‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 10 sur 178 · MYSTICISME AU XVIII« SIÈCLE. IS · texte numérisé non relu

MYSTICISME AU XVIII« SIÈCLE. IS

dans la direction contraire. La religion de Voltaire, avec ses solutions superficielles^ n'était pas de nature à satisfaire les âmes amoureuses du mystère^ qu'attiré la fascination des profondeurs et des abîmes. A celles-là il faut absolument le merveilleux, Tincompréhensible ; l'obscurité, qui rebute les autres^ est précisément le charme qui les séduit; leur foi ne réside pas dans leurs convictions ; elle ne se forme pas par des démonstrations et des preuves. Ce qui domine en eux, ce n'est pas Tintelligence, le besoin de savoir et de comprendre ; c'est le sentiment et l'imagination. Aussi une religion toute nue^ une religion de raisonnement est-elle absolument antipathique à la nature et en^quelque sorte au tempérament de l«»ur âme ; il leur faut l'ombre, les profondeurs mystérieuses où ils puissent égarer leurs rêves, les horizons lointains et indécis où se perdent leurs regards ; il faut qu'ils se sentent en quelque sorte noyés et engloutis dans l'infini. Une religion trop claire cesse d'être une religion pour eux, et, si on leur démontrait Dieu, ils cesseraient d'y croire.

C'est là un des faits les plus remarquables et les plus constants dans l'histoire de Tesprit humain, mais jamais il ne s'est manifesté d'une manière plus éclatante qu'à la fin du xviii* siècle. Plus les philosophes, fatigués de l'obscurité, s'acharnent à dégager la religion du merveilleux, et, par amour de la clarté, nient tout ce qu'ils ne comprennent pas, plus les mystiques semblent prendre plaisir à se plonger et à s'enfoncer dans l'incompréhensible, jusqu'à la théurgie et l'illuminisme. Mesmer, Cagliostro, Saint-Martin, succèdent sans transition à Voltaire et à Diderot.

i^ FRÉDÉRIC-GUILLAUME II.

Mais ce fut particulièrement en Allemagne que cette réaction fut remarquable. Tout le monde connaît les prédications de madame de Krudener, les amours mystiques de Gœthe avec mademoiselle de Klettenberg, ses rapports avec Lavater le prophète, et ces années de sa jeunesse passées dans ce petit cénacle d'illuminés, où Ton cherchait en commun la route du ciel en même temps que Texplication du monde, où Ton se réunissait tout un hiver pour déchiffrer et interpréter VOpus mago-cabbalisticum de Welling, ou YAurea catena Bomeri, sans compter les classiques du genre, Paracelse, Basile, Valentin, van Helmont, Slerckey et les autres. Puis quand on se fut bien pourvu de science cabalistique, on passa aux expériences, et Gœthe vécut une année au milieu des cornues, des ballons, des fourneaux à vent, uniquement occupé à poursuivre la composition du sel aérien ou l'extraction du suc des cailloux.

Tout cela peut nous paraître bien ridicule aujourd'hui, et cependant n'avons-nous pas assisté à la vogue des tables tournantes et des esprits frappeurs? Une fois qu'on est sorti des voies du réel et de l'observable, de quoi peut-on s'étonner? où est la limite pour des imaginations dévoyées, emportées à la poursuite de l'inintelligible? Gœthe du moins n'a pas tardé à se soustraire à cette fascination des ténèbres; mais à côté de lui ce mouvement se continua, et rilluminisme ne tarda pas à recruter de nombreux adeptes.

