et le pays. Je choisis le pays î » Les interrupteurs ravalèrent leurs cris.

La Presse défendit le « grand Canadien », adjura de nouveau les Canadiens français d'éviter la « honte nationale » que serait une défaite de Laurier. Sur la loi de la marine :

« Au lieu de lui en faire un crime, ses ennemis acharnés devraient le remercier à genoux d'avoir été capable de faire repousser tous les projets des impérialistes du Canada et de l'Angleterre, et de faire accepter comme contribution du Canada à la défense de l Empire une marine canadienne soumise à l'autorité du gouvernement et du Parlement de notre pays.

« Est-il possible de faire consacrer plus efficacement le principe de l'autonomie du Canada? »

La Presse s'attira les foudres du Devoir, qui rappela la vente du grand journal à Mackcnzie et Mann, en 1904. Dans les assemblées d'Asselin, on appelait la Presse « pourrie, prostituée, vieille garce » ; dans le Devoir même, Tancrède Marsil parlait des arrestations de « Presses » opérées par la police dans les lieux mal famés — « Presses » désignant les prostituées. Les assemblées d'Asselin furent les plus violentes de cette violente campagne. L'ancien député de Saint-Hyacinthe, Aimé Beauparlant, mourut à ce moment : Asselin accusa Rodolphe Lemieux d'avoir causé sa mort en faisant une scène à cet homme malade et très impressionnable ^.

Laurier recevait ces nouvelles de mauvais augure

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