‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 5)Chapitre 36 sur 199 · MISSIONS SAUVAGES · texte numérisé non relu

MISSIONS SAUVAGES

Novs avons raconté dans un chapitre précédant, l'histoire des missions chez les sauvages de l'Ottawa, jusqu'à la date de 1840. Ces missions ne duraient, chaque été, que quelques semaines. M. Moreau en était spécialement chargé. Entre temps, il visitait les catholiques disséminés dans la vallée de l'Ottawa, et rendait à Mgr. Phelan, alors curé de Bytown, d'éminents services, comme nous avons vu.

t Augustin- Alexandre Brunei, oblat, né à Royan, France, en 1816 ; ordonné à Longfueil en 1844 ; missionnaire sur l'Ottawa, au Saguenay, à Bourbonnais, Illinois, contre l'apostat Chiniquy ; mourut à l'église Saint-Pierre de Montréal, le 17 juin 1866. Il fut un des meilleurs missionnaires de la congrégation des oblats.

î Thomas Fitzhenry, oblat ; ordonné à Montréal le 29 août 1847 ; vicaire à Saint-Hyacinthe, 1856 ; curé de Saint-Paul de Toronto.

Quant à M. Poiré, il était curé de Saint-Joseph de Lévis, et ne remontait, que pour peu de jours, notre rivière. On avait recours à lui à cause de sa connaissance des langues sauvages qu'il avait apprises au Nord-Ouest.

Nos deux voyageurs partirent donc ensemble pour leur premier voyage au Témiscamingue, le 22 mai 1839 ; et ils rentrèrent à Montréal, le 10 septembre suivant, après des travaux couronnés de succès.

L'année suivante (juillet 1840,) M. J.-B. Bourassa fut adjoint à nos deux missionnaires, et il monta avec eux jusqu'au Grand- Lac.

En 1841, M. Moreau eut pour compagnon un prêtre de Québec, M. Payment, lequel était chargé d'une mission importante. En eflfet, après que nos missionnaires eurent remonté ensemble jusqu'au lac Témiscamingue, ils se séparèrent ; et tandis que M. Moreau redescendait l'Ottawa, M. Payment, accompagné d'un jeune sous-diacre, M. Olscamps, «poursuivit sa route par le nord-est, explora successivement les sources de l'Ottawa, de la Lièvre, de la Gatineau et du Saint-Maurice, visitant les sauvages qu'il rencontra, et alla par ce dernier cours d'eau, débarquer aux Trois-Rivières.

L'année 1842, les sauvages furent visités par MM. Moreau, Poiré et Olscamps.

En 1843, M. Moreau emmena avec lui, dans le haut de la rivière, le Père Duranquet, un des jésuites récemment arrivés au pays. Quel était l'objet de son voyage ? Nous l'ignorons. Ce qui est certain c'est que Mgr. Bourget comprenait mieux que jamais l'urgence qu'il y avait de confier ces missions à quelque congrégation religieuse. Il s'adressa alors aux Oblats, qui acceptèrent, comme on sait, la triple charge des sauvages, des chantiers et de Bytown.

L'année suivante (1844,) fut la dernière année des missions de M. Moreau. Ce vaillant missionnaire allait être, (1845,) nommé curé des Cèdres. Il partit accompagné de M. Morrisson, futur curé de Saint-Cyprien, et sans doute du Père Laverlochère, (4 mai 29 août,) lequel venait, au nom de sa congrégation, visiter, pour la

première fois, ces missions qu'on lui confiait et dans lesquelles il allait user sa vie.

Le 12 mai 1845, le Père Laverlochère partit avec le Père Garin* pour le Témiscaming-ue et l'Abbitibi. C'est de cette époque que datent ces grands et fructueux voyages qui ont rendu son nom si célèbre, dans les annales des missions catholiques contemporaines. En 1846, le Père Laverlochère, accompagné, cette fois, du Père Clément, construisit une chapelle au lac Abbitibi ; il rentra à Montréal, le 25 août, après deux longs mois d'absence.

En 1847, l'intrépide missionnaire, laissant au Témiscamingue le Père Clément son compagnon, s'aventura, pour la première fois, jusqu'à la baie d'Hudson et visita les deux forts de Moose et d'Albany où les commis de la compagnie lui firent un bon accueil. Il revint triomphant, mais écrasé sous le poids des fatigues.