Le professeur Adam Weishaupt, d'Ingolstadt, avait fondé, dès 1776, une secte d'illuminés. On exigeait des initiés le secret le plus absolu, et, pour s'assurer de

tion gagna rapidement un grand nombre d'adhéel elle devint si puissante qu'elle effraya Fré- [. Il la supprima en 1785 ; mais elle n'en persista jns dans Tombre.

tssociations ne tardèrent pas à prendre un autre

re. Le mouvement d'idées, qui devait quelques

plus tard aboutir à la révolution française^ se

\ait également en Prusse, bien qu'avec moins

[îe. Maïs l'expression en était rigoureusement

e> et ces tendances refoulées par les sévérités

dites du gouvernement furent contraintes de se

er souterrainement. Les mécontents se réfu-

dans les sociétés secrètes, et Tilluminisme poli-

9 joignit à rilluminisme religieux.

es les sociétés secrètes n'étaient pas cependant

I au gouvernement. Quelques-unes semblaient

d'autre raison d'être que l'amour même du

5 ; d'autres s'étaient formées en vue de réagir

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gieuses et peut-être bientôt menaçant pour le trône si on ne le replaçait sous le joug salutaire de la foi.

D'ailleurs le roi avait gardé toute la crédulité de son enfance; il était naïvement religieux^ et il croyait^ comme Louis XIY, expier ses péchés et se blanchir devant Dieu en forçant les autres à accomplir la loi qu'il s'accordait à lui seul le droit d'enfreindre. Aussi se mit-il bientôt à travailler à ce grand œuvre^ sans toutefois renoncer, si ce n'est pour un moment^ à ses maîtresses^ et ses instigateurs se gardèrent bien d'exiger trop rigoureusement un sacrifice qui eût probablement diminué quelque chose de son ardeur. Us se contentèrent de s'emparer de sa faible imagination par toute espèce de fantasmagories, et le public, qui ne comprend guère que les hommes conséquents et tout d'une pièce, remarqua avec étonnement que Frédéric-Guillaume choisît précisément le moment où il était le plus appliqué à réformer la morale publique, pour épouser mademoiselle de Yoss, sans même se donner le temps de répudier sa femme.

Les hommes qui prirent alors le plus de part à l'organisation des affaires ecclésiastiques de la Prusse étaient le général-major Bischofswerder et le conseiller privé des finances de Wœllner. Après une vie assez accidentée, Bischofswerder s'était lié avec Frédéric- Guillaume, encore prince de Prusse, et il s'était si adroitement fauGlé dans sa faveur, que son influence ne le cédait pas même à celle du valet de chambre Rietz, le mari complaisant de Wilhelmine Enke, la future comtesse de Lichtenau. Il avait le don d'attirer la confiance, et il la retenait par la discrétion avec laquelle

BISGHOFSWERDER ET WCELLNER. 47

il savait garder les secrets. A une ambition démesurée, il joignait l'art de se donner toutes les apparences du désintéressement. En réalité, il ne cherchait du pouvoir que le pouvoir lui- môme, et il abandonnait volontiers aux autres le plaisir de faire parade de celui qu'ils croyaient avoir. Cette habileté, unie au mystère dont il savait s'entourer, était, avec un caractère comme celui du roi, tout ce qu'il y avait de plus propre aie mener au but qu'il voulait atteindre.

Cependant il lui manquait quelque chose pour assurer son succès. 11 cherchait depuis longtemps un compère pour l'aider dans ses pratiques auprès de Frédéric-Guillaume, quand il rencontra Jean-Christophe de Wœllner. C'était précisément Thomme qu'il lui fallait.

Ce Wœllner exerçait alors des fonctions ecclésiastiques. Mais il ne fit pas de difficulté pour changer de métier, et, dans l'année 1782, il fut introduit auprès du prince de Prusse en qualité de professeur d'économie politique. C'est par suite de ces fonctions qu'il fut anobli et nommé haut-conseiller privé pour les finances et inspecteur des bâtiments royaux.

Du reste Bischofswerder et de Wœllner se connaissaient déjà depuis longtemps. Ils étaient tous deux initiés à plusieurs des sociétés secrètes qui étaient si nombreuses alors, et particulièrement à celle des Rose- Croix. Ils en abusèrent pour agir sur l'imagination mobile et impressionnable du prince, et pour obtenir ainsi la haute main sur la direction des aCTaires religieuses. Rietz s'adjoignit à eux, et la réforme commença. On comprend sans peine que la prépondérance d'un pareil trio d'intrigants n'était pas faite pour ras-

surer les consciences et pour engager le nouveau règne dans des voies d'où il dût retirer beaucoup de gloire.

