Le "Moniteur", de Lévis
à Rome. Il y célébra deux messes pour Mercier, et envoya une lettre émue à Mme Mercier.
L'abbé Proulx présentait au Saint-Siège un rapport sur la première année de gestion de l'institution montréalaise, financièrement autonome. ' Il décrivait la pacification des esprits. Il combattait cependant, avec l'appui des évêques de la province ecclésiastique de Montréal, une prétention de Laval de Québec. L'institution-mère voulait répartir sur tous les diocèses de la province civile de Québec la dette contractée par l'Université Laval avant l'autonomie financière de sa succursale. Québec voulait être indemnisée de ses sacrifices anciens. L'abbé Proulx refusait. Laval de Montréal fait construire. Saint-Sulpice a donné le terrain, et consenti un prêt. Quelques dons s'y ajoutent. Les évêques de la province ecclésiastique de Montréal verseront un secours pendant dix ans. Ces sommes suffisent à peine ; l'obligation de partager la dette québécoise arrêterait nos travaux. C'est ce que souhaitent nos ennemis, affirmait l'abbé Proulx, convaincu qu'un parti québécois guettait la banqueroute montréalaise pour reprendre un contrôle absolu. ^
A la demande de M. Colin, le T. R. P. Captier, Supérieur général de Saint-Sulpice. ancien procureur de la Compagnie à Rome, aida discrètement l'abbé Proulx. Le fumoir du Collège Canadien à Rome se remplit de visites et de rumeurs. Le Saint- Siège s'apprêtait à nommer un nouvel archevêque de Saint-Boniface — à cette heure le poste le plus difficile à occuper de tout le Canda. Les évêques canadiens proposaient en première ligne un Oblat, le P. Adélard Langevin. Des séculiers, reprochant aux Oblats une tendance au monopole dans les
1. "Les Actes des Adrninistrateurs, Gouverneurs et vice-recteur de l'Université Laval à Montréal" (1894.).
2. Correspondance et documents de l'abbé Proulx ; au Séminaire de Sainte-Thérèse.
territoires de mission, cherchaient à faire nommer un des leurs. L'abbé Proulx, qui avait vécu dans rOuest, s'intéressa au débat et prit parti pour les séculiers. ' Mais les évêques de l'Ouest tenaient à leur candidat ; et Mgr Laflèche écrivit au cardinal Simeoni en faveur du Père Langevin. Mgr Taché lui-même n'avait-il pas souhaité ce successeur, éloquent, courageux, indomptable sur les questions de patriotisme et de foi ? Enfin les Oblats défendaient leur cause inguibus et rostro, d'après l'expression de l'abbé Proulx.
Tout en combattant l'ordre des Oblats, le vicerecteur reconnaissait les mérites personnels du Père Langevin — neveu du chanoine Racicot, l'un des prêtres influents de l'archevêché de Montréal. L'affaire des écoles n'était pas terminée. Et pour défendre les droits des catholiques, on ne trouverait pas plus vaillant. Des prélats canadiens arrivèrent à Rome. Le Saint-Siège consulta les archevêcjues du Canada, qui répondirent par l'éloge du Père Langevin.
1. Les interventions de l'abbé Proulx, qui transpirèrent d'ailleurs par la suite, sont établies par une lettre de l'abbé Proulx à son ami et remplaçant l'abbé Georges Payette (31 octobre 1894), par deux lettres de l'abbé Proulx au curé Cherrier, de la paroisse de l'Immaculée Conception à Winnipeg (27 octobre ISOIf et 6 janvier 1895) et par une lettre de l'abbé Proulx, à l'abbé Georges Dugas (27 janvier ^ 1895). Documents Proulx, au Séminaire de Sainte-Thérèse.