La création du diocèse 'de Bytown allait donner à ces missions, comme à tout le reste, une organisation définitive.

PAROISSES ET MISSIONS DE LA VALLÉE DE l' OTTAWA. 184O-1848.

Nos renseignements sur cette partie de notre histoire, sont extrêmement confus ; les documents nombreux que nous possédons sont souvent contradictoires et peu dignes de foi. On ne saurait croire avec quelle facilité varient les récits des témoins oculaires, et se forment les légendes, dans un pays et dans un temps où les hommes étaient plus soucieux d'agir que d'écrire. Les premiers missionnaires n'avaient point de registres, ou les tenaient peu régulièrement. Toujours en course, plein de zèle pour le salut des âmes, ils manquaient un peu d'exactitude administrative. Nous ne leur en ferons point un reproche, et nous passerons rapidement sur cette période de huit années.

* A.-Marie Garin, Oblat, né le 7 mai 1822 à Côte-Saint-André, Isère, France ; arrivé en Canada le 10 août 1844 ; ordonné à Longueil le 27 avril 1845 ; missionnaire du Saguenay et de la baie d Hudson : mort supérieur de la maison de Lowell, le 16 février 1895.

En Ontario, de 1840 à 1848, il faut noter tout d'abord, les progrès accomplis dans les missions du Rév. M. McNulty. Pendant les années 1843, 1844 et 1845, ce missionnaire, voyant l'immigration irlandaise affluer dans le comté actuel de Renfrew, se mit à visiter les familles disséminées sur cet immense territoire, et construisit, en troncs équarris, les premières chapelles de Mount Saint-Patrick, de Renfrew, de Douglas, d'Osceola et d'Eganville. La chapelle de Sand-Point date de la même époque.

Osceola, alors Snake River, avait été visitée pour la première fois, en 1842, par Mgr. Phelan qui marqua lui-même l'emplacement de la chapelle que. tôt après, le P. McNulty éleva. Ce prêtre eut vraiment pendant neuf ans, de 1843 à 1852, une tâche prodigieuse à accomplir et tout-à-fait au-dessus des forces d'un seul homme.

La mission de l'Orignal prenait aussi rapidement de l'importance. Les canadiens des comtés voisins, de Soulanges et de Vaudreuil, envahissaient le bord de la rivière, depuis la Pointe- Fortune, en passant par les moulins des Hamilton, jusqu'à la baie de l'Orignal. Les catholiques commençaient même à s'enfoncer dans l'intérieur des terres et formaient d'importants noyaux de population dans les cantons de Caledonia et de Plantagenet.

Le comté de Russell n'était encore que légèrement entamé. C'était par Cumberland que se faisait la trouée.

Dans la province de Québec, la mission de Grenville avançait lentement. Les catholiques de ce canton et de Chatham (Saint- Philippe) avaient à lutter contre une active colonisation protestante, et ne gagnaient que pas à pas du terrain.

A Montebello, les côtes de la seigneurie de la Petite-Nation commençaient à s'ouvrir, et les colons montaient dans cette partie qui devait former, bientôt, la paroisse de Saint-André-Avellin.

A Buckingham, M. Brady ne donne qu'une fois de ses nouvelles. Il écrit à l'évêque de Montréal* mars 1842, "qu'il y a dans sa mission six cents communiants, occupés, l'hiver aux chantiers, l'été aux moulins et aux coupes de bois de MM. Bigelow et

* Archives de l'archevêché de Montréal.

Big-elovv et Bowman, soit à Bucking-ham, soit au Bassin. Il fait, deux fois l'an, la mission à Lochaber (Thurso) chez un M. Galipeau, et à quinze lieues environ sur le haut de la rivière aux Lièvres (Notre-Dame de la Garde). Chacune de ces localités comptaient une dizaine de familles.

L'église de Bucking-ham était située près de l'ancien cimetière, de l'autre côté de la voie ferrée. M. Brady habitait un peu plus bas, dans une maison achetée à ses frais, mais trop éloignée du village.