Le 3 juillet 1788^ Wœllner fut nommé ministre de la justice, et on lui remit en même temps la direction des affaires ecclésiastiques, ce qui impliquait Téloignement de Zedlitz, dont la fermeté et la dignité déplaisaient aux trois favoris, parce qu'ils désespéraient d*en triompher pour le plier à leurs desseins. Un édit sur les affaires religieuses suivit immédiatement ce changement. 11 parut le 9 juillet, et s'exprimait ainsi en substance :

a On a remarqué avec douleur que depuis nombre d'années le clergé et les docteurs des confessions luthériennes et calvinistes minent les vérités fondamentales de rÉcriture, et que, sous le prétexte menteur de chercher la vérité et d'expliquer aux fidèles la parole de Dieu, ils réveillent effrontément et remettent en avant de détestables erreurs depuis longtemps confondues. Le roi ne pouvait plus longtemps supporter un pareil désordre. Animé d'un sincère amour pour la liberté de conscience, il consent à ne pas priver pour cette fois de leurs fonctions les pasteurs qui se sont laissé entraîner à enseigner le mensonge, mais on espère que désormais ils reviendront aux véritables doctrines et s'y tiendront résolument. D'ailleurs leur enseignement sera activement surveillé, et l'on prendra soin de fermer l'accès de l'Église à tous les candidats dont la doctrine ne sera pas reconnue pure et orthodoxe. C'est le seul moyen de sauver l'Église de rinfiBio« tion. ))

Il est vrai que le gouvernement ne larda pas à recon-

ÈDIT DE CONSCIENCE. 19

nattre Todieux et Tinsuffisance de celte inquisition, qui remettait à la fantaisie de quelques hommes le soin de déclarer la vérité éternelle et de dire à tout un peuple : Voilà ce que tu croiras et voilà ce que tu rejetteras. Cette prétention^ insensée à une époque comme la fin du XVIII* siècle, ne fit qu'exciter de tous côtés des colères trop justifiées, en donnant lieu à mille persécutions et vexations de toute sorte, sans fermer le chemin à aucune hérésie.

Mais les trois directeurs des consciences prussiennes ne voulurent pas en avoir le démenti, et comme il arrive toujours quand on a mis le pied dans l'arbitraire, ils ne trouvèrent pas de meilleur moyen pour soutenir leurs abus de pouvoir que d'avoir recours à un nouvel abus de pouvoir. La compression appelle la compression, par la simple raison qu'à mesure que Ton viole les droits et qu'on irrite les esprits, il faut sans cesse diminuer leur part de liberté, et les réduire enfin à la complète impuissance d'agir, pou' qu'ils n'agissent pas contre leurs oppresseurs. C'est là un engrenage logique auqfuel ne peut échapper aucune tyrannie.

L'édit de conscience étant impuissant et odieux, au lieu de le retirer, on aima mieux le soustraire à la discussion. La liberté delà presse était déjà singulièrement restreinte, car le grand Frédéric, en sa qualité de grand homme, n'aimait pas à être discuté; depuis longtemps il avait habitué ses sujets à ne parler de lui que pour le louer et à n'écrire sur la politique que pour vanter son gouvernement. Mais il n'avait jamais prétendu imposer ses opinions philosophiques ou religieuses, et à cet égard la liberté de penser, de parler et d'écrire,

était complète. C'était là un scandale que ne pou* vaient souffrir les nouveaux réformateurs. Le 19 décembre 1788 parut un édit de censure qui n'apportait aucune restriction nouvelle à la discussion des affaires publiques^ parce que de ce côté on n'avait pas encore découvert qu'il restât quelque chose àfaire^ mais qui soumettait au jugement d'une commission gouvernementale tout écrit traitant de toute autre matière^ et qui condamnait à des peines sévères l'auteur de toute publication faite en dehors de ce contrôle. Cet édit était d'autant plus tyrannique qu'on ne faisait aucune différence des pamphlets aux recherches sérieuses. Les livres étaient soumis aux mômes exigences que les feuilles volantes^ et l'on eût fait les mêmes difficultés pour la publication d'un in-folio écrit en latin que pour celle d'un article de journal.

