‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa [microforme] (volume 3)Chapitre 141 sur 275 · SAINTE-ANNE DE L'ÎLE DU GRAND CALUMET · texte numérisé non relu

SAINTE-ANNE DE L'ÎLE DU GRAND CALUMET

L'île du Calumet est peut-être la plus pittoresque de l’Ottawa. Longue de 16 milles et large de 6 en moyenne, elle est montagneuse en aval, unie et fertile en amont, Malheureusement, un violent incendie en a transformé une partie (6 milles sur 3) en un brûlé stérile. On trouve dans l’île des mines d'argent où travaillent encore aujourd’hui une quarantaine d'ouvriers. Un beau pont de fer unit le Calumet au village de Bryson, chef-lieu du comté ; c'est au bas de ce village, sur l’île que M. Joseph Bourque, entrepreneur du presbytère du Calumet et de l’hôtel-de-ville de Bryson, érigea à la mémoire de Cadieux, le voyageur poète, un monument en marbre blanc, pour remplacer la vieille croix de bois plantée sur sa tombe. C’est à Bryson que commencent les fameux rapides

des Sept Chutes si célèbres dans les récits des voyageurs. L'autre chenal de l’Ottawa sur la rive d'Ontario, est peu navigable, mais d'une merveilleuse beauté ; le rapide du Rocher-Fendu et les îles nombreuses dont il est semé ravissent d’admiration des rares touristes qui s’'égarent dans ces parages reculés.

Des anciens sauvages, maîtres du pays, il ne reste plus que 16 familles de métis. La population du Calumet est de deux cents familles donnant, chose invraisemblable, même au Canada, un chiffre total de quatorze cents âmes.

Nous n'avons point à répéter ici ce que nous avons dit plus haut au livre deuxième de cet ouvrage, sur l’histoire primitive de cette île. M. l’abbé Moreau fut le premier missionnaire résidant, ‘si tant est qu’il mérite ce nom, de cette partie du pays. Il visitait le Calumet une fois par mois. La première chapelle en bois y fut commencée en 1843, grâce à la générosité d’un bourgeois de chantier, M. Brizard; sur un terrain de cinq arpents qu’il donna. Elle avait 70 pieds de long sur 35 de large à l'extérieur, mais à l'intérieur elle n’en comptait que cinquante, car le reste servait au missionnaire de presbytère et de sacristie.

À M. Moreau succéda M. Jeannotte (1845) et à celui-ci M. - Groulx, qui s'installa au Calumet, tandis que le Rév. James Lynch s'établissait dans l’île des Allumettes. C’est avec M. Grouix que commencent les registres de la paroïisse. Le premier acte qu’il signa fut le baptême d’un enfant de la Passe, Délina Marion, 16 octobre 1846. Il s’intitulait missionnaire de Sainte-Anne du Calumet et de Saint-Alexandre des Chenaux.

On doit à M. Groulx le lambrissage intérieur de l’église, la pose des bancs et l'acquisition d’une cloche. Il avait établi sa demeure dans les appartements de la sacristie. Après son départ, (15 septembre 1847) Mgr. Bourget envoya au Calumet un autre jeune prêtre, M. Saint-Aubin (7 octobre 1847) qui y demeura jusqu’au 10 septembre 1849 et desservit simultanément la Passe, le Portage et Bristol.

Lors de la fondation du nouveau diocèse de Bytown, Mr. Saint-Aubin demanda son rappel à Montréal, et fut remplacé par un jeune français nouvellement ordonné, M. Joseph Bouvier (19

septembre 1849.) En novembre 1650, M. Bouvier eut un vicaire, français également, M. Perret qui ne fit que passer car l’année suivante (avril 1851) ilrentra à Bytown pour y mourir de consomption. M. Bouvier est un des prêtre qui a le plus fait pour le diocèse. Dans toutes les paroisses où il passa, et elles sont nombreuses, il laissa des preuves de son zéle et de ses talents. Mgr. Guigues dans ses écrits ne parle jamais de lui qu’en termes les plus flatteurs. Au Calumet, il termina l’intérieur de l’église, érigea le chemin de la croix (3 février 1850) et bâtit un joli presbytère, lequel, malheureusement, à peine terminé, devint la proie des flammes. M. Bouvier n'eut point le temps de le reconstruire, car en septembre 1851 il fut nommé à Aylmer, et un jeune prêtre, vicaire d’Aylmer depuis cinq mois et demi, M. Ouellet, vint prendre sa place à l’île du Calumet. .

Ce fut la première et unique paroisse de ce prêtre vénérable qui mourut après 40 ans de ministère, 27 avril 1891.

