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CHAPEAU OU SAINT-ALPHONSE DE LIGUORI DE L'ÎLE DES ALLUMETTES

Cette paroisse, la plus ancienne de l’Ottawa supérieur, est restée jusqu'à nos jours la plus importante du comté. On connait la célébrité de l’île des Allumettes, dont le nom #st historique depuis le voyage de Champlain. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons raconté dans les livres précédents ; il suffit de rappeler que, depuis le fort William jusqu’à l’île du Calumet, la rive nord de l’Ottawa et les îles étaient peuplées de blancs et de sauvages mêlés, que les missionnaires de Bellefeuille, Poiré, Moreau, évangélisèrent régulièrement chaque année, dès 1836. Le premier prêtre résidant aux Allumettes fut précisément M. Moreau, qui, de fait, n’y résida guère, comme nous avons vu.

La première chapelle fut commencée par MM. Poupore et Bélanger, en 1840. Elle était située au bout de l’île, près du rapide de Paquet, dans un site ravissant, mais malheureusement peu central.

Pendant l'été de 1844, M. Jeannotte vint aux Allumettes en qualité d'assistant de M. Moreau, auquel il succéda peu après. Il fit terminer l'intérieur de la chapelle et construire quelques chambres adossées à l’église, qui lui servirent de presbytère. Les registres paroissiaux remontent à cette époque, et le premier acte que nous y trouvons est le baptême de l’enfant François Madore, signé de M. Jeannotte (6 janvier 1846).

Le Rév. James Lynch fut nommé, en 1845, vicaire des Allumettes, et, au mois d’octobre 1846, il en devint le curé par le départ de son prédécesseur.

Ce vénérable missionnaire devait y passer sa vie dans l’exercice du saint ministère. Il mourut, comme on sait, plein de jours et de bonnes œuvres, le 16 mai 1886.

La première visite de l’évêque de Bytown aux Allumettes, hiver de 1849, nous a valu de ce grand observateur, les précieuses notes suivantes :

‘ De la Passe aux Allumettes on compte environ 15 milles que nous fimes rapidement. Cette Île a 41,000 acres de terre, et 14 milles de long sur 4% de large. Elle compte environ 150

familles catholiques et 25 protestantes. Les écossais et les irlandais forment les deux tiers de la population, du moins d’après les calculs de M. Lynch qui, en bon irlandais, se figurent aisément que ses compatriotes occupent sur la terre le même rang qu'ils ont dans son cœur.

‘ L'église y est dans un pauvre état, sans clocher, sans jubé, point plâtrée, et d’une grande saleté. Il faut donc la réparer. On espère obtenir du gouvernement une forte indemnité pour le terrain qu’il nous a pris afin de construire un village. La moitié des revenus des terres pourra aussi être employée à cet objet.

‘ Des difficultés s'étaient élevées entre les /rus/ees et M. Poupore, qui dans les commencements avait mis tout en œuvre pour faire la chapelle et loger le missionnaire. Il réclame une centaine de louis que M. le curé et les marguillers ne croient pas devoir lui accorder. Je l’ai fait consentir à laisser estimer le travail par trois arbitres et à en passer par ce qu’ils décideraient.

‘Généralement parlant, les habitants sont pauvres, parce qu'ayant négligé leurs terres, ils sentent tout le poids des mauvaises années. Le nombre des familles, des baptêmes et des mariages est à peu près celui du Calumet.”

La mission de M. Lynch à cette époque s’étendait sur un vaste territoire ; il visitait tout le haut de la rivière, à plus de cinquante milles depuis Pembroke jusqu’à Sheen, à Point Alexander et à Rockliffe ; il fallait à ce prêtre courageux une santé à toute épreuve pour résister aux fatigues d’un tel ministère.

Dans sa visite de février 1850, Mgr. Guigues adressa aux fidèles des Allumettes un mandement tout rempli des plus sages et des plus paternels conseils : ‘J'ai rougi, disait-il, en pensant à la nombreuse population de cette mission, de voir l’état de délabrement dans lequel se trouve votre chapelle. Mettez-vous donc

vaillamment à l’œuvre, suivez l'exemple des courageux fidèles de

Pembroke, du Calumet et du Portage-du-Fort. Afin de faciliter les confessions dans les deux langues, je désire que les curés du Calumet et des Allumettes viennent quatre fois l’an s'offrir réciproquement au choix des canadiens et des irlandais. Qu'il n’y ait point parmi vous de contentions ni de rivalités de races. ‘N'’êtes-

vous pas tous catholiques ? J'apprends que plusieurs se découragent et veulent abandonner leurs terres. Gardez-vous de succomber à cette dangereuse tentation. Vous aurez partout des peines, mais vous ne serez nulle part aussi bien qu'ici, sur la rivière, à la porte des chantiers. Rien n’est désastreux comme le manque de constance et de stabilité.”

Nous avons vu dans l’histoire de Pembroke que Mgr l’évêque avait été obligé, pour prévenir des troubles, à propos des processions des orangistes, de commander aux fidèles la paix et l’obéissance aux lois. Ce mandement (8 juin 1852) s’adressait également aux catholiques des Allumettes, et ceux-ci se montrèrent, comme leurs frères du Haut-Canada, dociles aux recommandations de leur premier pasteur.

Le 16 mai 1853, un effroyable incendie ravagea l’île entière, détruisit les bois et un grand nombre de granges et de maisons d'habitation. La chapelle n’échappa point au désastre général. Que faire dans cette calamité? Avoir recours aux habitans était impossible, puisqu'ils étaient plongés dans la misère. M. Lynch prit une grande résolution, il quitta sa demeure et s’en vint tendre la main à Montréal, à Québec et aux Etats-Unis. Des cœurs charitables en grand nombre se laissèrent attendrir par le bon missionnaire qui revint dans sa paroisse avec une ample récolte de dollars. Malheureusement, l'excellent homme manquait des talents d’un administrateur.

On profita de l'incendie pour reconstruire l’église dans un endroit plus central, au village de Chapeau, où Mgr. Guigues acquit une terre de 130 arpents, achetée pour la somme de 80 louis à un M. Kennedy qui la tenait du gouvernement. Pendant les travaux de construction, le service divin fut célébré dans un pauvre petit local où la foule des fidèles ne pouvait point tenir. Au commencement de 1857 (5 février) la nouvelle église des Allumettes fut bénite et livrée au culte. C'était un monument d’une grande simplicité, de 80 pieds sur 40, sans compter la petite sacristie, servant de presbytère, de 24 pieds sur 18. La construction n’en était point très soignée et les sommes qu’avaient rapportées M. Lynch auraient dû suffire et au-delà, à payer tous les frais,

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