' Il est vrai que l'organisation des États de TÂllemagne frappait de stérilité tous les efforts du comité de cen* sure. Il eût fallu, pour arrivera un résultat, que l'Allemagne tout entière se fût liguée contre la presse et contre la liberté de la pensée, et cette alliance n'était pas facile à conclure. Il en résultait que ce qu'on ne pouvait pas publier à Berlin se publiait à Hambourg, à Leipzig, à Dresde, et de là revenait envahir la Prusse. Elle était inondée de toutes sortes d'écrits sur les affaires ecclésiastiques, sur l'organisation sociale et politique du royaume, sans qu'il fût possible de leur opposer une barrière sérieuse. Les points sur lesquels le gouvernement était le plus vivement attaqué étaient son intolérance en matière religieuse et politique, la dureté du régime militaire, la mauvaise administration

AFFAIRES DE HOLLANDE. 2i

des finances^ les vices de la perception des impôts indirects et des douanes, le mauvais état et la mauvaise distribution des voies de communication, Taccroissement inique des privilèges de la noblesse. Une des choses qui excitaient le plus de réclamations était encore llnstitution du droit d'étapes ou d'entrepôt qui imposait une nouvelle charge au commerce, en le rendant tributaire d'un monopole odieux.

Pendant que tout cela se passait à l'intérieur, d'autres difficultés se préparaient au dehors. Frédéric-Guillaume avait marié sa sœur au prince Guillaume d'Orange, staihouder de Hollande. Or celui-ci vivait depuis longtemps en mauvaise intelligence avec ses concitoyens. Pour triompher des résistances qui s'opposaient à ses visées absolutistes, il voulait absolument organiser une armée puissante, dont la Hollande n'avait que faire, tandis que les patriotes voulaient relever la marine, dont la sécurité du commerce avait besoin. Le parti populaire s'appuyait sur la France; le stathouder comptait sur l'Angleterre qui voyait avec plaisir décroître la puissance maritime de son ancienne rivale. Aussi l'ambassadeur anglais, sir James Harris ne cessait-il d'encourager la résistance de Guillaume aux réclamations des patriotes.

Ceux-ci avaient pour chefs trois hommes d'un grand caractère, Berkel, pensionnaire d'Amsterdam ; Zeebergen, pensionnaire de Harlem, etGyslaër, pensionnaire de

22 PRÉDÉRIG-GUlLLAUMË 11.

Dort. Le point important était de ruiner leur ascendant sur leurs concitoyens, et pour y parvenir, sir Harris mit tout en œuvre. Il s'appliqua à susciter contre eux les rivalités et les jalousies dans leur propre parti, tandis qu'il poussait le stathouder et sa femme à toutes les mesures qui pouvaient irriter le peuple. Son but était uniquement de ruiner la Hollande par les discordes civiles, et il y réussit au delà de ses espérances. La lutte s'envenimait tous les jours, le désaccord était complet entre les États et le prince d'Orange, et les inimitiés en vinrent au point qu'il devait suffire du plus léger prétexte pour mettre aux prises les deux partis.

Ce prétexte ne tarda pas à se présenter. Le stathouder prétendait avoir seul le droit de sortir du palais parla porte du nord pour se rendre à la salle des États. Le député Gyslaër ayant poussé son cheval sur la route qui conduisait à cette porte, le prince se prétendit outragé, et en profita pour soulever une émeute à la faveur de laquelle il espérait écraser ses adversaires.

