‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa [microforme] (volume 3)Chapitre 11 sur 275 · LES DERNIÈRES GUERRES AVEC, LES SAUVAGES · texte numérisé non relu

LES DERNIÈRES GUERRES AVEC, LES SAUVAGES

ORSQUE, en 1682, M. de Frontenac fut relevé de son gouvernement, il quitta la colonie, le cœur rempli de noirs presseniiments. : Les Anglais, suc-

cesseurs des Hollandais en Amérique, sollicitaient

fortement les Indiens contre nous. Les Iroquois

devenaient insolents, nos alliés eux-mêmes étaient ébranlés.

La guerre reprit en 1684. Elle dura quatorze années. Mais, grâce à Dieu, la Durantaye, Duluth et Perrot qui commandaient sur les Grands Lacs, surent déjouer les menées de nos ennemis, et nous conserver l’amitié des sauvages de l’ouest, dont la défection nous eût été fatale.

Les deux successeurs de M. de Frontenac, MM. de la Barre et Denonville, iucapables ou malheureux, ne réussirent à rien. Les forces considérables dont ils disposaient furent gaspillées, leurs expéditions échouèrent. Les Iroquois se vengèrent d'eux par les terribles représailles qu’on appelle le massacre de Lachine, 1680. Déjà la colonie se croyait à deux doigts de sa perte, quand le retour de M. de Frontenac lui rendit l'espoir. Elle comptait alors onze mille habitants.

La seconde administration de M. de Frontenac s’employa en de continuels et glorieux combats contre les Anglais et les Iroquois. Successivement envahis et repoussés, les colons de la Nouvells.Angleterre se trouvèrent trop heureux de souscrire à la paix de Ryswick, 1697. Les Iroquois, plus tenaces, ne déposèrent les armes qu’en 1700,

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Sans nous attarder à ces grands événements, nous allons raconter ceux qui se rattachent à l’histoire de la vallée de l’Ottawa.

L'année 168$ est pauvre en détails intéressants. Il n’y est fait qu’une fois mention de notre vallée. Au printemps de 1685, vingt Français, sous les ordres de Nicolas Perrot, qui venait d'être nommé commandant des pays de l’ouest, remontaient l’'Ottawa, lorsque, à cinquante lieues de Montréal, soit à dix lieues de la capitale du Dominion, ils rencontrèrent des Outaouais qui leur apprirent que les Outagamis ou Renards avaient détruit les Sauteux.*

L'année 1686, au contraire, fut-signalée par une merveilleuse expédition militaire. La compagnie anglaise de la baie d'Hudson, créée pour faire le commerce des fourrures dans les régions boréales, s'était emparée, contre tout droit, des comptoirs français, établis, dans ces parages, et pour le même but, par la compagnie du Nord dont le siège était à Québec.

La cour de France réclama, mais en vain. Le roi d’Angleterre, dont le trône chancelait, n’était plus capable, malgré sa bonn2 volonté, de se faire obéir de ses sujets indociles.

Dans ces circonstances, la compagnie du Nord pensa que le plus court était de se rendre justice elle-même. Elle demanda donc au gouvernement quelques soldats et un officier pour les commander.

Dans sa séance du 29 octobre 1685, le Conseil Souverain de Québec examina la question, et déclara que, ‘‘ vu l’arrêt du Conseil du roi du 20 mai, qui accorde à la compagnie du Nord la rivière de Bourdon et les terres le long icelle pour faire l’établissement d’une traite de pelleteries et construire des forts, habitations et magasins nécessaires pour le commerce, permettant aussi d'établir des postes sur le lac des Abbitibis et un sur le lac Nemiscou, à condition d'apporter à Québec les pelleteries de la traite, il est décidé que l'arrêt en question aura force de loi.” L'ordre du gouverneur, pour organiser l'expédition, est daté du 12 février 1686. Laissons maintenant la parole à M. Gédéon

*La Potherie, IT, 166,

Catalogne, ingénieur des troupes, qui fut témoin et acteur dans l'affaire.

‘ Les négociants de Québec et Montréal proposèrent de faire un armement pour enlever les trois forts que les Anglais occupaient à la baie d'Hudson. La chose conclue, on fit l'armement, l'hiver de 1686, composé de trente soldats et soixante dix Canadiens, commandés par M. de Troyes, capitaine des troupes ; Duchesnay et Catalogne, pour commander les soldats ; les sieurs de Ste Hélène, d’Iberville, Maricourt et le sieur Lanoue, pour commander les Canadiens. Le Jésuite Père Sylvie, les accompagnait en qualité d'aumônier, le cortège se rendit en traîne sur les glaces, au bout du Long Saut, au commencement d'avril ; et le premier jour de mai, nous arrivâmes à Mattawan, où les deux rivières se séparent, la plus petite vers les Outaouais, et la plus grande au lac de Témiscamingue. De ce lac, nous prîmes à droite, montant une petite rivière où les portages sont fréquents ; et, de petite baie en petite baie, nous gaynâmes la hauteur des terres où se trouve un petit lac qui décharge dans le lac des Abbitibis, à l'entrée duquel nous ffmes un fort de pieux et y laissâmes trois Canadiens. Et ensuite nous traversâmes le lac qui se décharge par une rivière extrêmement rapide à la baie d'Hudson, où nous arrivâmes le 18 juin 1686, avec tous les préparatifs pour prendre le fort. ”

On sait le reste, rien ne résista à nos héros ; les forts furent pris, et, le 10 août, le chevalier de Troyes repartait pour Montréal. Comme les vivres manquaient, l’expédition se divisa en plusieurs partis qui vécurent de leur chasse. Les derniers arrivés rentrèrent en novembre à Montréal, couverts de gloire. *

Les années 1687 et 1688, ne furent témoins d’aucun événement qui soit digne de mention. Hâtons-nous d'arriver à une époque plus mémorable. Les faits que nous allons raconter ont été relatés diversement par plusieurs annalistes, mais les divergences ne portent que sur quelques détails, et les points essentiels sont constants. Nous suivrons la version adoptée par Benij. Sulte dont nous ne ferons que copier, résumer ou traduire les récits.

