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Compte rendu de la "Minerve," 6 avril

prenant ensuite la parole, s'eflrorça de détruire cet effet. Il y mit toute sa verve bégayante. Il représenta le renvoi à la Cour Suprême comme l'enterrement, le décret de déchéance des écoles séparées.

Tassé, terminant la série des discours, s'étonna que le parti fondé par les Papin, les Doutre et autres radicaux, adversaires de l'éducation religieuse, prenne feu et flamme pour les écoles séparées. Ce zèle de fraîche date poursuit un seul but : renverser le gouvernement. Je suis bien sûr que si M. Laurier arrivait au pouvoir, il ne ferait rien en faveur des catholiques du Manitoba. Tassé finit par une défense de la protection.

Comment départager des chefs, des partis, qui rivalisent de promesses ? M. Angers, M. Ouimet, semblent énergiques, mais M. Tarte les dément, et quelle noblesse d'accent chez M. Laurier ! Quelle fermeté quand il déclare, l'index tendu : "Il y a tromperie dans l'exécution de la loi, tromperie dans la présentation de la cause au Conseil Privé, et le gouvernement fédéral doit intervenir !" La campagne de Vaudreuil augmenta encore le prestige de Laurier. Très souvent, il n'était plus question de parti libéral ou de candidat libéral, mais de parti de Laurier et de candidat de Laurier — comme, naguère, il y avait le parti de Mercier et les candidats de Mercier. Tarte accréditait cette formule, moins révélatrice de ses évolutions. Le 12 avril, le "candidat de Laurier" fut élu par 191 voix de majorité. Second siège gagné ; les victoires consécutives de rislet et de Vaudreuil produisirent un gros cff^et moral.

Au Club National de Montréal, où l'on fêta la victoire, Tarte s'écria : "Nous avons un chef sans rival dans le pays et même dans tous les pays. J'ai entendu les plus grands tribuns de France et d'Angleterre, et je ne crains pas de dire que l'honorable

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M. Laurier n'a pas de sopcricur. Nous lui devons une grande partie du succès à Vaudreuil . . ."

De son côte, Laurier attribuait largement le succès à Tarte.

La grande aflraire du jour, celle des écoles du Manitoba, était à la fois politique et religieuse. C'est un cabinet libéral, à Winnipcg, qui persécutait les catholiques. Tandis qu'en Ontario, un autre cabinet libéral, celui de Mowat, accordait la plus raisonnable tolérance, au grand scandale du chef de l'opposition conservatrice Meredith. Parmi les membres du cabinet fédéral conservateur, Angers se montrait assez formel ; Ouimet, rassurant ; mais Clarke Wallace, ministre des Douanes, promettait aux électeurs ontariens que les écoles catholiques ne seraient pas rétablies dans l'Ouest. Parmi l'opposition fédérale. Tarte se montrait catégorique ; Laurier, sympathique quoique prudent; mais le Globe, rédigé par un ami et correspondant de Laurier, répétait : "Il n'y a pas l'ombre d'une raison, pas même d'un prétexte décent pour justifier l'intervention des autorités fédérales dans l'affaire des écoles du Manitoba." ' La Tribune, libérale, de Winnipeg, approuvait ce langage.

Et quelle était l'attitude des principaux intéressés, ou du moins de leurs représentants, le député Larivière et le sénateur Bernier .'' Ils semblaient maintenir une protestation de principe, platonique.

1. En juin 1891, il avait été question de Ventrée de William-Ralph Meredith dans le cabinet Abbott. Meredith avait posé des conditions, que l'on peut résumer ainsi : aucun droit particulier à la langue française et à la religion catholique en dehors de la province de Québec ; bref, la théorie de la "réserve" . Cf : Lettres de Meredith à Mcintosh (12 juin 1891) et à Abbott (2Jt juin 1891), avec Archives publiques du Canada.

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