John-S. Ewart : The Kingdom Papers No 5^ novembre
Le 13, Laurier et Béland, accompagnés par les ministres provinciaux Devlin et Caron, tiennent une belle assemblée à Montmagny. Mais Bourassa porte l'offensive dans le comté de Soulanges, où Laurier est candidat ; il y parle le 14, soulevant des interruptions, des commentaires passionnés qui finissent en tumulte. Ce jour-là, les libéraux convoquent un grand ralliement à Québec, au manège de la Grande Allée. Québec est TArche Sainte, où Laurier garde les tables de la Loi. Laurier se présente à Québec-Est pour la neuvième fois. Il prie en même temps les électeurs canadiens-français de Québec-Ouest de démontrer une fois de plus leur largeur d'esprit, en élisant son ami William Power. Car ce n'est presque jamais à la majorité de langue anglaise, mais bien à la minorité canadienne-française que Ton demande de montrer sa largeur d'esprit. Au manège de la Grande Allée, Lomer Gouin figure sur l'estrade. William Power défend la Réciprocité. Laurier promet au port de Québec une cale-sèche demandée depuis longtemps. Sur les questions nationales, il déclare : « Je ne suis ni impérialiste, ni anti-impérialiste, je suis simplement canadien. » Une immense ovation salue ces paroles. Laurier ajoute :
« L'alliance Borden-Bourassa conduira aux guerres de races, aux divisions intestines. Tandis que sous le drapeau libéral, qui abrite toutes les races, il y a place pour que tous vivent en harmonie, en paix, et jouissent du bonheur. Nous avons la majorité dans toutes les provinces, qui ont plus que jamais confiance dans V administration de la chose publique par ceux qui font le progrès et la prospérité de notre pays depuis quinze ans. »
Le lendemain, 15 septembre, Bourassa porte la guerre à Marieville, dans le comté de Rouvillc, où
le candidat libéral est Rodolphe Lemieux. Le même jour, Armand Lavergne et Laurier tiennent chacun une assemblée à Montmagny, à petite distance l'un de Tautre. Lavergne compare Laurier à un vieux coq commandant un régiment de poules mouillées. Des libéraux recourent à un truc classique, pour couvrir sa voix : les locomotives de Tlntercolonial qui ont amené les convois d'excursion se mettent à siffler désespérément, en lançant des jets bouillonnants de fumée grise. Lavergne, tendant l'index, ordonne à ses partisans : « Prenez les numéros des locomotives et les noms des mécaniciens. La semaine prochaine, nous serons au pouvoir, et nous mettrons ces hommes dehors. Le chemin de fer nous appartiendra. » Après la double assemblée, des horions s'échangent dans les rues de Montmagny.
Le 16, Bourassa soutient, à Acton Vale, Tancrède Marsil, qui se bat comme un mousquetaire. Laurier, Jacques Bureau et Charles Devlin parlent à la même heure à Grand'Mère. Le 17, une bataille en règle met aux prises les partisans de Bureau et ceux de Normand, aux Trois-Rivières, sur la place du Marché. La police locale, prise entre les combattants, est rossée de part et d'autre.
Bourassa, lui, parle à Victoriaville, pour répondre à l'assemblée tenue par Laurier la semaine précédente. La publicité de l'assemblée nationaliste se trouve toute faite : les chefs conservateurs des cantons de l'Est ont abonné au Devoir, pour la durée de la campagne, tous les électeurs de langue française de la région ^. Bourassa demande aux citoyens de