* Benj. Sulte. Passim,

Après le massacre de Lachine, 5 août 1689, les Iroquois restèrent pendant quelque temps les maîtres de la campagne. Leurs bandes battaient l'estrade sur les deux rives du Saint-Laurent, depuis Vaudreuil jusqu'à Sorel, pillant les fermes isolées, et égorgeant les voyageurs. A la même époque on reçut la nouvelle de la déclaration de la guerre avec l'Angleterre. Tout semblait perdu sans remède. Heureusement, l’arrivée, dans les premiers jours d'octobre, de M. de Frontenac, gouverneur de la colonie, et de M. de Callières, gouverneur de Montréal, changea la face des affaires.

Le 16 octobre 1689, M. de Callières, apprenant que des traitants audacieux avaient entrepris de descendre à Montréal, donna l’ordre au capitaine Duluth de se porter à leur rencontre, avec une trentaine de voyageurs, pour leur servir d’escorte et les défendre. Duiuth conçut l’idée d’un stratagème digne de ces guerres de sauvages. Il prit trois canots, portant chacun dix de ses hommes. Huit d’entre eux se tenaient couchés au fond des canots, évitant d’être aperçus, tandis que les deux autres manœuvraient péniblement de l’aviron. On eut dit des marchands revenus de la traite avec une lourde cargaison.

Déjà ils avaient gagné la tête du lac des Deux-Montagnes, quand, à un détour du fleuve, quatre canots, montés par vingthuit Iroquois, apparurent subitement devant eux.

Duluth et son compagnon, d’Ailleboust de Mantet, mettent aussitôt leurs trois canots en file, pour présenter moins de front ; et, feignant l’épouvante, rament à la côte, comme pour se jeter dans le bois. En voyant ce mouvement les Iroquois font force de rames pour leur couper la retraite et les rejeter en plein courant. Ils y réussirent aisément, comme on pense. En se voyant ainsi coupé, Duluth fait des gestes désespérés, comme un homme qui se sent perdu, et pousse le cri de : Sauve qui peut ! Ses canots font alors volte face, et prennent le large, dans la direction du soleil. Les Iroquois croient déjà les tenir ; ils s’arrêtent et leur envoient une volée de toute leur mousqueterie.

Mais le soleil qu'ils ont en face les empêche de viser juste ; aucun Français n'est atteint. Ceux-ci, cependant, s’agenouillent

à la hauteur de leurs canots, et visent tranquillement leurs adversaires. Au signal de Duluth, tous font feu à la fois, avec tant d'effet, que dix-huit Iroquois sont frappés. Trois canots coulent à fond ; le quatrième, plus éloigné, prend la fuite. On fit deux prisonniers qui furent ramenés à Montréal et livrés aux flammes, en justes représailles du massacre de Lachine.

Cette exécution eut l'effet qu’on en attendait. Les Iroquois effrayés, cessèrent, dès lors, de brûler leurs captifs.

L'année suivante, mai 1690, le capitaine Laporte de Louvigny, nommé au commandement du fort de Michillimackinac, partit pour rallier son poste. il était accompagné de Nicolas Perrot et d’une troupe de cent ciïquante voyageurs canadiens, et de six sauvages Nipissiriniens. Un détachement d’une quarantaine de soldats, sous les ordres de deux officiers : d'Hosta et de la Gemmeraye, leur servai. .’escorte.

La flotille était chargée de précieuses marchandises et de riches présents, destinés aux nations de l’ouest, dont l’amitié pour nous se refroidissait et que Perrot avait commission de regagner à notre alliance. Nicolas Perrot commandait la fletille.

On partit de Montréal le 22 mai, et l’on atteignit, le 2 juin suivant, les chutes et les rapides des Chats, Treize canots Iroquois, chargés de guerriers, y attendaient les voyageurs et leur barrèrent la route. Le combat fut d’abord indécis. Perrot, préoccupé de ses marchandises, avait peur de s'engager à fond. Mais d’'Hosta insista tellement, qu'il obtint qu'on lui donnât la moitié des hommes, l’autre moitié restant à la garde des marchandises. De Louvigny et de la Gemmeraye se lancèrent alors à toute vitesse, sur le gros des Iroquois qui ne purent soutenir le choc et furent mis en pleine déroute. Les ennemis eurent une trentaine d'hommes tués et cinq ou six prisonniers, Quant aux Français, ils perdirent cinq des leurs, appartenant, en grande partie, au canot de la Gemmeraye, qui avait été très éprouvé dans la première attaque, où il formait l'avant-garde.

Ce succès fut si décisif que l’on renvoya à Montréal l’escorte militaire, et que le reste du voyage s’effectua sans contre-temps. L'arrivée de Perrot à Michillimackinac fut considérée comme pro-

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