Dans le "Herald
gouvernement fédéral n'a pas le droit de reculer, dit Pelletier, dût-il succomber en faisant son devoir : '
"Cinq années se sont écoulées déjà depuis l'adoption des lois scélérates proposées par M, Joseph Martin. Toutes les précautions ont été prises. Aujourd'hui la voie est déblayée. Le gouvernement peut offrir de bonnes raisons pour n'avoir pas agi plus promptement. Les ministres nous ont dit qu'ils désiraient procéder avec précaution, éviter des frictions judiciaires, s'assurer de leur droit incontestable avant d'agir. C'est bien, mais maintenant que le dernier jugement est rendu et que, lumineux comme un phare, il leur indique clairement la route à suivre, l'hésitation n'est plus possible. . .
"Si l'on nous précipite dans les élections avant d'avoir réglé la question des écoles, ou avant d'avoir donné des preuves tangibles qu'elle va l'être, on ne fait pas plus que M. Laurier; on va pas plus loin que lui, on se retranche derrière une abstention coupable...
"Ce que les catholiques veulent, c'est que la question soit décidée par une loi s'il y a une session, et, s'il n'y a pas de session, par un ordre en conseil sanctionné par le représentant de Sa Majesté. . ."
Toute la presse reproduisit le discours de Pelletier. Presque en même temps, dans une démonstration conservatrice à Saint-Hyacinthe, le grave de la Bruère, président du Conseil législatif, présenta au ministre fédéral Aldéric Ouimet une adresse demandant une solution "conforme aux promesses faites en 1870 à nos coreligionnaires du Manitoba, et conforme à la justice et à l'esprit de la Constitution."
L'impression générale était qu'une dissolution et des élections immédiates, sans effort en faveur des catholiques manitobains, aboutiraient à l'écrasement des candidats ministériels dans la province de Québec — et peut-être à un échec conservateur aux élections provinciales suivantes. Les députés multipliaient les démarches auprès du gouvernement fédéral, comme au temps de l'affaire Riel. Ils avertissaient Mackenzie Bowell que leurs sièges — et.
partant, la majorité ministérielle — étaient en jeu. Angers, Caron, Ouimet et aussi les sénateurs Bellerose et Landry confirmaient cette impression, appuyaient ces démarches. On supposa Louis-Philippe Pelletier d'accord avec les ministres canadiensfrançais du cabinet fédéral, particulièrement avec son ami Angers.
Les libéraux exerçaient la même pression sur leur chef, et lui demandaient une déclaration nette. Le mouvement devenait irrésistible. Le 1 2 mars. Laurier tint une assemblée à Québec, oià son jeune ami Parent, successeur de Frémont à la mairie, le reçut en futur premier ministre. Laurier dit :
"Si j'arrive au pouvoir, comme la chose est certaine, je veillerai à ce que les droits des catholiques du Manitoba leur soient restitués, conformément à la décision rendue par le plus haut tribunal de l'Empire. . ."
Et il s'empressa d'ajouter :
"Ce que je réclame aujourd'hui pour les catholiques, je le réclamerais demain pour les protestants, si une semblable injustice était commise envers eux. Je respecte toutes les croyances, et je suis d'avis que les minorités, qu'elles soient catholiques ou protestantes, doivent être protégées à l'égal des majorités.'"
Etait-ce catégorique ? Laurier, cherchant à réfréner la combativité du Globe, écrivait à Willison : "Je n'ai pas encore décidé ce qui devrait se faire, quoique mes renseignements sur cette question me fassent sérieusement pencher du côté de la minorité. '
A Québec comme à Montréal, les assemblées de
1. Compte rendu de "L'Electeur, porte-parole du parti libéral.