‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa [microforme] (volume 3)Chapitre 155 sur 275 · ARTE · texte numérisé non relu

ARTE

ee.

RAD Re: NE TS NS EC EE. CRE

vage. J'entendis celles de quelques canadiens et irlandais des chantiers qui s'y étaient rendus, distritruai, le lendemain, les cendres à tous, et donnai la confirmation à quelques-uns. Puis nous partîmes avec les mêmes honneurs qui nous avaient été rendus à notre arrivée.

‘# L’étendard était déployé, les coups de fusils se faisaient entendre, les cris de joie et les démonstrations extérieures des sauvages nous disaient leur bonheur et leur joie. J’emportai avec moi une pétition, écrite de leurs mains, et signée par eux sur de l'écorce de bouleau, pour la présenter à la législature, afin de demander encore plus fortement que le terrain qu’ils réclamaient leur fût accordé, et qu'il leur fût permis de coloniser et de cultiver une place que le manque de pêche et de chasse leur rend indispensable pour leur subsistance. Nous traversâmes, en revenant, d’un bout À l’autre, cette belle terre. Elle a environ 6 lieues d’étendue, sur la Gatineau, et trois ou quatre lieues dans Îes profondeurs. Elle est placée entre les rivières de la Gatineau, du Désert et de l’Aigle. Le terrain est généralement uni et de très bonne qualité. Si nous sommes assez heureux pour obtenir cette concession de la part du gouvernement, nous aurons une des plus belles positions imaginables pour réunir les sauvages, leur apprendre à travailler et défricher la terre ; et nos missionnaires y trouveront ample occasion d’exercer leur zèle apostolique. Une quinzaine de familles y était déjà réunie, et avait profité de tous les secours religieux que nous avons été heureux de leur distribuer. Le soir, nous étions de retour chez notre conducteur, où nous dîmes la messe, confessâmes et confirmâmes quelques personnes. Mon voyage sur la Gatineau était terminé.

‘# Je me dirigeai, le lendemain, vers la rivière aux Lièvres, par le grand lac des 31 milles, et nous prîmes notre Jogement au poste de la compagnie, qui est situé sur le lac des Sables. Nous eûmes À traverser, pour: y aller, six lieues du plus mauvais terrain que nous eussions encore eu à parcourir. Je ne pense pas qu'il soit jamsis possible de former, dans cet endroit, une mission qui soit tant soit peu considérable. Au poste, nous commençâmes à sentir le pays civilisé dont nous nous rapprochions. La bonne dame,ayait préparé dans sa maison une chapelle, les mets y étaient

un peu plus délicats ; mais notre bon frère Peter les trouvait trop spirituels. * Il y avait des délicatesses, il est vrai, mais comme quelque chose devait toujours manquer dans ce voyage, il n’y avait que très peu de substantiel, en sorte que le pauvre Pierre, pour apaiser sa faim, eut besoin de recourir à sa besace. Quant à nous, le travail nous faisait oublier le jeûne, et ce qu'il y avait de trop spirituel dans la nourriture. Cette place nous parut convenable pour une chapelle. Je dis aux habitants de prendre possession d’une terre de 200 arpents pour l’usage du missionnaire. Un des habitants nous fit don du travail qu’il avait fait dessus. Je fis nommer trois commissaires d'école pour obtenir, s’il était possible, quelques secours du gouvernement, pour bâtir la chapelle et l’école et pour encourager les habitants à continuer à dèfricher le terrain de l’église. (L'église a été construite à cinq milles plus bas. C'est Notre-Dame du Laus).

‘4 Nous nous rendîmes, de là, chez M. Foubert, à six lieues endessous, sur la rivière aux Lièvres (Notre-Dame de la Garde) où nous donnâmes les exercices de la mission. Je les encourageai à prendre possession d’un terrain convenable, situé près de la maison de M. Foubert, pour bâtir une chapelle, et pour le prêtre catholique. Je nommai des commissaires, ainsi que je l'avais fait au poste, et me rendis, le lendemain, à Buckingham, chez M. le curé. (Il ne s'arrêta pas au village actuel de la Salette, qui est récent). J'y passai le dimanche matin. J’allai, le soir, commencer encore une petite mission sur la rivière Blanche, entre la Gatineau et Buckingham (Perkin’s Mills).