Dans la première visite que fit Mgr. Guigues sur le haut de l’'Ottawa, hiver 1849, il écrivit ses observations sur chacune des missions qu’il visita. Voici celles qui regardent la paroisse du Calumet :

‘Nous nous sommes rendus de là au Portage-du-Fort, où une vingtaine de voitures du Grand-Calumet nous attendaient pour former l’escorte de l’évêque. Depuis ce moment, tous les lieux que j'ai parcourus l'ont été à peu près avec une escorte anssi nombreuse. (C'était là un témoignage de la foi du peuple, mais ce témoignage devenait plus touchant encore lorsque nous rencontrions des maisons sur notre route, et que nous voyions, à une distance de plus d’un mille, en sortir ceux qui les habitaient attendant à genoux la bénédiction de l’évêque qu'ils pouvaient à peine voir à une si grande distance. Le soir j'arrivai au Calumet. Voici les notes qui regardent cette mission. Quelles sont les missions desservies par M. lc curé. 1° La Passe qui, avec le fort Coulonge, compte de 40 à 50 habitants canadiens ; 2° le Portagedu-Fort, 18 familles ; Litchfield, 20 familles ; Bristol, 40 à 50 familles ; Onslow, de 60 à 80 familles. Le nombre des catholiques du Calumet est de 140 à 150 familles, Il y a environ une tentaine

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de familles protestantes au Calumet. A la Passe ainsi qu’à Onslow ilyenatrès peu. Dans toutes les autres localités on en compte un grand nombre.

‘* Les revenus de l’église du Calumet consistent dans la vente des bancs et dans le casuel qui rapportent environ $o louis. Il reste 25 louis de dette. M. Brizard a donné par écrit, 4 arpents de terre à l’église, mais l’acte n’en est pas encore passé devant notaire. J'ai dit à M. le curé de régler cette affaire.

M. Daly avait promis a M. Lynch 25 arpents de terre pour le curé dans le canton de Litchfield (Vinton), et dans un lieu peu éloigné et, dès lors, très convenable. J'ai chargé M. Saint-Aubin de faire mesurer ce terrain et d’en envoyer le plan à M. Lynch, pour qu’il demande a M. Daly le contrat en règle.

‘ La chapelle à 75 pieds de' long sur 35 de large. Elle est située dans une belle position. Les appartements du missionnaire sont pris derrière l’autel. La voûte n'est point faite, mais le bois en est préparé. Il est impossible de le faire d’une manière convenable parce qu'elle sera trop basse. Le clocher qui domine l’église a été fait par M. Groulx. La population lui en garde de la reconnaissance.

‘ J'ai passé trois jours au Calumet. La population a montré du zèle, et la plus grande partie a pris la tempérance. L’île du Calumet a environ 16 milles de long et 5 de large. Elle formera, à elle seule une paroisse par la suite, si les canadiens, selon leur usage, ne vendent pas leurs terres après s'être épuisés à les faire. Il y a beaucoup de terres excellentes. Les meilleures sont prises, il est vrai, mais il en reste encore beaucoup de bonnes à défricher ou à prendre. Le nombre des irlandais y dépasse celui des Canadiens. Il y a une seule école au Calumet qui est dirigée par un instituteur catholique, mais elle n’est suivie que par une trentaine d'élèves. Le prêtre n’y reçoit pas un nombre suffisant de messes. Il n’y a pas de désordre saillant au Calumet. Les protestants y vivent en bon accord avec les catholiques.”

M. Bouvier, comme nous l'avons dit, fit au Calumet, pendant le peu de temps qu'il y resta, de grands travaux d'amélioration. Aussi dans son mandement de visite du 24 février 1850, l’évêque

de Bytown félicita-t-il les paroissiens de leur zèle pour l’église. La voûte, le lambrissage et l'autel étaient achevés ; un beau chemin de croix avait été acheté et érigé, le tout, dans l’espace de quelques mois. Mais la sacristie qui avait jusqu'alors servi de presbytère, ne convenait plus à cet usage, et il était temps de construire une maison de 36 pieds sur 25. ‘‘ Vous avez bâti une école, ajoutait le prélat, c’est bien, mais il faut un maître. Enfin vous devez nommer également des marguilliers qui se chargeront de faire rentrer le support du curé car, pour lui, il ne peut absolument point s’en occuper. Ses nombreuses missions et sa dignité personnelle l’en empêchent.”

Nous savons que, dociles à la voix de leur évêque, les fidèles du Calumet se hâtèrent. de construire un presbytère, lequel brûla presque aussitôt.

M. Ouellet successeur de M. Bouvier fut le vrai type du missionnaire de cette époque. D'une taille et d’une force plus qu'ordinaires, familier avec tout le monde, simple et naïf comme un enfant, aucune fatigue n’était capable de refroidir son zèle ou d’altérer sa bonne humeur. Il avait un goût si prononcé pour les ornements et la pompe du culte que l’évêque dut maintes fois modérer son extrême ardeur. Ce prêtre passa son existence dans des exercices corporels vraiment incroyables. Not content d’aller chaque hiver, visiter les chantiers à plus de 60 milles dans les montagnes, il montait, au printemps, sur les cages et les radeaux qui s’arrêtaient devant son île ; et pendant toute l’année, il desservait à cheval ou en canot, un grand nombre de missions. C'est ainsi que chaque mois il disait la messe à la Passe, à 16 milles et au Portage-du-Fort, à 11 milles. Quant aux missions de Bristol et de Thorne, il les visitait tous les deux et trois mois. Lorsque, après trois ans de desserte, le Portage-du-Fort lui fut enlevé, il se hâta de créer la mission nouvelle de Francktown ou Vinton, en face de son île, dans le canton de Litchfield, à 6 milles du Calumet, qu’il conserva pendant 26 années.

Lorsque, en 1858, un curé résidant fut envoyée à la Passe, M. Ouellet fonda, à 15 milles dans la montagne, la mission de Leslie qu'il desservit 16 ans. Il y alla d’abord quatre fois par

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