Le curé d'Aylmer était M. Désautels. Il eut pendant quelque temps un compagnon, M. Boisvert, mort curé de Roxton, en 1854, qui ne fit que passer (1841.) Il desservait régulièrement les ég-lises d'Aylmer, de Chelsea, de la Gatineau, et visitait les fidèles disséminés dans la vallée de la Gatineau et dans celle de l'Ottawa jusqu'aux Chenaux, où commençait la mission de M. Moreau.

En décembre 1841 il écrivait à Montréal* que la chapelle du Portage-du-Fort n'était point encore commencée. Quelques semaines après, le 10 janvier 1842, il ajoutait: " J'apprends que l'on compte de trente-cinq à quarante familles catholiques dans les cantons réunis de Bristol et d'Onslow. J'espère que bientôt une chapelle s'y construira. J'ai fait crépir l'égalise d'Aylmer ; je vais y faire placer des bancs. Je pense entrer, la semaine prochaine, dans mon presbytère. L'addition commandée par Votre Grandeur à la chapelle de Hull (la Gatineau ou Chelsea?) avance lentement." Quand il est présent le bon ordre y règ^ne. Malheureusement, pendant son absence, on y voit se renouveler les exploits de Bytown. Le canton de Masham commençait à se peupler à cette époque. Le premier colon de Sainte-Cécile de la Pêche fut un jeune homme, Ovide Bélanger, qui s'y établit avec sa mère et sa sœur. D'autres le suivirent. Pendant quatre ans, de 1841 à 1845, M. Désautels donna, de temps en temps, la mission dans la maison de ce M. Bélanger, qui devint son factotum et son remplaçant. Il reçut même le consentement de mariage de Magloire Morrissette et de Zoé Racine, mariage que M. Désautels bénit plus tard.

* Archives de l'archevêché de Montréal.

En 1845, catholiques de Masham, aidés des MM, Hamilton qui faisaient chantier dans ces parag^es, bâtirent en bois, une chapelle, 30 pieds sur 24, non loin de la maison d'Ovide Bélanger. Un cimetière y fut adjoint.

De 1847 à 1853, M. Ging-uet, curé de la Gatineau, devint le missionnaire de Masham.

Entre les villages d'Aylmer et de la Pointe-Gatineau, avait toujours existé, depuis Philemon Wright, un petit bourg industrieux, connu alors sous le nom des Chaudières. Il était situé, en face de Bytown, sur l'emplacement des grandes manufactures de pulpe actuelles de la E. B. Eddy Company. Un des fils de Philemon Wright, Ruggles Wright, y avait construit un moulin k scie, où travaillaient un nombre considérable d'ouvriers catholiques. Dès 1838, il avait manifesté à M. Brady le désir de construire, en ce lieu, une chapelle, pour l'usage de ses hommes ; et même, pendant quelque temps, le missionnaire y avait fixé sa résidence. Ce ne fut, toutefois, que le 16 septembre 1846, que M. Ruggles Wright concéda deux lots de terre, au coin des rues actuelles Wright et Victoria, pour la construction d'une chapelle. La forêt s'étendait jusqu'au bord de la rivière. C'est sur cette plage désolée que le Père Durocher fit bâtir l'humble maison, dont une partie servait de demeure à la famille d'un batelier, et l'autre prit le titre ambitieux de '* Chapelle des Chantiers". Pauvre chapelle en vérité, mais qui, desservie par des hommes comme les PP. Durocher, Brunet et Bourassa, devint un centre béni pour la jeunesse abandonnée des forêts.

La ville de Hull n'existait point encore ; sa fondation est toute récente. De Hull, le Père Durocher desservit un instant la Gatineau, 1846.

Dès les premiers jours de 1847, la paroisse de Saint-François de Sales de la Pointe-Gatineau eut un curé résident, le Rév. M. Gaspard Ginguet, qui signa son premier acte le 10 février 1847.

Un an plus tôt, le 14 décembre 1845, missionnaire irlandais, le Rév. M. Hughes, avait pris possession de la paroisse de Saint-Etienne de Chelsea. Nous aurons amplement l'occasion de reparler de ces vénérables missionnaires. Cett« date du 14 décem-

bre 1845, n'est point celle de l'installation de M. Hughes, mais du premier acte qu'il signa.

