L'ANGE-GARDIEN D’ANGERS
Dès 1851, M. Brady commença à visiter cette partie du canton de Buckingham, qui forme actuellement la paroisse de l’Auge-Gardien, et à dire la messe dans des fermes isolées, au milieu de la forêt. Le pays était alors ravagé par un certain bourgeois de chantier, suisse* du nom de Sicard, qui avait entraîné dans son apostasie un petit nombre de familles ignorantes, que la misère mettait à sa merci. En 1854, M. Michel, vicaire de Buckingham, vint prêcher contre l'hérésie, et n’eut point de peine à arrêter les progrès de la contagion, sans parvenir, toutefois, à ramener au bercail les pauvres égarés, qui restent, encore aujourd'hui, obstinés dans leurs erreurs, au milieu d’une population fidèle et excellente, sous tous les rapports.
M. Michel construisit deux chapelles à l’Ange-Gardien. La première était située sur une terre occupée actuellement par M. Samuel Kilby. Elle n'eut point l’heur de plaire à tout le monde, car il arriva là, Comme en beaucoup d’autres missions, qu’une partie de la population se prétendit iujustement traitée, et refusa de se rendre dans une église qui lui paraissait peu centrale. Ce mauvais vouloir de certains catholiques entraîna des querelles et des contestations sans fin. Trois ans plus tard (16 février 1857) Mgr. Guigues fut appelé pour faire le règlement définitif de,cette
* On donne le nom de Suisses aux canadiens qui se font protestants. Il parait qu'aux premiers jours de la conquête, les anglais firent venir quelques calvinistes de Genève pour leur servir d'interprètes auprès des populations françaises. De là le nom de suisses donné aux protestants de langue fran- Çaise,
question, et pour choisir lui-même un nouvel emplacement qué chacun devait accepter sans arrière-pensée.
Or, il arriva que, au coin du chemin de Bytown et de la rivière de la petite Blanche, deux citoyens, MM. Moujon, offrirent de donner 8 arpents de terre, et de construire une chapelle de 36 pieds sur 24. Mgr. accepta leur proposition qui paraissait fort avantageuse, et donna ordre à M. Michel, alors curé de Cumberland, de faire procéder immédiatement aux travaux. La nouvelle chapelle fut donc bâtie, mais pas plus que la première, elle ne rallia l’unanimité des suffrages ; les murmures recommencèrent, et les esprits se trouvèrent plus divisés que jamais.
Nous verrons comment il était réservé à M. Chaine d'établir la concorde et de jeter les fondements des édifices paroïissiaux, au village même de l’Ange-Gardien (1860). Il y avait alors, dans la mission, 125 familles catholiques.