Cependant, après une lutte assez prolongée, les deux partis auraient pu s'entendre, et le stathouder, désespérant de vaincre la résistance des patriotes, semblait disposé à accepter les propositions conciliantes qui lui avaient été faites. Mais ce n'était pas le compte de sir Harris. Il se mit en travers de toutes les négociations, par haine de la Hollande et de l'influence française. Ce fut encore lui, qui, au plus fort de la lutte, conseilla perfidement à la princesse d'Orange de se mettre en voyage pour aller de Loo à la Haye* Il comptait que l'impopularité de la princesse donnerait lieu à quelque incident qu'on pourrait faire valoir auprès de son frëre^ le roi de

CAMPAGNE DE HOLLANDE. 2â

Prusse, pour le décider à une intervention armée; ce qui pouvait amener deux conséquences également agréables à TAngleterre, la ruine de la Hollande, et une guerre entre la Prusse et la France. Ses calculs réussirent en partie. Un poste militaire de républicains arrêta la reine à Welche-Sluis, sur la frontière de la province de Hollande, et Tempêcha de continuer son voyage. Là-dessus, grand émoi du parti orangiste. Frédéric-Guillaume, ému de Toutrage fait à sa sœur, demanda réparation à plusieurs reprises, sans pouvoir l'obtenir. Enfin son ultimatum du 9 septembre 1787 n'ayant pas obtenu de réponse satisfaisante, il fit marcker 20 000 Prussiens sur les frontières des Pays-Bas. Ceux-ci, qui comptaientsur la France, furent abandonnés parLoméniedeBriennC) qui avait alors toute influence sur Louis XVI; ils n^étaient pas préparés à soutenir une lutte armée contre une puissance étrangère, et au bout de deux mois ils durent s'avouer vaincus.

Cette rapide campagne, dont le roi ne réclama pas les frais, eut pour résultiit de livrer la Hollande à l'influence funeste de l'Angleterre, car celle-ci n'avait pas encore à cette époque renoncé à cette politique misérable et fausse qui lui faisait voir son avantage dans Taffiiiblissement des autres puissances; mais le roi de Prusse en retira la gloire de paraître aux yeux de l'Europe comme un ar* bitre désintéressé de la paix, et Tarmée prussienne acquit un nouveau prestige. Mais je ne crois pas qu'il faille compter comme un avantage la présomptueuse confiance que lui inspira la facilité avec laquelle elle était venue à bout de cetle insurrection populaire, car celte présomption fut certainement une des causes des

désastres qu'elle éprouva plus tard dans sa lutte contre la révolution française.

Pendant que le roi se laissait entraîner par ses favoris dans toutes sortes d'aventures intérieures et extérieures, qui ne pouvaient profiter sérieusement à Tagrandissement de la Prusse, Hertzberg restait obstinément attaché à la politique de Frédéric II et ne songeait qu'à fortifier son pays contre l'Autriche. Cet homme, vain et présomptueux, avait cependant comme ministre des qualités remarquables. Son intelligence était vigoureuse et son caractère inflexible. II avait fait contre l'Autriche le serment d'Annibal, et s'il eût eu affaire à un roi d'une nature plus semblable à la sienne, il est bien possible que la Prusse eût dès lors pris en Allemagne le rang auquel elle ne devait atteindre que plus d'un demi-siècle après. Il était de la véritable lignée de ce qu'on appelle les grands politiques, c'est-à-dire des hommes qui, les yeux uniquement fixés sur le but qu'ils se sont assigné, y marchent sans se laisser détourner par aucune considération* accessoire et qui ne connaissent que des obstacles matériels. Ils ont de cette manière un double avantage, celui de la force que donne toujours une idée fixe, c'est-à-dire une passion toujours allumée, et celui de dégager d'avance leur voie de toutes les difficultés morales, qui embarrassent et gênent la marche des honnêtes gens.

Tant qu'il fut aux affaires, il soutint de son mieux cette politique anli -autrichienne, mais la chose n'était pas facile avec un prince enfant, qui se laissait entraîner à la poursuite de tous les papillons qui croisaient sa route, et que la politique méthodique et obstinée

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