Remontons maintenant, le cours de notre rivière, jusqu'aux missions du Calumet et des Allumettes. Le missionnaire de ces régions était M. Moreau. Sa résidence avait été fixée à Saint- Ligouri des Allumettes, mais nous doutons fort qu'il s'y soit jamais établi. En eflfet, le 11 novembre 1841, il écrivait à Mgr. de Montréal une lettre désolée. " Tout est à l'abandon aux Allumettes. Il y a bien une maison pour le prêtre, mais elle est inhabitable, sans portes ni fenêtres. L'église se trouve dans le même déplorable état." L'année suivante, il demeurait à Bytown jusqu'au printemps de 1843. D'un autre côté, le syndic Poupore écrivait, le 23 janvier 1845, pour se justifier de sa négligence : — " On nous a amusés en nous promettant sans cesse un prêtre résidant. Or M. Moreau, que tout le monde désire posséder, ne fait chez nous, que de courtes missions. C'est pourquoi nous nous sommes découragés ; rien n'a été achevé, les souscriptions ne rentrent point et les bâtiments tombent en ruines."

Ce grand missionnaire visitait, l'été, les sauvages, et devait voyager, le reste du temps, un peu partout. Il faisait la mission régulièrement, chaque mois, au Calumet ; autant peut-être aux Allumettes. La chapelle du Calumet fut bâtie, en 1845, par M. Moreau. C'était un édifice en bois de 70 pieds sur 35, inachevé. L'église n'avait que 50 pieds de longueur ; le reste servait de presbytère et de sacristie. En 1844 M. Moreau eut un assistant temporaire, M. Jeannotte, depuis, curé de Sainte-Mélanie, qui vit encore. M. Lynch arriva à la même époque, leur succéda à tous et desservit deux ans le Calumet, quoiqu'il résidât aux Allumettes. Au bout de ce temps, c'est-à-dire en 1846, Mgr. Bourget nomma M. Groux, curé du Calumet.* Ce prêtre n'y résida qu'un an. Il vécut dans la sacristie, fit lambrisser l'intérieur de l'église, y plaça des bancs et mit tout dans le meilleur état. Après lui, M. de Saint- Aubin, 1847 à 1849, desservit le Calumet,! d'où il visitait la

* Antoine Fleury Groux, né à Saint- Laurent de Montréal en 1820 ; ordonné en 1844, curé en 1846, du Calumet, mort en 1868, curé de Saint- Jérôme.

t Joseph-Sidoine Saint-Aubin, né à Saint-Laurent de Montréal en 1813 ; ordonné en 1844 ; mort en 1866, curé de la Pointe-Claire.

Passe, le Portage-du-Fort et Bristol. Son successeur, M. Bouvier, fut nommé par Mgr, Guigues.

En 1845, 14 février, la petite chapelle des Allumettes comptait dix-huit bancs.

D'autre part, M. Colgan écrivait, le 20 avril 1842, qu'il avait visité les irlandais du haut de la rivière avec le plus grand fruit. Il a trouvé aux Chenaux, M. MacDonell dans les meilleures dispositions. Outre les huit arpents déjà promis pour l'église, il en offre vingt autres et sa maison, à la disposition gratuite du missionnaire. De plus, sur le désir manifesté par son père au lit de mort, il se dispose à bâtir la chapelle à ses frais.

Citons, pour terminer, une lettre du Père Telmon à Mgr. de Montréal. Elle est datée du 25 mars 1845. En voici le résumé : ** Je viens de faire quelques missions dans le haut de la vallée. J'ai laissé à Aylmer le Père Brunet trop fatigué, et j'ai pris avec moi M. Désautels. Il est fort respecté dans son diocèse ; on l'appelle mylord. Nous sommes allés aux Chats dans le Haut-Canada et nous y avons trouvé toutes choses dans le plus lamentable état. Ce côté de la rivière est absolument négligé. Les canadiens y sont en retard dans leurs devoirs religieux d'au moins deux ans. Nos retraites produisent des fruits merveilleux ; nous faisons faire la première communion à une foule de jeunes gens de vingt ans."

De son côté, le P. Durocher venait de donner une mission splendide à la Pointe-Gatineau.

Telle était la situation de la vallée de l'Ottawa, lorsqu'il plut à la Providence de la tirer de sa misère par la fondation d'un nouveau diocèse.

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