‘Rien ne paraissait, au commencement, devoir m’encourager à parler d’une chapelle dont je sentais, pourtant, la nécessité, car j'espère que, sous peu d’années, le nombre d'habitants y sera assez considérable pour y former une mission. Les exercices et la grâce de Dieu eurent bientôt applani les difficultés. Les fidèles acceptèrent le lendemain, avec empressement la proposition que je leur fis de bâtir une chapelle. Un catholique donna trois arpents de terre pour cet objet, un autre en a promis trois autres, et M.

* Peter Brady, frère convers oblat, compagnon de Monseigneur.

Perkins, propriétaire d’un moulin à scie et à farine, m'a offert une terre dont il avait déjà défriché une quinzaine d’arpents.

‘Il m'a promis, de plus, de donner 25 à 50 louis de bois, pour la construction de la chapelle. Ces offres ont grandement encouragé la population, et ils m'ont promis de mettre de suite la main à l’œuvre. Tout semble donc offrir, tant à la rivière Blanche, que dans les autres localités où j'ai marqué des chapelles, l'espoir qu’elles arriveront à bon terme. Mais je ne dissimule point que la présence du prêtre pourrait seule en donner l'assurance ; car le peuple est enfant, et quand il n’a plus la main qui le pousse, il retombe dans sa faiblesse.

‘ Le lendemain, au soir, j'étais rentré à Bytown, après quinze jours d'absence.

‘{ J'ai pu remarquer, dans ce voyage, que tous les territoires situés sur la rivière aux Lièv-es et sur la Gatineau, offrent sous tous les rapports, de grandes difficultés à la colonisation. Le terrain est montagneux, beaucoup de terres sont arides, les communications sont bien difficiles ; il n’y a encore que peu de moulins, et le prêtre y apparaît très rarement. Mais j'ai pu remarquer, d'autre part, que sous bien des rapport, il était à désirer et possible de coloniser ces lieux, plus aisément que beaucoup d’autres, les chantiers qui y sont établis donnant la facilité de vendre l’avoine et les légumes à un très haut prix. Les habitants peuvent faire des billots pendant l'hiver, et les vendre. Les catholiques y sont dans une position heureuse pour leur foi, car ils sont éloignés du contact des villes et des protestants ; ils y vivent indépendants sur la rivière et sur leurs terres. Déjà des centres de populations y sont formés, des chapelles vont bientôt s’y trouver érigées, et le prètre ranimera tout, par sa parole, ses exemples et l'influence extraordinaire qu’il exerce.

‘Mais ce que j'ai pu remarquer mieux encore, c’est le bien immense que l’on peut faire au milieu de ces populations. Ma visite a été vraiment une visite de missionnaire, ou, si l’on aime mieux, d'évêque missionnaire. Visiter les malades sur la route et leur donner les consolatious de la religion ; baptiser un grand nombre d'enfants ; prêcher souvent, quatre ou cinq fois dans la

journée ; confesser des personnes qui presque toutes venaient de loin, et un grand nombre de très loin ; bénir des populations toujours heureuses de voir un prêtre, mais mille fois plus heureuses de voir l’évêque qui les visite : tels sont queiques-uns des biens que cette apparition a dû produire. J'ai, par là, acquis une connaissance entière de ces localités, confirmé 160 personnes ; fait communier plus de 600 ; reçu dans la société de tempérance 250 ; marqué la place de cinq chapelles. Ce peuple que l'éloignement du prêtre rendait étranger à bien des pratiques religieuses, a senti sa foi renaître, et s’est résolu à embrasser ces pratiques, dont on lui ont a fait sentir toute l'importance. Un juste sentiment de confiance a pénétré dans son cœur, car il ne se croit plus abandonné comme auparavant ; il bannit le découragement, prend espoir dans son appui naturel, l’évêque, et s'attache à la terre.

“Quant à l’évêque, il fait reprendre à la religion son rôle légitime, qui est de tracer la voie et de diriger le mouvement, poussant les peuples au bonheur éternel, tout en leur procurant les avantages naturels attachés à une vie chrétienne, laborieuse et frugale.

‘Mais on ne peut se le dissimuler, l’œuvre n’est encore qu'’ébauchée. Pour la faire avancer il faut nécessairement la présence d'un prêtre afin de fortifier les catholiques déjà établis sur ces terres, et surtout afin d’en attirer d’autres, car le canadien ne se résigne à quitter sa terre et sa famille que lorsqu'il peut s’abriter au pied de la croix et de la chapelle : heureux sentiment qu’il convient d'entretenir.”

Page 1