Chapitre 79 des "Statuts provinciaux" de
2. Fragments de mémoires inédits, rédigés par le sénateur F.-L. Béique (Archives privées de M. Paul Béique). La charte d'incorporation de la Royal Electric Company, aussi appelée Compagnie royale d'électricité, figure a7ix "Statuts de Québec," 1884, P- 126. Elle n'est pas sans importance pour l'histoire économique, jmisque, nous le verrons en temps vo-alu, de la Royal Electric est née la Montréal Light, Heat and Power.
des principaux commerçants canaciicns-français, les Hudon, les Tourville, les Leduc, Béiquc comptait aussi dans sa clientèle plusieurs firmes et institutions anglo-canadiennes. Il devint bâtonnier du barreau de Montréal pour l'exercice de 1891 à 1893. Il était peu éloquent, mais bon juriste, probe, sérieux, vorace de travail. Il réorganisa la Royal Electric, augmenta le capital en souscrivant lui-même un bon nombre des nouvelles actions, engagea un excellent gérant, acheta des brevets américains. La fourniture de l'électricité s'améliora, comme celle du gaz. En même temps encore, les tramways électriques commencèrent à remplacer les tramways à chevaux. Extraordinaire nouveauté, que ces premiers tramways électriques ! Insurpassablc merveille de la science ! On s'arrêtait dans les rues pour les regarder passer. On tenait par la bride les chevaux effrayés. Et les "habitants", venus à la ville pour quelque affaire, parlaient, à leur retour, de ces chars qui marchent tout seuls. L'influence prépondérante, à la Montréal Tramways Company, était celle de Louis-Joseph Forget. Audacieux à froid, Forget resterait avant tout un boursier, un spéculateur. Il cherchait à saisir le contrôle d'entreprises existantes, plutôt que d'en fonder. II laissa Béique constituer une compagnie pour la fabrication des nouvelles voitures.
Bref. Montréal se transformait en ville moderne. Dans les quartiers de l'est, on jetait encore les déchets dans des excavations au lieu de les incinérer, mais cette habitude disparaissait peu à peu. La ville n'était plus le vaste dépotoir décrit par les voyageurs, une vingtaine d'années plus tôt. ^ Son crédit était bon, et son budget en équilibre :
1. On trouve un bon résumé de la situation municipale dans l'allocution d'Alphonse Desjardins aux échevins, le 20 février 189S. Texte intégral dans la "Minerve" et attires journaux du lendemain.
$2.670.000 de recettes et $2.633.000 de dépenses. Tout de même, ces travaux entraînaient des débours, et des miettes restaient aux mains de courtiers, voire d'échevins. Le maire McShanc et trois échevins en particulier, Cléophas Beausoleil, Raymond Préfontaine et Henri-Benjamin Rainville — trois rouges, intimes de Mercier — entretenaient à l'Hôtel de Ville une de ces "républiques des camarades" où fleurit le pot-de-vin. Pour ces échevins libéraux, l'argent du conservateur Forget n'avait pas de couleur. George-Washington Stcphens, homme d'affaires intègre, ancien échevin de Montréal, les dénonçait énergiquement.
Il y avait du vrai, mais aussi du parti pris dans les plaintes de Stephens. Il dénonçait la "clique" des échevins canadiens-français, mais épargnait McShane. Aux élections municipales du 1er février, les anglophones et les libéraux soutinrent McShane, qui sollicitait un troisième mandat, malgré ses engagements. Les conservateurs et le clergé soutinrent Alphonse Desjardins. Originaire de Terrebonne, le sénateur Desjardins était un homme affable et digne, très estimé à Montréal où il habitait, place Viger, une vieille maison de pierre achetée à Chapleau ;' il y avait abrité Riel proscrit en 1873. Président de la Banque Jacques- Cartier, il venait d'être élu au nombre des administrateurs de l'Université Laval de Montréal. Comme son ami Taillon, il négligeait le "patronage " et méprisait les petits côtés de la politique. Sa candidature procédait du même esprit de réaction — contre les camaraderies suspectes et les facilités dangereuses — qui avait renversé le régime Mercier, dans la politique provinciale. On se rappelle que Mercier vota ostensiblement pour McShane. Par une faible majorité. Desjardins