LES OUTAOUAIS
Var De Lauzon prenait le gouvernement de la colonie MEIRET ïune époque critique de notre histoire. Les | Iroquois, n'ayant plus devant eux que les Français, battaient la campagne, et les tenaient comme assiégés dans leurs forts. Ceux-ci ne sortaient que bien armés; ils n’osaient plus labourer la terre, où, s'ils ouvraient quelques rares sillons, c'était, chaque fois, au péril de la vie.
Heureusement, en 1653, une paix ou plutôt, une trêve fut conclue avec quelques-unes des nations iroquoises. L'année suivante, le retour d'Europe de M. de Maisonneuve, qui amenaïit avec lui une centaine de personnes, releva encore les courages. 11 était temps : ‘‘ Le magasin de Québec, dit le Père Lemercier, n’a pas acheté un seul castor depuis un an. Aux Trois-Rivières, le produit du peu qu’on en a reçu a été employé pour fortifier la place, où l’on attendait l'ennemi. Dans le magasin de Québec ce n’est que pauvreté. ”
Québec, dès cette époque, était réduit au rôle d’entrepôt des marchandises de France. Quant à la traite, elle se faisait surtout aux Trois-Rivières, et un peu à Montréal qui grandissait. On comprend, sans peine, que le commerce n'avait pu survivre à tant de guerres. De 1640 à 1648, la rivière Ottawa avait été gardée par les Iroquois, qui campaient au lac des Chênes, et qui montaient, parfois, jusqu'aux Allumettes. La Gatineau était fermée Hi également. Le commerce qui se fit à cette époque, si
tant est qu’il y en eut, dut prendre la route de la rivière du Moine, ou de quelque autre, plus à l’ouest. Les sauvages atteignaient ainsi les sources du Saint-Maurice d’où ils descendaient aux Trois- Rivières. On vit, à la traite de 1646, aux Trois-Rivières, suatrevingts canots de Hurons. Comment étaient-ils venus ? Assurément par ce chemin, car le journal des Jésuites l'indique assez clairement . ‘‘ Ondiouharea quitta la grande bande et voulut aller par le grand lac ; il fut attaqué par l’ennemi. Ils étaient deux canots. Deux hommes se sauvèrent.”” Donc la grande bande prenait, pour s’en retourner, non pas le grand lac Saint-Pierre, mais la rivière Saint-Maurice.*
Tel était l’état de la colonie lorsque la paix de 1653 lui procura un peu de repos. Au milieu de ces calamités, néanmoins, nos voyageurs et nos coureurs des bois n'étaient point restés inactifs. Ils étaient arrivés, de proche en proche, jusqu'aux Grands Lacs, et avaient noué des reiations avec les sauvages de l’ouest. C’est à partir de cette époque que les Outaouais apparurent sur la scène de l’histoire.
Les Outaouais, appelés aussi Cheveux-Relevés, étaient Algonquins. Champlain les avait rencontrés à l'embouchure de la rivière Française, occupés à la cueillette des bluets ; mais leur résidence habituelle était le comté actuel de Bruce, les îles de la baie Georgienne et la grande île Manitoualin.
La ruine des Hurons provoqua l’'émigration des Outaouais qui s’enfuirent vers l’ouest. Accompagnés de quelques Hurons et des débris de la nation du Petun, ils traversèrent le lac Michigan et vinrent se fixer sur les bords de la baie Verte. Ils se répandirent insensiblement autour des lacs, et bientôt leur nom fut attribué, par les Français, à toutes les tribus algonquines des Grands Lacs. Ils faisaient la chasse, achetaient et vendaient des fourrures sur une étendue de quatre à cinq cents lieues. D'abord timides, ils s’aguerrirent, devinrent puissants, et se rendirent redoutables, même aux Iroquois.
Ces sauvages, voyant leur commerce réduit à néant, envoyèrent, du fond de la baie Verte, vers l’est, deux des leurs pour
* Journal des Jésuites, 1646.
avoir des nouvelles des Français. Ces deux ambassadeurs remontèrent donc la rivière Française et le lac Nipissing, et descendirent la Mattawan jusqu’à son embouchure. Puis, au lieu de descendre l'Ottawa, ils prirent, en amont, jusqu’au lac Temiscamingue et aux sources, d’où ils gagnèrent aisément les sources du Saint-Maurice qui ne sont pas très éloignées. Par le Saint-Maurice ils descendirent ensuite aux Trois-Rivières, et des Trois-Rivières à Québec, où ils arrivèrent sans encombre, à la grande admiration de la colonie. Ils suivirent la même route à leur retour, 1653.