‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 106 sur 178 · CUPIDITE DES SOUVERAINS · texte numérisé non relu

CUPIDITE DES SOUVERAINS

européenne, ils jugèrent de bonne prise ce qu'il s*élait approprié. » Les peuplesfurenttraités comme une sorte de bétail que les puissances se répartirent au gré de leurs convenances stratégiques ou de leurs convoitises, sans souci du droit et des affinités réelles des populations. Le nombre des États de T Allemagne fut réduit de trois cents à une trentaine environ. Cette simplification de la carte n'était peut-être pas un mal par elle-même, mais elle s'accordait assez peu avec ies prétentions conservatrices des négociateurs du congrès. C'était une sorte.de compromis entre les aspirations unitaires qui commençaient à se manifester et la restauration des droits antérieurs dont les souverains se prétendaient les champions. Comme tous les compromis, cet arrangement ne réalisait qu'imparfaitement les espérances des parties intéressées. En somme, on peut dire que le congrès de Vienne a agi à peu près au hasard, sans autre règle que l'arbitraire des puissances, et il est à peu près impossible de subordonner ses actes à aucun principe net, ni même à aucune vue politique d'ensemble. Ce qu'il y eut de remarquable, c'est que la Prusse, qui semblait avoir été la moins bien traitée par le congrès, fut cependant de toutes les puissances celle qui en retira les plus grands avantages. Il faut se garder cependant d'en faire honneur à Thabileté de ses diplo* mates, car il est facile de voir que ni eux ni les autres n'ont prévu les conséquences de ce qui se faisait. M. de Cazalès (1) fait très-bien ressortir ce résultat du congrès de Vienne.

(1) Revue des deux mondes^ 15 octobre 18d0.

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« L'équilibre de Tancien Empire est complètement bouleversé. L'Autriche, avec la dignité impériale^ a perdu les points d'appui qu'elle trouvait autrefois dans les souverainetés ecclésiastiques et dans la foule des petits princes. Tournant son ambition d'un autre côté, elle n'aspire plus à d'autre influence en Allemagne qu'à celle que peut lui procurer son union avec la Prusse. Elle abdique par le fait, au profit de son ancienne rivale, une prépondérance dont elle était autrefois si jalouse. Tandis qu'elle se retire et se concentre au sud-est pour surveiller et contenir ses possessions slaves et italiennes, la Prusse, devenue, grâce à son énorme part dans les dépouilles de l'Église, la grande puissance allemande, s'allonge démesurément vers l'ouest, s'asseoit sur le Rhin et sur la Moselle et ptend, pour ainsi dire à revers l'Allemagne méridionale. Ses forces, il est vrai, sont disséminées sur une immense étendue; mais cet inconvénient est compensé par l'avantage d'avoir partout des positions au moyen desquelles aucun point de la confédération ne peut plus se soustraire à son action. Avec son empire s'étend et s'agrandit l'influence protestante , désormais sans contre-poids. Le catholicisme, réduit à deux voix dans le conseil suprême de la confédération, échange son ancienne prééminence contre une position subalterne, et les catholiques allemands, malgré leur supériorité numérique, ne peuvent plus espérer que leurs intérêts soient comptés pour quelque chose dans la direction de la politique nationale. »

Ce résultat qui est le fait capital du congrès, puisqu'il doit décider de l'avenir de l'Allemagne en

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