Documents de la sesion
agricole au Canada français. Gigault fonda cercles et coopératives dans son ancien comté de Rouville, riche en vergers et en plantations de tabac, et plus accessible à son influence personnelle. Puis il parcourut la province, donnant en exemple la réussite des cercles déjà fondés. Ce scrupuleux tenait un compte précis de ses dépenses, sans oublier un timbre-poste, mais sans majorer d'un sou les factures. 11 chapitra un jour le surintendant de l'Ecole d'Industrie Laitière, qui voyageait en seconde classe et facturait des billets de première. — "Mon derrière a gagné la difi^érence", répondit le surintendant, "en souffrant sur des banquettes mal rembourrées !" Le scrupuleux Gigault était aussi un persévérant. Avec l'aide des curés, il triompha, dans une bonne mesure, de la méfiance paysanne, de l'individualisme invétéré. Le rapport de 1895 donne des chiffres relativement élevés : 70 sociétés d'agriculture et 494 cercles agricoles, encouragés, contrôlés par le ministère. Gigault rêvait d'une fédération des associations agricoles.
Voilà des initiatives raisonnables et des réalisations bourgeoises ! On revenait au temps oii Chauveau et son trésorier Robertson géraient en bons pères de famille et en comptables prudents les intérêts restreints d'une jeune province. C'est pour la construction des chemins de fer que les successeurs de Chauveau et de Robertson s'étaient écartés de cette sagesse, avaient commencé les prodigalités. On avait subventionné des compagnies sérieuses, des compagnies négligentes, des compagnies fictives. Les 3.245 milles de voies ferrées traversant la province, en sens divers, s'étaient construits, en grande partie, aux frais du Trésor. Et plus d'une ligne inachevée, sans exoloitation prévue ni même possible, avait coûté bien cher aussi. Taillon fit porter ses économies sur les chemins de fer. Réduits, tous les subsides. Supprimés, ceux des compagnies fantai-
sistes ou impuissantes, qui n'ont pas rempli leur cahier des charges. Sous séquestre, la Compagnie de la Baie des Chaleurs, en aussi mauvaise posture que sa devancière. Si la législature n'étend pas le délai accordé pour l'octroi des subsides, la province se trouvera, le 1er juillet 1896, libérée des obligations créées depuis une vingtaine d'années par diverses lois. Le rapport de Nantel, commissaire des Travaux publics et des chemins de fer, conclut ainsi :
"Ce que Rappellerai la première période de la politique des chemins de fer, suivie par tous les gouvernem,ents depuis près d'un quart de siècle, et qui consistait à accorder des subsides aux chemins de fer sans espoir de remboursement, sera close." '
Le discours du Trône dressa le bilan de ces économies et de ces progrès. On pourrait supprimer quelques taxes, tout en rétablissant l'équilibre financier compromis par le régime Mercier. Un échec passager — l'élection de Montréal-Centre — ne détournera pas le gouvernement de sa voie. Nous sauverons la province, dit Taillon :
"Nous sommes ici pour réparer un passé désastreuse, et nous accow.plissons notre œuvre, coûte que coûte. Nous sauverons la province . . .
"Oîd, nous avons été des sauveurs. Le premier de ces sauveurs a été l'homme énergique et courageux, l'honorable M. Angers, qui s'est pris corps à corps avec les brigands pour leur arracher des mains la province qu'ils allaient étouffer. Une fois cette tâche accomplie, il a fait appel aux gens de bonne volonté, et nous sommes venus. Nous avons fait notre possible, nous avons fait notre devoir, et quel que soit le sort qui nous attende, je le répète, rien ne nous fera dévier de notre programme ; nous travaillerons au relèvement de la province, fermement, courageusement, certains que, le jour du jugement populaire arrivé, le peuple ne se trompera pas sur ceux qui auront bien protégé ses intérêts."