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Documents Proulx, au Séminaire de Sainte-Thérèse

Personne ne retint Mgr le recteur ; et l'on se trouva, pour cette fête montréalaise, entre Montréalais. C'était l'aboutissement, le couronnement, d'années d'efforts, de luttes, de sacrifices. Archevêque, lieutenant-gouverneur, maire, sénateurs, députés, juges, supérieurs de collèges et de communautés, financiers et gros commerçants, l'élite de la région montréalaise entourait l'abbé Proulx, salué par un tonnerre d'applaudissements. L'abbé Proulx luimême ; le Dr Rottot : l'abbé Colin, supérieur de Saint-Sulpice ; l'abbé Lecoq, directeur du Grand Séminaire de Montréal ; le juge Jette ; le ministre Nantel ; le solliciteur général Curran ; le lieutenant-gouverneur Chapleau et Mgr Fabrc prononcèrent des discours. Des yeux, de la voix, de toute sa contenance, l'abbé Proulx triomphait. Avec lui, Chapleau partageait la vedette. Dans les cérémonies d'inauguration, avec sa crinière argentée, sa cravate de la Légion d'honneur, son geste théâtral, Chapleau était magnifique; la foule l'observait avidement. Son attitude patriotique des dernières années lui restituait tout son prestige. Aux yeux du peuple, il gardait l'avantage sur Angers, marque de cette tare : la "persécution" de Mercier. Chapleau prenait figure nationale, au-dessus des partis. Tarte répétait à son "concitoyen" l'abbé Proulx (tous deux avaient débuté à Saint-Lin) : "Chapleau et Laurier, quel attelage cela ferait !" L'hameçon négligemment jeté. Tarte, sans en avoir l'air, guettait les réactions.

Tout Québec prit parti pour Mgr Laflamme, qui rédigeait une plainte, destinée à Rome.

Le 10 octobre, après l'inauguration de l'établissement universitaire, les évêques de la province ecclésiastique de Montréal se réunirent, sous la présidence de Mgr Fabre. Ils publièrent une lettre pastorale contre les abus de la presse dite "à sensa-

tion", qui, recherchant toutes les clientèles et redoutant les censures épiscopales, multiplie dans certaines pages les articles religieux, l'annonce des cérémonies de l'Eglise, l'éloge des prédicateurs, et dans les pages voisines les nouvelles scandaleuses, les annonces de théâtre, les romans scabreux. Ils visaient la Presse, à qui ces procédés valaient un tirage énorme. Mgr Laflèche flétrit à son tour, dans un sermon énergique, ces "bazars littéraires où se prépare le poison qui tue le sens moral des populations."

Les évêques de la province ecclésiastique de Montréal — Mgr Fabre, Mgr Moreau, Mgr Emard et Mgr Larocque — ne s'étaient pas réunis uniquement, ni même essentiellement, pour censurer la Presse. Ils écrivirent à l'abbé Proulx qu'ils consentaient "non sans un regret sincère, à lui donner un successeur au poste de vice-recteur, occupé depuis six ans". Dans des lettres personnelles, ils donnaient à l'abbé Proulx l'espoir d'un retour à son poste, plus tard, après la pacification complète.' Le chanoine Zotique Racicot, de l'archevêché de Montréal, devint vice-recteur, avec l'abbé Gustave Bourassa, frère aîné d'Henri Bourassa, pour secrétaire.

Le lecteur n'en est pas surpris : Montréal donnait à Taillon et à ses ministres beaucoup plus de mal que tout le reste de la province. Et, par malchance, la mort du député Kennedy entraîna une élection partielle à Montréal-Centre (quartier Sainte-Anne) .

C'était le seul quartier montréalais de tradition libérale. Il avait successivement élu Holton, Stephens, McShane, et ce dernier y restait influent. Les conservateurs avaient pris le comté le 8 mars 1892,

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