‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 9 sur 178 · INTOLÉRANCE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

INTOLÉRANCE RELIGIEUSE

dale de 1787 ; mais, bien qu'elle ait été modifiée depuis à plusieurs reprises, Tœuvre du ministre de Zediitz a été conservée dans ses traits essentiels, et elle est demeurée avec la réforme judiciaire qui s'acheva plus tard, à peu près comme le seul titre de gloire durable du règne de Frédéric-Guillaume IL

Ses réformes en matière de religion furent moins heureuses. On sait quelles avaient été les croyances religieuses de Frédéric II. Elles se réduisaient à la négation de Dieu et de l'immortalité de Tâme. Plus d'une fois le philosophe couronné avait scandalisé le déisme de Voltaire. Cependant il n'avait jamais rien fait pour détruire le christianisme ; il se contentait de laisser chacun s'arranger une religion à sa guise, et s'inquiétait peu que ses sujets crussent à Dieu ou au diable, pourvu qu'ils obéissent. Sous ce régime de tolérance absolue les discussions religieuses s'étaient donné libre carrière. La philosophie, jusqu'alors confisquée par les professeurs et réduite par la routine ordinaire de tous les enseignements privilégiés ou officiels à une scholaslique sèche et pédantesque, était sortie des écoles pour se répandre dans les esprits. Vivifiée par ce mouvement général, elle avait pénétré jusque dans la vieille théologie, et l'avait transformée en la poussant par la discussion dans les voies de Tinterprétation et de l'exégèse modernes. Le jour ne paraissait pas loin où tout l'enseignement religieux se réduirait à une sorte de symbolisme plus ou moins mystique, qui menait tout droit à ce qu'on est convenu d'appeler religion naturelle, c'est-à-dire au déisme voltairien. C'est surtout parmi les classes éclairées que ces doctrines

étendaient leur influence.Leurprincipal organe était la Bibliothèque allemande universelle^ ouvrage périodique, publié à Berlin par Frédéric Nicolaï. Le christianisme était miné de tous côtés et le nombre de ses adversaires croissait tous les jours dans les pays protestants, où les opinions bien connues de Frédéric II en faisaient le chef réel de cette croisade antireligieuse. Dans les rangs des catholiques, les défections n'étaient pas moins nombreuses. Le rêve de Joseph II était de se détacher de Rome et d'établir dans l'empire une religion d'État, réduite ^ sa plus simple expression et ne relevant que de lui-même. Ce qu'il y a de plus surprenant pour nous, à la distance d'où nous considérons ces luttes, c'est que cette révolution religieuse, tentée par Joseph II, était chaudement appuyée par les électeurs ecclésiastiques fatigués de la suprématie spirituelle du pape. A l'occasion d'une querelle de juridiction avecle nonce apostolique, les quatre archevêques électeurs avaient tenu à Ems un congrès, où ils s'étaient vivement élevés contre les prétentions de la cour de Rome, et où ils avaient déclaré qu'ils ne se soumettraient plus à son autorité, si elle ne consentait à se renfermer dans des limites fort étroites. L'archevêque de Mayence accueillait avec distinction l'abbé Reynal; les chanoines faisaient de la propagande en faveur des idées françaises, et les bustes de Voltaire et de Rousseau se trouvaient partout à côté ou même à la place des images du Christ et des apôtres.

Mais à côté de ce mouvement, dont la tendance évidente n'allait à rien moins qu'à la complète destruction (]u christianisme, un autre ne tarda pas à se produire

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